Contre La sansure

UNE FOUILLE ÉCLAIRÉE AUX ARCHIVES DES NATIONS UNIES

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Il arrive qu’en cherchant une polémique de 2026, on tombe sur un discours de 2023. Et là, catastrophe ! ! !

J’ai donc commis l’imprudence citoyenne d’aller fouiller les archives. Pas Facebook, ni les officines, encore moins les laboratoires clandestins de montage audio. Les archives des Nations unies et celles de la présidence guinéenne.

Le 21 septembre 2023, à New York, Mamadi Doumbouya prend la parole devant la 78ᵉ Assemblée générale. Les archives de l’ONU attestent bien son intervention ce jour-là, en qualité de « Président de la Transition et Chef de l’État ».

Et voilà que l’orateur se met à parler de cette fameuse « épidémie de coups d’État » en Afrique. Puis arrive cette phrase, conservée dans le texte officiel publié par la présidence guinéenne : « Le putschiste n’est pas seulement celui qui prend les armes pour renverser un régime »

Doucement ! Que personne ne touche au téléphone. Que Makanera reste assis. Que la HAC ne rédige surtout rien. Nous sommes en 2023. Et celui qui parle s’appelle Mamadi Doumbouya.

Il poursuit en expliquant qu’il existe également des « putschistes » en col blanc. Ceux qui manipulent les constitutions pour s’éterniser au pouvoir. Puis, quelques lignes plus loin, cette autre phrase apparaît : « Je fais partie de ceux qui, un matin, ont décidé de prendre nos responsabilités » pour éviter, explique-t-il, le chaos au pays.

Refermons délicatement le dossier. Parce qu’en septembre 2026, trois ans plus tard, Julien Fanciulli commet à France 24 l’imprudence lexicale du siècle. Il prononce « président putschiste ». Et Conakry découvre subitement que ce mot peut provoquer une urgence institutionnelle.

La HAC dégaine. Mise en demeure, rectification exigée, puis interdiction de diffusion. Le vocabulaire français vient de découvrir qu’il lui faut désormais un visa pour entrer en Guinée.

France 24 finit par rectifier. Une journaliste présente les excuses de la rédaction. Vanessa Burggraf écrit personnellement à Mamadi Doumbouya, qualifie le terme d’« inexact », reconnaît une « faute » et sollicite sa bienveillance.

Victoire ! Sortez les tambours. Convoquez les griots. Prévenez les missionnaires de l’encensoir. La République vient de terrasser un mot.

Seulement voilà. Julien Fanciulli revient lui-même à l’antenne. Et le monsieur possède manifestement une manière assez particulière de demander pardon. Il reconnaît avoir employé par erreur le qualificatif litigieux, puis ajoute tranquillement que Mamadi Doumbouya est « bien arrivé à la tête de la Guinée par un coup d’État le 5 septembre 2021 », avant de rappeler son ‘’élection’’ de décembre 2025. Et il conclut : « Voilà pour cette erreur rectifiée. »

Formidable ! On a donc corrigé le mot, mais on a laissé le coup d’État dans la phrase. Quelle cruauté grammaticale ! Le substantif est expulsé du territoire, mais son acte de naissance bénéficie toujours d’un titre de séjour.

Et c’est précisément ici que notre petite promenade aux archives devient embarrassante. Car si le mot « putschiste » mérite désormais une procédure diplomatique, une mise en demeure et quelques tambours patriotiques, que faisons-nous du discours du 21 septembre 2023 ? Qui va mettre en demeure l’orateur de New York ? Qui va demander à la présidence guinéenne de retirer de ses propres archives cette phrase sur « celui qui prend les armes pour renverser un régime » ? Qui va expliquer à Mamadi Doumbouya de 2023 que Mamadi Doumbouya de 2026 pourrait trouver son vocabulaire inapproprié ?

La HAC pourrait ouvrir une enquête. Le dossier promet d’être passionnant. Plaignant : Mamadi Doumbouya. Témoin : Mamadi Doumbouya. Archive compromettante : discours de Mamadi Doumbouya. Lieu du forfait : tribune des Nations unies. Même Fanciulli pourrait demander à être constitué partie civile.

Toutefois soyons sérieux deux minutes. France 24 a rectifié son qualificatif, présenté des excuses et sa directrice a écrit au président. Mais aucune lettre de Vanessa Burggraf, aucune mise en demeure de la HAC et aucune procession d’encenseurs ne peut rétroactivement effacer le 5 septembre 2021.

On peut corriger un journaliste, retirer un adjectif, suspendre une chaîne, même organiser les funérailles nationales d’un vocabulaire. Mais on ne met pas l’Histoire en demeure. Et surtout, avant de partir à la chasse aux mots chez France 24, il aurait peut-être fallu effectuer une toute petite formalité administrative : une fouille éclairée aux archives des Nations unies.

Elles ont parfois cette mauvaise habitude, elles s’en souviennent.

Alpha Issagha Diallo

Archiviste bénévole des mots que l’Histoire refuse de rectifier.

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