Conakry: sur les ruines d’un héritage, le deuil d’une dignité piétinée
À l’aube du 19 mai 2025, alors que la ville se réveille encore engourdie de sommeil, c’est le vacarme métallique des pick-up de gendarmes qui arrache cinquante âmes à leur repos. À Taouyah, quartier populaire de la commune de Ratoma, les Bangoura ont été délogés de leur propre histoire. Les murs qui avaient porté les souvenirs, les naissances, les deuils et les rires sont tombés sous la dent froide de la brutalité étatique, sans ménagement, sans justice, sans recours.
Il n’y a pas eu de sommation. Il n’y a pas eu de dialogue. Il n’y a eu que l’arrogance des armes face à la fragilité d’une famille. Leurs seuls torts ? Être femmes pour la plupart. Être pauvres pour tous. Être héritiers sans protection.
Un homme, Ousmane Camara, parent lointain, aurait vendu la concession familiale sans l’accord des ayants droit. Il aurait agi comme beaucoup d’autres avant lui dans cette Guinée où la mémoire du sol s’efface sous les magouilles notariales et les complicités mafieuses. Ce n’est pas un simple litige foncier, c’est la caricature d’un État qui a fait de la force sa seule loi.

La famille Bangoura n’était pas sans défense : un procès gagné en 2007, des documents de propriété datant de l’époque coloniale, un enracinement vieux de générations. Mais rien n’y a fait. La vérité des archives a été balayée par l’opportunisme d’un homme et la docilité brutale d’une gendarmerie plus empressée de protéger des intérêts privés que d’assurer l’ordre juste.
Sur le terrain saccagé, les tôles arrachées jonchent le sol comme des linceuls d’une dignité assassinée. Les portes défoncées, les murs éventrés, les effets personnels éparpillés à ciel ouvert : tout dit l’humiliation. Et dans ce chaos, des charognards – jeunes, voisins, peut-être même complices involontaires – viennent piller les matériaux comme si le malheur pouvait se recycler.
Mais ce qui fend le cœur, ce n’est pas seulement le béton détruit. Ce sont les paroles d’une mère, M’mah Bangoura, dont la voix, brisée de douleur, s’élève dans le vacarme de l’injustice :
« Je préfère mourir plutôt que de voir mes enfants dormir dehors. »
Il n’y a pas plus puissant réquisitoire contre l’indifférence publique.
Comment peut-on, dans une république prétendument en transition vers la justice, accepter qu’un tel acte se déroule sans même l’aval du chef de quartier ? Comment un régime qui se réclame du peuple peut-il regarder sans sourciller cinquante Guinéens dormir à la belle étoile, expulsés sans ménagement d’un bien qu’ils ont contribué à préserver depuis des décennies ?

Ce drame est le miroir d’une nation en déséquilibre. Comme une structure sans fondation, la Guinée tangue sous le poids de ses injustices récurrentes. Quand l’État devient complice d’un voleur de terre, quand la force publique devient bourreau des innocents, alors c’est toute l’architecture de la nation qui se fissure.
𝐂𝐞 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐮𝐧 𝐝𝐨𝐬𝐬𝐢𝐞𝐫 𝐝𝐞 𝐩𝐥𝐮𝐬. 𝐂’𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧 𝐬𝐲𝐦𝐩𝐭𝐨̂𝐦𝐞. 𝐂’𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧 𝐜𝐫𝐢.
Si le président Mamadi Doumbouya veut que son nom ne s’écrive pas dans le même sang que ceux qu’il a renversés, il doit répondre. Pas en promesses. Pas en commissions. Mais en actes :
– Une réforme foncière claire,
– Un moratoire immédiat sur les expulsions contestées,
– Une justice accélérée pour les familles dépossédées,
– Et la protection immédiate de ceux qui dorment ce soir sur les débris de leurs racines.
Car on ne reconstruit pas une nation sur les gravats de l’injustice.
Et on ne gouverne pas un peuple qu’on exile dans sa propre maison.
Écrit dans l’ombre, pour éclairer la vérité.
𝐏𝐚𝐫 𝐀𝐛𝐨𝐮𝐛𝐚𝐜𝐚𝐫 𝐅𝐨𝐟𝐚𝐧𝐚, 𝐜𝐡𝐫𝐨𝐧𝐢𝐪𝐮𝐞𝐮𝐫
N.b. Les images sont tirées de https://www.lerenifleur224.com/2025/05/20/conakry-une-famille-de-50-personnes-expulsee-a-laube-apres-la-vente-controversee-de-leur-concession/
