Contre La sansure

Le Parlement du Silence ! (Par Bassamba Amine)

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Il est des moments où le tumulte des assemblées, loin d’être le signe d’une démocratie vibrante, révèle les fragilités d’un édifice encore en quête de ses fondations. La vie publique, cet espace sacré où se confrontent les idées et se forgent les destins collectifs, ne saurait se réduire à un monologue, fut-il celui des plus hautes autorités. Car, comme le rappelait si justement Voltaire, « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Une maxime qui, hélas, semble parfois s’évanouir dans les couloirs du pouvoir, laissant place à une quiétude trompeuse.

L’histoire, cette grande institutrice des nations, nous enseigne que la vérité, loin d’être un monolithe immuable, se construit dans la friction des arguments, dans l’audace des questions et dans la persévérance des voix discordantes. Lorsque, au sein même des enceintes dédiées au débat, une parole s’élève, porteuse d’une interrogation, d’une interpellation, et qu’elle est aussitôt réprimée, le signal envoyé est d’une clarté redoutable. Il ne s’agit plus alors d’une simple question de procédure ou de règlement intérieur, mais d’une atteinte à l’essence même de la représentation et de la délibération.

La tribune, lieu par excellence de l’expression citoyenne, ne peut se transformer en chambre d’écho où seule la voix du maître résonne. Si d’aucuns n’ont pas la force ou le courage de porter certaines vérités, qu’ils laissent d’autres le faire, car nul n’est tenu de penser, de réfléchir, de comprendre et d’agir selon le seul désir d’une autorité. Un organe législatif qui se complaît dans la monotonie ne saurait polir l’image d’un régime, mais l’obscurcit davantage. C’est en embrassant le débat et la diversité des opinions que l’on s’élève au rang des bâtisseurs de l’histoire.

À l’aune des prochaines échéances législatives, le plus grand des maux serait de voir émerger une assemblée nationale où la parole plurielle serait muselée, une trahison inacceptable envers la vision du Président Mamadi Doumbouya et les idéaux du CNRD.

Le pouvoir de certains, dans son ivresse, oublie trop souvent que sa légitimité se nourrit de la confiance populaire, et que cette confiance est indissociable de la liberté d’expression. Museler une voix, même isolée, c’est semer les graines de la frustration et du ressentiment. C’est inviter au silence ceux qui, par leur courage, pourraient éclairer les chemins sinueux de la gouvernance.

Les leçons du passé sont pourtant éloquentes : les régimes qui ont tenté d’étouffer la critique ont, invariablement, fini par s’étouffer eux-mêmes, victimes de leur propre cécité et de leur incapacité à entendre les murmures avant qu’ils ne deviennent des clameurs.

Il est aisé de louer la stabilité et l’ordre, mais il est plus difficile de reconnaître que la véritable force d’une institution réside dans sa capacité à embrasser la diversité des opinions, à tolérer l’inconfort de la contradiction. La démocratie n’est pas un long fleuve tranquille, mais un océan parfois agité, où les vagues de la contestation sont nécessaires pour renouveler l’air et purifier les eaux. Refuser ce mouvement naturel, c’est condamner le navire à l’immobilisme, puis à la dérive.

Que les gardiens du temple de la parole publique se souviennent donc que la grandeur ne réside pas dans l’uniformité des pensées, mais dans la richesse des échanges. Que la sagesse ne s’acquiert pas en imposant le silence, mais en écoutant, même ce qui dérange. Car, en fin de compte, c’est la vitalité du débat qui garantit la pérennité des institutions et la dignité des citoyens. Le silence, s’il peut paraître une solution de facilité, est en réalité le plus grand des périls pour toute société qui aspire à la liberté et à la justice. Il est le prélude à l’oubli, et l’oubli, comme chacun sait, est la première étape de la mort.

La bonne volonté d’un seul homme, aussi éclairée soit-elle, ne saurait suffire à elle seule à édifier un pays et bâtir une nation forte. Il est impératif que l’ensemble de l’appareil d’État s’investisse avec sérieux dans un travail collectif, dont la finalité est le bonheur de tous, et non le privilège de quelques-uns. Et comme le disait si bien La Rochefoucauld, « Il est plus facile de donner le bon conseil que le bon exemple. » Que cette maxime résonne comme un appel à la réflexion pour tous ceux qui ont la charge de la parole publique.

Bassamba Amine

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