Contre La sansure

Un scandale en cache un autre

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L’actualité nationale est secouée par le rapatriement forcé de Guinéens d’Allemagne, une initiative directement attribuée au ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté. Malgré ses tentatives de s’en laver les mains, les faits sont têtus : la responsabilité du gouvernement est engagée dans une démarche qui suscite une indignation légitime. Ce zèle se retourne aujourd’hui contre son auteur, ternissant durablement l’image du régime qu’il sert.

On ne peut raisonnablement cautionner la déportation de compatriotes ayant rejoint l’Europe au prix de sacrifices inouïs, souvent au péril de leur vie. Ils n’y cherchaient pas seulement de quoi survivre, mais l’espoir d’une paix et d’une sécurité qui leur font cruellement défaut en Guinée. Imposer un retour forcé à cette communauté relève d’une cruauté manifeste : c’est briser leurs rêves pour les condamner, de nouveau, au dénuement et à l’incertitude.

La légitimité des gouvernants qui encouragent ces rapatriements est nulle. Mieux lotis et plus nantis que les déshérités qu’ils livrent au harcèlement administratif, ces dirigeants ne semblent pas eux-mêmes croire au pays qu’ils prétendent diriger. Pendant qu’ils accaparent les privilèges, ils installent ostensiblement leurs familles à l’étranger et briguent des nationalités d’emprunt.

Il est moralement indécent de contraindre des jeunes désœuvrés à rester dans un environnement que l’élite déserte. Si la prospérité et le bonheur étaient réellement à portée de main en Guinée, l’exemple devrait venir d’en haut. Il appartiendrait aux dignitaires de rapatrier leurs propres familles pour partager le destin commun. À défaut d’une telle cohérence, nous ne sommes face qu’à une injustice supplémentaire : la confiscation des ressources nationales par une caste qui met les siens à l’abri, tout en assignant les plus précaires à un horizon sans emploi ni perspectives.

Dr. Morissanda Kouyaté, ministre des Affaires étrangères de la Guinée

Morissanda Kouyaté et ses consorts devraient être les premiers à manifester leur foi en la Guinée. Pourtant, ils semblent être les derniers à vouloir s’y établir durablement en dehors de l’exercice de leurs fonctions ou de l’accès aux deniers publics. Ce n’est ni par une politisation outrancière ni par une démagogie usée que l’on pourra endormir la conscience publique. Ce scandale entame l’intégrité des citoyens et l’honneur du pays tout entier.

C’est cette déconnexion profonde qui justifie la virulence des critiques à l’encontre du chef de la diplomatie. Face à ces pratiques qui prospèrent sur la misère et l’indifférence, l’union des Guinéens devient un impératif. Le droit au bonheur et à la dignité ne saurait être le monopole d’une minorité ; c’est un bien commun qu’il nous appartient de défendre avec fermeté.

Souleymane SOUZA KONATÉ

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