Routes en Guinée : 2 252 km en 2023, plus de 2 000 en 2024, 1 000 en 2026… où sont passés les kilomètres du CNRD ?
2 252 kilomètres en 2023. Plus de 2 000 en 2024. 2 252 encore en 2025. Puis, plus de 1 000 en 2026. Entre-temps, un ministre parlait de 800 à 1 000 kilomètres, avant d’annoncer, trois jours plus tard, plus de 1 800 kilomètres. Alors, combien de kilomètres de routes le CNRD a-t-il réellement réalisés depuis le 5 septembre 2021 ?
La question mérite d’être posée tant les chiffres avancés par les autorités guinéennes, semblent suivre des trajectoires différentes.
Le 5 septembre 2023, à l’occasion des deux ans du CNRD, l’ancien Premier ministre Bernard Goumou affirmait que 2 252 kilomètres de routes avaient été réalisés depuis le 5 septembre 2021.
Mais le détail du bilan du ministère des Infrastructures apportait une nuance : ces 2 252 kilomètres comprenaient 845 kilomètres de routes bitumées ou en béton et 1 407 kilomètres de routes en terre.
En 2024, les chiffres deviennent encore plus difficiles à suivre.
Le 2 septembre, devant le CNT, Mory Condé déclarait : « plus de 800 km, voire 1 000 km de routes bitumées » depuis l’arrivée du CNRD.
Trois jours plus tard, le 5 septembre 2024, le même Mory Condé annonçait cette fois « plus de 1 800 kilomètres », avec la promesse de dépasser les 2 000 kilomètres de routes bitumées avant fin décembre.
Le 6 septembre, le directeur général des Douanes, Moussa Camara, reprenait le chiffre de plus de 2 000 kilomètres de routes construites par le CNRD.
Et le plus surprenant est peut-être que le chiffre de 2 252 kilomètres réapparaît dans la communication officielle en mai 2025, lorsque le gouvernement affirme encore qu’à l’échelle nationale, près de 2 252 kilomètres de routes ont été réalisés depuis 2021.
Puis, en décembre 2025, l’ancien ministre Yaya Sow parle de plus de 1 000 kilomètres de bitume réalisés sous Mamadi Doumbouya.
Enfin, le 23 septembre 2026, devant l’Assemblée générale des Nations unies, le président Mamadi Doumbouya affirme : « Nous avons pu accomplir plus de 1000 kilomètres de routes goudronnées ».
Alors, où sont passés les kilomètres ?
Il ne s’agit pas ici de nier les travaux routiers réalisés sous le CNRD. Le problème est ailleurs : les chiffres officiels ne permettent pas de mesurer clairement le bilan.
Comment peut-on annoncer 2 252 kilomètres en 2023, encore 2 252 kilomètres en 2025, plus de 2 000 kilomètres en 2024, et revenir à plus de 1 000 kilomètres en 2026 ?
S’agit-il de routes construites, bitumées, réhabilitées, en chantier ou simplement engagées ? Les mêmes catégories sont-elles utilisées d’une année à l’autre ?
Si oui, les chiffres sont contradictoires. Si non, pourquoi le gouvernement ne publie-t-il pas un décompte unique, détaillé et vérifiable ?
Une chose est certaine : sur les routes comme dans les statistiques, les kilomètres ne devraient pas changer de longueur selon le discours qui les présente.
Oumar Sylla
