La junte « est en train de mener les Maliens dans le gouffre », selon l’ancien ministre malien de la Justice
Dans un entretien accordé à France 24, Mamadou Ismaïla Konaté, ancien ministre malien de la Justice entre 2016 et 2017 et avocat aux barreaux de Bamako et de Paris, a jugé que la junte « est en train de mener les Maliens dans le gouffre » et « n’a plus aucune capacité de mener le Mali vers la paix ». Il a également appelé les Maliens « à prendre conscience que le tout militaire est une option qui est totalement erronée » et « qu’il y a une autre option, qui est l’option du dialogue, l’option de la paix et l’option de la dynamique qui permet aujourd’hui de lutter contre le terrorisme ».
L’offensive du 25 avril coordonnée entre le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Jnim), filial d’Al-Qaïda, et les rebelles Touaregs du Front de libération de l’Azawad, a permis à cette coalition de reprendre le contrôle de la ville de Kidal et de frapper la junte militaire au cœur, dans la ville garnison de Kati, en tuant notamment le ministre de la Défense, Sadio Camara. « Il y avait quelques signaux qui pouvaient permettre de comprendre qu’au nord du Mali, les groupes terroristes s’étaient alliés avec le Jnim dans les conditions inacceptables et que la dynamique n’était ni plus ni moins que de mener des vraies actions de terreur », a déclaré Mamadou Ismaïla Konaté.
La menace rebelle et jihadiste est « à la fois à l’ouest, au nord, au centre et aujourd’hui à Bamako et autour de Bamako« , a-t-il poursuivi. Le choix de la junte malienne « nous a mis dans un contexte assez difficile d’un point de vue militaire et d’un point de vue stratégique ».
Interrogé sur l’alliance de la Russie avec la junte, l’ancien ministre malien de la Justice a jugé que « les conditions dans lesquelles la Russie a signé une reddition pour pouvoir se sortir de Kidal » justifient d’être « inquiet en ce qui concerne la suite militaire dans cette zone-là ». Il a également appelé les Maliens « à prendre conscience que le tout militaire est une option qui est totalement erronée » et « qu’il y a une autre option, qui est l’option du dialogue, l’option de la paix et l’option de la dynamique qui permet aujourd’hui de lutter contre le terrorisme ».
La junte « n’a aucune capacité de mener le Mali vers la paix »
« Depuis six ans que cette junte militaire est à la tête du Mali, il n’y a eu aucune option autre que militaire », a-t-il regretté. « Les options diplomatiques qui ont consisté à se couper de toute la planète d’abord avec les acteurs politiques sur le plan intérieur, et sur le plan extérieur avec tout ce qui nous entoure et au niveau de la communauté internationale, cette rupture aujourd’hui est un non-sens absolu. »
Mamadou Ismaïla Konaté a également expliqué qu’il fallait « réunir les Maliens dans un ensemble national » où le « dialogue soit le plus extensif possible » et « concerne tout le monde, pour que tous les sujets soient mis autour de la table ». Face au contrôle exercé par le chef de la junte Assimi Goïta sur la vie publique, Mamadou Ismaïla Konaté a déclaré que celle-ci doit comprendre aujourd’hui « qu’elle est en train de mener les Maliens dans le gouffre » et « n’a plus aucune capacité de mener le Mali vers la paix ».
Au sujet des enlèvements extra-judiciaires qui auraient été perpétrés par les forces de sécurité, dont celui de l’avocat Mountaga Tall, il a regretté que le pouvoir en place ne « trouve rien d’autre à offrir aux Maliens que la chasse aux sorcières » et que « Mountaga Tall et d’autres subissent aujourd’hui des situations qui sont anormales » qui ne correspondent pas à l’État de droit.

