TOUMBA DIAKITE : Une inhumation qui n’éteint pas les controverses
Par Hamadou GADIAGA

Le corps d’Aboubacar Diakité dit Toumba, a été transféré dans la nuit du 31 mars 2026 et dans la précipitation, de Conakry vers son village d’origine de Bagafèya, en Haute-Guinée. L’inhumation est intervenue le 3 avril dernier, dans un contexte marqué à la fois par des tensions familiales et des préoccupations sécuritaires, selon plusieurs sources concordantes.
Les autorités semblent avoir privilégié une inhumation loin de Conakry, afin d’éviter tout rassemblement massif dans une capitale déjà sous tension, en raison de la popularité et de l’hypermédiatisation de la vedette du procès des événements du 28 septembre 2009. A l’occasion de cette procédure hors norme, Toumba Diakité avait réussi, au fil des audiences, une mue rare, en passant du statut initial d’accusé abhorré, à celui d’orateur écouté et admiré, in fine. Une trajectoire singulière qui avait fait naître autour de lui, une forme d’attente politique et des ambitions personnelles. C’est précisément cette trajectoire qui alimente aujourd’hui les soupçons. Chez ses partisans, la thèse d’une mort non naturelle circule avec insistance.
Dans un environnement politique guinéen jugé peu tolérant à l’égard des figures émergentes, certains y voient moins une fatalité qu’un épisode de plus dans une mécanique d’éviction des personnalités qui pourraient être encombrantes pour le pouvoir du Général Mamadi Doumbouya. Rien, à ce stade, ne permet d’étayer ces accusations. Mais rien non plus, dans la gestion des funérailles de l’ancien officier, ne semble avoir été fait pour les dissiper.
Toumba Diakité emporte avec lui une trajectoire inachevée
L’enterrement à distance, la communication parcellaire, les divergences familiales exposées au grand jour, sont autant d’éléments qui nourrissent la suspicion des partisans du Commandant, plutôt qu’ils ne la contiennent. En réalité, plus qu’un simple impératif d’ordre public, la mort et les obsèques du prisonnier le plus célèbre de Guinée, ces dernières années, relèvent, avant tout, d’une question politique. Dans ce contexte, Toumba Diakité emporte avec lui une trajectoire inachevée, à quelques mois d’une libération qui aurait pu rebattre certaines cartes, ainsi qu’une part de vérité sur les événements du 28 septembre 2009, survenus à l’intérieur et autour du stade éponyme, et sur ceux du camp Koundara en décembre 2009, au cours desquels il avait grièvement blessé le capitaine Dadis qu’il était pourtant censé protéger.
Désormais réduit au silence, l’ancien homme-lige de l’éphémère président ne répondra plus de rien et laisse derrière lui un vide que chacun s’empresse de combler avec ses propres certitudes. Malgré les déclarations rassurantes du père du disparu, affirmant que les autorités guinéennes ne sont en rien responsables de la mort de son fils, des interrogations subsistent sur les circonstances de sa disparition. Avec elles, des tensions politiques latentes, que l’événement, loin de calmer, risque au contraire de raviver.
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