Contre La sansure

Quand même le Général en a marre : dernier appel à “Pic-sous”

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Ce matin-là, au palais Mohammed V, le Général Mamadi Doumbouya est assis, pensif. Le regard fixe, la mâchoire serrée. Il lit et relit la lettre. Non, ce n’est pas un mémo du ministre du Budget, ni un rapport du renseignement. C’est la lettre du père d’Ousmane Gaoual Diallo.

Et là, le couperet tombe.

“Même ton père a honte de toi, Gaoual !”, grogne le Général en décrochant son téléphone, avec cette voix qu’on reconnaît entre mille, moitié Commandant, moitié Coup d’État.

Bip… Bip…

— “Allô, Ousmane ?”
— “Oui, Excellence, je vous salue, Excellence, à vos ordres Excellence, je suis en ligne Excellence…”

Mais cette fois, pas de familiarité. Pas de rires complices. Pas de “franchement Gaoual !” amusé.
Le ton est grave. Froid. Sablonneux comme les pistes d’accès de Kankan.

“J’ai tout toléré, Gaoual. Tes demi-vérités. Tes entorses au passé. Tes acrobaties historiques. Même ton ‘adhésion en 2005’, alors que tout Conakry sait que c’est Cellou qui t’a ramassé à la petite cuillère, en 2009.”

“J’ai toléré que tu changes de version selon les plateaux. Que tu mentes sur ton passé, sur ton avenir, sur le présent… sur tout sauf le jour et la nuit.”

“Mais là… là tu m’as donné la goutte d’eau. Ton propre père, Gaoual. Ton propre géniteur. Ton formateur idéologique. Ton repère moral ! Il t’a désavoué publiquement. Par écrit. Avec signature.”

Silence au bout du fil. On entendrait même le vent souffler sur le turban du général Balla Samoura.

Mais Gaoual, jamais à court d’astuces, sort un joker de son chapeau de contradictions :

— “Excellence, mon général président, je suis le premier à avoir dit que mon père est malade !”
— “Hein ?!”
— “Oui, Excellence. J’avais même été attaqué sur les réseaux pour ça. On m’a traité de tout. D’ingrat, de méchant, de fils indigne… Mais aujourd’hui, il me donne tort juste pour donner raison à Cellou. Il est malade, c’est clair. Alzheimer peut-être ? Vous voyez ? Je suis constant.”

Constamment ridicule, pense le Général.

“Donc tu veux dire que ton père ne sait plus ce qu’il dit, mais que toi tu es toujours lucide ?”
— “Exactement, Excellence. Moitié lucide… comme moitié général.”

Ce fut la phrase de trop.
Le Général, déjà fatigué de recoudre les bêtises de son ministre bavard, grince des dents.

“Gaoual, écoute-moi bien. Quand un homme trahit son histoire, on l’appelle opportuniste. Mais quand il trahit son propre père pour avoir raison, on l’appelle danger.”

Et il conclut :

“Tu n’es plus un porte-parole. Tu es une erreur de casting. Et je ne suis pas Netflix.”

Clic. Fin de l’appel. Fin du sketch. Fin de l’illusion.

Ousmane Gaoual Diallo, dit “Pic-sous”, vient d’être désavoué par tout ce qui pouvait encore lui servir d’alibi : les faits, les dates, et maintenant… la famille.

Ce n’est plus de la politique. C’est de la tragédie. Version burlesque.

Quand même le Général Doumbouya, chef d’un régime qui adore les improvisations, te dit “ça suffit”, c’est que tu es devenu trop lourd même pour une dictature.

Alpha Issagha Diallo

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