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Sénégal : même sans Sonko, le président Diomaye Faye a des chances de gouverner sans blocages

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Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a fait, lundi, un pas supplémentaire vers la rupture avec son ex-Premier ministre Ousmane Sonko en formant, sans son assentiment pour une particpation du Pastef, un nouveau gouvernement. Selon les analystes, l’exécutif pourrait toutefois fonctionner sans subir de blocage décisif de son ex-allié.

Le chef de l’État sénégalais Bassirou Diomaye Faye a fait, lundi 1er juin, un pas supplémentaire vers la rupture avec son ex-Premier ministre et actuel puissant chef du Parlement Ousmane Sonko en formant sans son assentiment un nouveau gouvernement, qui pourrait fonctionner sans subir de blocage décisif de son ex-allié, soulignent des analystes.

Le dirigeant sénégalais a nommé une nouvelle équipe de 30 membres boudée par le chef du parti majoritaire Pastef, Ousmane Sonko, qui a fait état de « points de désaccord » avec son ex-collaborateur dans la formation du nouveau gouvernement.

« Diomaye s’assume », « Le choix de l’autonomie »: la presse met mardi en avant la décision du chef de l’État de se passer de son ex-chef de gouvernement qu’il avait déjà limogé le 22 mai après des divergences sur, notamment, la gestion de la lourde dette du pays ouest-africain.

Élu ensuite président de l’Assemblée nationale le 26 mai, Ousmane Sonko a dit qu’il n’utiliserait « pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel » mais que cette Assemblée « ne sera pas une chambre d’enregistrement » et « usera de manière responsable de tous les leviers de contre-pouvoirs ».

Haut fonctionnaire à la retraite, Youssou Diallo estime que Ousmane Sonko « ne pourra pas bloquer l’action du gouvernement avec sa majorité politique à l’Assemblée nationale. Tout au plus pourrait-il la retarder, et encore ». Le président de la République est, selon lui, « la clé de voûte des institutions. Il est le chef suprême des armées et dispose du pouvoir de dissolution de l’Assemblée ».

Régime présidentiel

En outre, « la nature de notre régime est de type présidentiel. Elle confère davantage de pouvoirs au président de la République. Dans cette configuration, Pastef se retrouve de fait dans l’opposition plutôt qu’en situation de cohabitation », analyse ce cadre ayant occupé plusieurs hautes fonctions dans l’État.

Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko sont deux ex-compagnons de route de longue date, entrés ensuite en conflit, mais le chef de l’État « s’est entouré de personnes qui lui permettent d’exercer pleinement ses fonctions » et désormais leur « rivalité appartient au passé », explique Ousmane Sène, directeur du WARC, un centre de recherches ouest-africain basé à Dakar.

En passant de la Primature à l’Assemblée, Ousmane Sonko garde toujours la haute main sur son parti Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) qui dispose de 130 des 165 députés.

Cette majorité peut censurer le gouvernement mais « en cas de blocage à l’Assemblée nationale, le président de la République peut recourir à des pouvoirs exceptionnels en vertu de l’article 52 de la Constitution. Il peut ensuite gouverner par ordonnances pendant trois mois, sans passer par l’Assemblée nationale », indique Youssou Diallo.

Le président Faye peut également, à partir de novembre et après deux années en fonctions, dissoudre l’Assemblée pour tenter de trouver une nouvelle majorité.

Quelques heures avant la publication du gouvernement, Pastef avait annoncé qu’il « ne participera pas au prochain gouvernement et n’y sera représenté par aucun ministre ».

Les « intransigeances » de Sonko

Mais une dizaine de ses alliés et membres de son parti figurent dans la liste du nouveau gouvernement.

« Si certains au Pastef sont inconditionnels de Sonko, d’autres ne partagent pas totalement les actions de Sonko (qu’)ils ont refusé de suivre dans ses intransigeances et ont rejoint le gouvernement », affirme Ousmane Sène.

Dans l’actuel gouvernement, « la plupart des alliés d’Ousmane Sonko l’ont quitté, tout comme plusieurs militants de premier plan. Pastef semble ainsi traverser une phase d’implosion. À l’inverse, le président Diomaye Faye paraît être sorti renforcé de la confrontation actuelle », estime Youssou Diallo.

Le Pastef se réunit en congrès samedi et dimanche pour confirmer Ousmane Sonko à la tête de sa formation. Des élections locales sont prévues en 2027 avant une présidentielle en 2029.

Empêché de se présenter à la dernière présidentielle en raison d’une condamnation pour diffamation, Ousmane Sonko avait désigné son bras droit, Bassirou Diomaye Faye, pour le remplacer dans la course.

Les tensions ont émergé en juillet 2025 lorsque le bouillonnant Premier ministre d’alors s’en était vivement pris au président Faye, fustigeant un « problème d’autorité » dans le pays.

Début mai, le président avait critiqué la « personnalisation excessive » de son ex-Premier ministre au sein du parti au pouvoir.

Avec AFP

https://www.france24.com/fr/afrique/20260602

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