Contre La sansure

Que savons-nous de l’arrestation en Guinée de 11 personnes soupçonnées d’implication dans des réseaux terroristes ?

0

C’est un communiqué officiel du parquet général signé par le Procureur général Fallou Doumbouya en date du 21 mars qui donne l’information. Onze personnes soupçonnées de faits de terrorisme ont été arrêtées en Guinée Conakry. Tous ces individus ont été déférés et placés sous mandat de dépôt.

Par Abdou Aziz Diédhiou

BBC News Afrique

D’où proviennent les personnes arrêtées ?

Selon le communiqué du parquet général de Conakry, les personnes arrêtées appartiennent à plusieurs nationalités.

Sur les onze individus arrêtés, sept sont de nationalité malienne, deux, de nationalité nigérienne, un burkinabè et un de nationalité guinéenne.

Les arrestations ont eu lieu dans les préfectures de Siguiri, Mandiana et Kankan et remonteraient en avril 2025 selon le communiqué du parquet général.

Le procureur mentionne dans le même document qu’un individu a été interpellé à Kankan par la gendarmerie nationale pour des faits présumés d’appartenance à une cellule dormante affiliée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) (JNIM en arabe) », un groupe très actif dans la région du Sahel notamment au Mali.

Que révèlent les investigations en cours

La justice guinéenne déclare que les investigations menées sur le nommé Fotigui Daou  »ont permis de mettre en évidence des liens entre lui et le GSIM, ainsi que des réseaux de radicalisation en ligne impliquant plusieurs individus dont certains sont de nationalité guinéenne ».

 »Lors de son interrogatoire, il a reconnu avoir participé sans autorisation légale à une opération de libération d’otages contre rançon, révélant ainsi son implication volontaire dans le financement d’activités à caractère terroriste » lit-on dans le communiqué.

Le document précise que les enquêtes en cours ont révélé également  »l’existence de plusieurs groupes de messagerie WhatsApp notamment  »Charia »,  »Daroul Fatwa » et  »Islam, l’unique solution finale au monde » qui totaliseraient environ  »513 membres dont 38 de nationalité guinéenne ».

 »Parmi ces derniers, deux individus ont été formellement identifiés comme étant des membres actifs de ces réseaux de radicalisation en ligne et interpellés respectivement à Siguiri et à Conakry » déclare le Procureur général.

Déférés et placés sous mandat de dépôt

Tous les individus arrêtés ont été déférés devant le parquet d’instance de Kaloum, juridiction compétente en matière de terrorisme en République de Guinée selon le procureur général.

 »Ils ont été inculpés et placés en détention pour des faits de complicité de terrorisme, d’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et de financement de terrorisme » fait-il remarquer.

Il a toutefois invité les populations à être vigilant à  »collaborer activement avec les autorités compétentes en signalant tout comportement suspect susceptible de compromettre la sécurité publique ».

 »La Guinée apparait comme un pays en phase de veille élevée, plus qu’un pays en phase d’attaque », Bakary Sambe, Directeur régional du Timbuktu Institute.

Les groupes armées qui opèrent au Sahel tentent de s'étendre vers le golfe de Guinée.
Des hommes armés à bord d’un véhicule. Crédit photo,Getty Images

 

Dans un rapport publié en mai 2025, intitulé  »Menace du Jnim dans la zone des trois frontières du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal », Timbuktu Institute alertait sur les risques d’extension du JNIM vers les pays limitrophes du Mali comme la Mauritanie et le Sénégal.

Joint par BBC News Afrique, Bakary Sambe, Directeur régional de Timbuktu Institute estime que les recherches de son institut avaient  »mis en évidence aussi des vulnérabilités du côté de la Guinée » qui partage une frontière avec le Mali.

 »Ces arrestations montrent qu’il y a une infiltration précoce qui confirme que la menace d’extension du foyer sahélien vers des pays comme la Guinée où des zones comme Siguiri, Mandiana constituent des zones à risque à surveiller » déclare Bakary Sambe.

Il soutient que le contexte régional avec l’extension du JNIM vers le Golf de Guinée avec en ligne de mire la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo,  »fait peser un risque accru vers les zones comme la Guinée » mais s’empresse-t-il de préciser que  »la Guinée apparait comme un pays en phase de veille élevée, plus qu’un pays en phase d’attaque ».

 »La proximité du Mali rend cette zones fortement exposée avec un facteur aggravant autour de l’exploitation des minerais, le chômage des jeunes, la distribution des revenus » a-t-il souligné.

 »Il n’y a certes pas d’attaque en Guinée, mais il y avait déjà des risques d’infiltration de cellules dormantes dans certaines zones » dit-il avant d’ inviter les autorités à  »prêter une attention accrue à des zones comme Siguiri, Mandiana ».

 »Ce que certains ignorent, c’est que l’attaque terroriste n’est que l’ultime étape d’un long processus d’infiltration » a-t-il indiqué.

Très souvent dit-il,  »les méthodes d’infiltration des organisations terroristes commencent par un harcèlement des forces de sécurité et par une infiltration idéologique qui s’appuie sur les frustrations locales des communautés, le chômage des jeunes, les activités criminelles ».

Selon lui, la réponse aux mouvements terroristes doit être abordée dans une approche mixte combinant la gestion des urgences sécuritaires, mais aussi une approche développement pour éviter les frustrations de certaines populations, veiller au partage des revenus et placer la question du renseignement humain au cœur de la stratégie.

Dans un rapport le rapport publié en mai dernier Timbuktu écrivait en effet que  »la porosité des frontières nationales permet l’infiltration économique actuelle du JNIM, ce qui constitue l’un des problèmes les plus urgents à résoudre pour la Mauritanie et le Sénégal ».

 »L’insécurité aux frontières a contribué au développement d’activités illicites, en particulier dans les zones d’extraction de l’or » avait-il mentionné.

https://www.bbc.com/afrique

Geety Images
Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?