10ème législature: au-delà des prétentions de mauvais aloi, qui saura incarner légitimement le perchoir ?
Autrefois, dans la littérature comme dans la presse, ceux qui avaient coutume de célébrer des personnalités s’assuraient d’abord que leur héros ou leur sujet en était vraiment digne, ou possédait les mérites qui lui étaient attribués. Ce n’était pas une affaire de prince, encore moins de privilégié de la société. C’est ainsi que des princes moururent dans l’anonymat total de l’histoire quand leurs sujets, eux, accédèrent aux lumières.
Par exemple, dans Les Misérables, Victor Hugo consacre plusieurs pages à évoquer Monseigneur Bienvenu, évêque de Digne. Homme de foi et de loi, ce célèbre personnage qui rencontra Napoléon était connu pour être un rédempteur d’âmes, un homme profondément bon et compatissant qui réservait à sa table et dans sa demeure, le même accueil à un prince qu’à son sujet, au nom de la dignité humaine.
Quant à Montesquieu, il nous a gratifiés de grands noms qui firent de Rome, la Ville Éternelle et le cœur du monde, permettant le triomphe de sa civilisation à travers les âges. De Romulus à Brutus, en passant par Pompilius, Camille et Scipion, pour ne citer que ceux-ci, tous y trouvent une place de choix. Par exemple, le premier fonda la cité millénaire, le deuxième y introduisit la religion, le troisième fut un citoyen aguerri et respectueux des lois, tandis que les derniers étaient connus pour être des soldats disciplinés qui permirent aux Romains de venir à bout de leurs nombreux ennemis.
Mais, « autres temps, autres mœurs » ! Depuis, les peuples ont changé et, les époques aussi. Mais pas seulement : les valeurs aussi ! Sous nos tropiques, ceux qui s’adonnent à cette pratique l’ont peu à peu dévoyée et réduite à sa portion congrue. Vidé de sa substance, cet exercice se limite aujourd’hui à une sorte de foire aux vanités qui flirte avec le premier venu et les mauvaises mœurs. Sans titre ni mérite, sans honneur ni gloire, l’opinion se voit imposer des figures de tous horizons, qu’on voudrait sortir de l’anonymat pour leur faire un nom, une place au soleil, la plupart du temps par le truchement d’affinités partisanes, intéressées et autres manœuvres de coulisses.
Malheureusement, dans ce contexte, même la course au perchoir de l’Assemblée nationale, considérée comme le sanctuaire de la démocratie, n’échappe pas à cette règle. Le poste est devenu hélas le nid et le refuge de convoitises de tout acabit, y compris, de la part de ceux qui ne cassent pas trois pattes à un canard. Parmi les députés élus, chaque jour que Dieu fait, la presse se fait l’écho de nouvelles candidatures pressenties à la présidence de l’institution parlementaire.
Pourtant, le perchoir de l’Assemblée nationale est une grande charge de l’État qui requiert de la compétence, du leadership et une immense rigueur pour diriger une assemblée de 147 élus. Or, ces vertus ne courent pas les rues de Conakry, encore moins les esprits de tous nos députés.
Au regard des candidatures annoncées ou à venir, c’est un peu la légion d’honneur qui semble décernée au « peut-tout de n’importe qui », pour reprendre la formule de l’autre.

Parmi les noms qui reviennent sans cesse figure, par exemple, celui de Dansa Kourouma, qu’on pourrait à raison qualifier de candidat sortant. En attendant que le concerné lui-même se prononce, une telle perspective relèverait tout de même d’une plaisanterie de mauvais aloi. Après avoir trôné à la tête du Conseil National de la Transition (CNT), il apparaît démocratiquement problématique de le voir se succéder à lui-même.
À moins que le but de l’exercice ne soit de continuer à faire du CNT sans le CNT. L’Assemblée nationale doit marquer le déclic de la fin de la transition et le retour à une vie institutionnelle normale ; il serait inacceptable, au nom de la démocratie, de voir le même personnage incarner des institutions aux essences si contraires. La prochaine législature perdrait sa raison d’être si, du CNT à l’Assemblée nationale, le perchoir restait occupé par la même personne. De plus, ce serait porter atteinte à la règle non écrite de l’équilibre régional dans le partage des pouvoirs. Traditionnellement, les pouvoirs exécutif et législatif se partagent entre des personnalités issues de régions naturelles distinctes.
Reviennent également les noms des dames Makalé Traoré et Makalé Camara, présentées comme des candidates probables. À moins que le but de l’exercice du perchoir ne soit de créer la surprise pour la simple surprise, il n’y a pas de suites véritables à donner à cette éventualité. La première nous a d’ailleurs déjà habitués à ce genre de situation hurluberlue. Elle a en effet provoqué la stupeur générale au sein de l’opinion en se présentant aux législatives du 31 mai, après avoir pourtant annoncé urbi et orbi sa retraite politique.
Pour le reste, certains noms associés à cette campagne avant la lettre relèvent tout simplement de la grosse plaisanterie. Il ne s’agit ni plus ni moins que de novices en exercice parlementaire, ou en politique tout court, pour lesquels conduire les destinées d’un parlement — véritable creuset de la démocratie — relèverait davantage de l’accomplissement des douze travaux d’Hercule.
Au nom du principe démocratique, l’assemblée représentative du peuple de Guinée doit pouvoir être incarnée par une personnalité capable de parler aussi bien à gauche qu’à droite de l’hémicycle. Un profil d’envergure, apte à tenir la dragée haute afin de faire de l’institution un véritable organe démocratique qui assure, à l’ère de la diplomatie parlementaire, le rayonnement politique et institutionnel de notre pays dans le concert des nations.
En tout cas, pas d’une personne dont les impairs feraient de notre pays la risée du monde. C’est le défi à relever pour sauver les meubles de notre représentation nationale. Et en la matière, les personnalités au sein des élus de la nation se comptent sur les doigts d’une main, si l’on adopte une logique rigoureuse. Alors, qui saura légitimement incarner le perchoir ? Bien malin qui y répondra ! Aboubacar Sylla ou Ousmane Kaba, peut-être ? L’un de ces choix pourrait s’avérer gagnant à bien des égards !
Gaspard Koïkoï Analyste politique et consultant en communication politique
