Revue de presse Afrique. À la Une: la guerre sale au Soudan
Frédéric Couteau
Un peu plus de trois ans de guerre civile, 200 000 morts, 14 millions de déplacés… Et une confirmation, des armes chimiques ont bien été utilisées par l’armée régulière pour contrer l’avancée des paramilitaires. D’après des éléments publiés par le Washington Post et le New York Times, des bombes au chlore ont été ainsi développées et utilisées pendant au moins six mois, entre juillet 2024 et janvier 2025.

« Les deux quotidiens américains, précise Le Monde Afrique, ont eu accès à un dossier comprenant des notes internes, des vidéos, des photos et des interceptions téléphoniques. Y figurent notamment des messages et appels émis et reçus par le général Abdel Fattah Abdelrahman al-Burhan, le chef des FAS, les Forces armées soudanaises, et président de facto du Soudan. Ces documents hautement confidentiels ont été transmis par une “agence de renseignement d’un pays du Moyen-Orient“, affirment les journaux, sans plus de détails. Deux sources sécuritaires ont assuré au Monde qu’ils émanaient des services de renseignement israéliens. (…) Les attaques chimiques recensées par les médias américains ont eu lieu en 2024, pointe encore le journal, au cours de la première année du conflit. Acculée par l’avancée des paramilitaires, l’armée soudanaise avait perdu le contrôle de la capitale, Khartoum, et abandonné ses bastions un à un dans le centre du pays. Selon les documents cités par les journaux américains, la décision a été prise d’utiliser des armes au chlore pour reprendre l’initiative sur le champ de bataille en juillet 2024. »
Et « comme l’avait déjà révélé France 24 dans une enquête diffusée en novembre 2025, relève Le Monde Afrique, l’armée de l’air soudanaise avait bien effectué, les 5 et 13 septembre 2024, des largages de barils contenant du chlore gazeux au-dessus de la raffinerie d’Al-Jaili, la plus grande du pays, au nord de Khartoum. L’infrastructure était alors aux mains des FSR, et l’armée soudanaise voulait les en déloger sans risquer de détruire le bâtiment. »
La diplomatie au point mort
Côté diplomatie, l’atmosphère est plutôt « tendue » entre les États-Unis et les Forces armées soudanaises du général al-Burhan. C’est ce que pointe le Sudan Times. Le Sudan Times, proche du pouvoir de Khartoum, réfute toute accusation d’utilisation d’armes chimiques. Le journal avance le fait « qu’aucun témoignage crédible d’habitants affirmant avoir observé ou subi les conséquences de l’utilisation présumée d’armes chimiques n’a été rapporté ».
Qui plus est, souligne cette fois Jeune Afrique, « le gouvernement de Khartoum ne cache pas son hostilité à la proposition de cessez-le-feu de Massad Boulos, le conseiller principal de Donald Trump pour les affaires arabes et africaines. Celui-ci a plaidé, à la fin d’août, aux Nations unies, en faveur d’un embargo sur les armes, puis condamné les frappes aériennes, dont la paternité est attribuée aux FAS et qui visaient sur le territoire tchadien leur adversaire, les FSR, les Forces de soutien rapide du général Hemedti. »
En fait, précise Jeune Afrique, « les États-Unis pris entre deux feux. D’un côté, l’armée du général al-Burhan, forte de ses victoires, qui refuse de négocier le cessez-le-feu que préconise Washington. Et de l’autre, la coalition civile Somoud, que dirige Abdallah Hamdock, et qui pousse l’administration américaine à imposer une trêve et un dialogue inter-soudanais pour mettre fin aux souffrances des populations ».
Le problème en Afrique: pas la démocratie mais ses dirigeants…
Enfin, comme en écho à la situation au Soudan, ce point de vue de l’écrivain et chroniqueur guinéen, Tierno Monénembo, à lire dans Le Point Afrique : « Ce qui pose problème à l’Afrique n’est pas la démocratie, affirme-t-il, mais ses dirigeants. Tierno Monénembo s’appuie sur le récent essai d’Ousmane Ndiaye, L’Afrique contre la démocratie, mythes, déni et péril, qui montre que « ce n’est pas la démocratie qui pose problème (donc), c’est la conscience civique et morale de nos dirigeants qui laisse à désirer ».
Et l’écrivain guinéen de souligner que « la démocratie ne vient ni d’Athènes ni de La Baule. Elle est universelle, immanente (elle a toujours existé dans toutes les sociétés) et évolutive dans le temps ». Et de rappeler que « dès le début du 18e siècle, Le Fouta-Djalon avait instauré l’alternance, le contre-pouvoir, le contrôle et le recours (les quatre règles de base des démocraties modernes) bien avant l’indépendance américaine et la Révolution française ».
