Contre La sansure

Tabaski: Dieu voit tout, entend tout et jugera chacun selon ses actes.

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Le cardinal Robert Sarah l’a opportunément rappelé aux croyants qui affichent ostensiblement leur foi sans pour autant se conformer aux prescriptions divines : ce n’est ni dans les mosquées, ni dans les églises, ni dans les synagogues, ni dans aucun autre sanctuaire que se mesure la véritable piété. Celle-ci se prouve au quotidien, en cultivant l’amour du prochain, la droiture, la justice et la tolérance.

Dès lors, ce n’est sûrement pas en transgressant les interdits ni en sombrant dans la violence, les vices, la vanité ou les dérives de toutes sortes que l’on se rapproche du Créateur et que l’on exprime une foi authentique.

Cette année, c’est le cœur lourd que les Guinéens ont célébré la Tabaski, plongés dans la précarité, la peur et l’angoisse de lendemains incertains. Jamais, par le passé, ils n’avaient vu leur pays sombrer dans un tel niveau de délabrement moral, de tensions politiques et de crispations sociales. Une grande partie de la population se sent aujourd’hui prise en otage par un régime qui lui avait pourtant promis monts et merveilles et déplore de voir son avenir s’obscurcir ainsi.

Pendant que certains festoient et étalent leurs privilèges avec une totale insouciance, dans une démonstration ostentatoire qui frise parfois l’indécence, portée par le sentiment illusoire de leur propre supériorité, l’immense majorité des Guinéens broie du noir. Ces derniers luttent désespérément pour leur survie quotidienne, s’efforçant, malgré des conditions de vie misérables et aléatoires, de préserver intacte leur dignité.

Les uns brillent par une arrogance démesurée, se croyant presque invulnérables et éternels ; les autres, portés par une foi inébranlable, prennent leur mal en patience et gardent profil bas.

Il existe désormais deux Guinées : celle de ceux qui se prennent pour Dieu et celle de ceux qui savent que toute chose a une fin, que les hommes ne font que passer et finissent tous par s’effacer devant le temps.

Le général Charles de Gaulle résumait d’ailleurs avec ironie cette implacable fatalité, trop souvent occultée par les puissants :

« Je ne vais pas mal. Mais rassurez-vous, un jour, je ne manquerai pas de mourir. »

Parce que notre condition humaine est mortelle, nous devrions tous faire preuve de l’humilité dictée par la foi et œuvrer pour le bien commun qu’elle prescrit.

Les célébrations ne sauraient être pleinement sincères lorsque des citoyens sont contraints à l’exil, bannis de leur propre patrie, emprisonnés arbitrairement ou assassinés dans l’impunité. Communier avec les siens pendant que d’autres en sont cruellement privés, tout en se fendant de grands discours moralisateurs, ne suffit ni à construire la paix ni à consolider la cohésion sociale.

Bien au contraire, les frustrations accumulées et les rancœurs légitimes creusent les fossés et alimentent les dissidences. Face à la tyrannie, le peuple s’est temporairement recroquevillé sur lui-même.

Cependant, les campagnes électorales, les scrutins passés et ceux à venir auront au moins le mérite de démontrer aux autorités actuelles, ainsi qu’à la face du monde, que la légitimité ne s’acquiert jamais par la force des baïonnettes ou le fracas des armes. Elle repose exclusivement sur la libre adhésion du peuple et sur le respect sacré de la souveraineté populaire.

À cet égard, le président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), Cellou Dalein Diallo, ne dispose ni d’armes de guerre ni de milices pour imposer sa volonté ou sa majorité. Il peut en revanche compter sur une armée pacifique de militants et sur l’aspiration profonde du peuple de Guinée pour triompher dans les urnes, afin de restaurer enfin la dignité et la liberté d’une nation trop longtemps bafouée et compromise.

Bonne fête de Tabaski aux croyants sincères, aux patriotes engagés et à tous ceux qui gardent une foi inébranlable en la justice et en l’avenir.

Dieu est Justice, Amour et Vérité éternelle.

Souleymane SOUZA KONATÉ

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