Pourquoi les dirigeants africains s’accrochent au pouvoir
Je continuerai de me tenir à vos côtés pour relever les défis auxquels vous êtes confrontés », dixit le nonagénaire Paul Biya à l’occasion de la fête de la jeunesse au Cameroun en février dernier. A 92 ans, celui qui totalise 42 années au pouvoir pourrait bien se présenter pour un nouveau mandat à la présidentielle d’octobre prochain.
Comme lui, Alassane Ouattara pourrait se présenter à un quatrième mandat en Côte d’Ivoire, toujours en octobre. Même si celui-ci, comme Paul Biya, ne s’est pas encore officiellement déclaré candidat.
Comme eux, Faure Gnassingbé (20 ans au pouvoir), Denis Sassou-Nguesso (40 ans cumulés au pouvoir), Paul Kagame (31 ans au pouvoir), Teodoro Obiang Nguema (45 ans au pouvoir), notamment, ont passé des décennies dans le fauteuil présidentiel.
Le politologue malien Diatourou Diawara constate que « ce sont seulement des mauvais conseillers qui leur disent : “Changez la Constitution, il faut rester au pouvoir, le peuple t’aime”. Et ça devient une République bananière ».
La peur de perdre le pouvoir et de subir des poursuites judiciaires éventuelles conduirait le président sortant à envisager « ceux qui veulent prendre le relais dans le cadre familial, généralement leur progéniture qui pourrait ainsi les protéger », explique le sociologue Joseph Tonda.
Craintes de poursuites judiciaires
Koffi Kouakou, maître de conférences au Centre des études Chine-Afrique à l’université de Johannesburg, en Afrique du Sud, parle de dirigeants « pratiquement saoulés par la puissance du pouvoir » entre leurs mains, qu’ils craignent de perdre.
« Ils ont commis tellement de crimes qu’ils ont peur qu’en perdant le pouvoir, les choses se renversent et se retournent contre eux. Et qu’on va sûrement les mettre en prison, ou bien les juger, ou bien les tuer. »
L’ex-président mauritanien a ainsi été jugé, et au Sénégal, le député du pouvoir, Guy Marius Sagna, a saisi le Parlement pour une mise en accusation de l’ancien président Macky Sall.
Autres raisons qui pourraient conduire les dirigeants à rester au pouvoir : la pression de l’entourage et la perte des privilèges liés à la fonction. Pourtant, comme dans la plupart des pays dans le monde, un ancien président africain reçoit une pension ou des indemnités. Les dirigeants africains qui quittent le pouvoir et remplissent les critères peuvent aussi recevoir de la Fondation Mo Ibrahim cinq millions de dollars sur dix ans, et 200 000 euros par an à vie.
Les transitions qui perdurent
Le politologue malien Diatourou Diawara accuse par ailleurs certains dirigeants occidentaux, sans les nommer, qui, dans une tentative de préservation de leurs intérêts, pousseraient leurs homologues africains à rester au pouvoir. Quitte à se faire renverser par des militaires.
« Il y a aussi ceux qui viennent par les armes, qui, une fois installés, font des promesses pour dire qu’ils vont quitter le pouvoir très bientôt, mais qui, en prenant goût au pouvoir, s’éternisent. Les derniers cas en date sont ceux du Tchad et du Gabon.«
Les dirigeants actuels du Tchad ont remplacé Idriss Déby Itno, et ceux du Gabon, Ali Bongo, qui ont passé respectivement 30 années et 13 années au pouvoir. Ce dernier a été renversé alors que la commission électorale venait de le déclarer élu président pour un troisième mandat.
Troisième mandat, quatrième mandat, voire plus… En Afrique, les exemples ne manquent pas, avec parfois des présidents prêts pour un autre tour après des décennies de pouvoir.
Travailler sur la dimension sociologique


