Contre La sansure

Un processus électoral pour rien !

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Ibrahima Khalil Condé, Sékou Khoureissi Condé et Djenabou Touré, respectivement ministre de l’Administration du territoire, premier responsable de l’ONASUR et de la DGE, se sont chargés, chacun en ce qui le concerne, d’organiser, de superviser et de légitimer, aux côtés de nombreux opportunistes de carrière, un processus électoral qui n’est ni plus ni moins qu’un coup d’État de plus, et peut-être de trop, contre le peuple de Guinée.

On a planifié puis exécuté une opération méthodique et progressive d’enlisement et d’enterrement de la démocratie. Dans cette entreprise faite de dérives, de bavures et de compromissions, chacun a délibérément renoncé à la vertu et à la loyauté envers la patrie pour satisfaire le prince et préserver son strapontin. On n’avait jamais vu autant de zèle dans de si basses œuvres, ni une telle débauche d’énergie pour torpiller les acquis démocratiques et violer la souveraineté populaire. L’Histoire le retiendra, et le peuple de Guinée s’en souviendra longtemps.

Que les fossoyeurs de la démocratie ne s’imaginent pas s’en sortir, cette fois encore, indemnes et victorieux, ni que leurs proches seront épargnés par les vagues de fond de leurs dérives. Aucune justification, aucune excuse ne saurait absoudre la trahison d’une élite ou d’une classe dirigeante contre sa propre nation. Les faits sont têtus : chacun finit toujours par être rattrapé par ses actes.

L’on perçoit déjà la grogne sourde de populations excédées d’être flouées par des scrutins sélectifs, unilatéraux et opaques. Les citoyens-électeurs ont massivement refusé de se rendre aux urnes et de prendre part à ce qu’ils considèrent, à juste titre, comme de grossiers simulacres, marquant ainsi leur indignation face à l’exclusion arbitraire d’acteurs qui bénéficient de leur confiance et étaient assurés de leurs suffrages.

Il ne peut y avoir d’élections sérieuses, inclusives et crédibles sans partis politiques populaires et légitimes, solidement implantés sur l’échiquier national. Il ne peut y avoir de candidats élus sans électeurs acquis à leur cause. Or, c’est précisément le spectacle inverse auquel nous venons d’assister : le monde à l’envers. Chacun est resté chez soi et les bureaux de vote sont restés désertés. C’est un désaveu cinglant pour le pouvoir, un échec patent pour tous ceux qui, de près ou de loin, se sont impliqués dans ce processus biaisé, qu’ils en aient été les acteurs, les observateurs complaisants ou les cautions morales et politiques.

Et puisque le ridicule ne tue plus, l’on avance désormais des arguments dérisoires pour sauver la face et draper ce fiasco dans l’illusion de performances imaginaires. Ibrahima Khalil Condé, Khoureissi Condé, Djenabou Touré, Bah Oury, Cellou Baldé, Dansa Kourouma et tant d’autres, propulsés sur le devant de la scène et élevés à des fonctions pour lesquelles ils ne disposent ni des qualifications requises, ni d’une véritable assise sociale, ni d’une intégrité avérée, rivalisent d’ardeur pour justifier l’injustifiable. Ils s’efforcent de trouver des motifs de satisfaction au milieu d’un champ de ruines démocratiques.

Sékou Khoureissi Condé.

« Tout s’est bien passé, dans le calme, l’ordre et la discipline ; sans violence, sans émeutes, sans blessés ni morts… », entonnent-ils en chœur sur un air de déjà-entendu teinté de cynisme. Car personne n’est dupe, et sûrement pas eux-mêmes : c’est une paix armée qui règne sur le pays, une accalmie factice instaurée par la répression et maintenue par la terreur.

Ce n’est un secret pour personne : le pouvoir, souffrant d’un déficit chronique d’adhésion et de soutien populaire, comme l’a magistralement démontré ce non-événement électoral, tente vainement de s’acheter une conduite et d’obtenir par les urnes une légitimité qui lui échappe obstinément. S’il détient la force des armes, le peuple, lui, demeure le gardien jaloux de sa souveraineté. L’ombre des leaders historiques que l’on peine à éliminer du paysage politique continue de planer sur le pays et d’habiter les consciences électorales.

El Hadj Cellou Dalein Diallo et son parti, l’UFDG, ainsi que les autres formations politiques prétendument dissoutes, représentent encore plus de 90 % de l’électorat national. Ils demeurent, n’en déplaise à leurs détracteurs et aux marchands d’illusions, les pivots incontournables du jeu politique guinéen.

La majorité, aujourd’hui opprimée par une minorité fébrile, arrogante et insouciante, rumine sa revanche et ne se laissera pas piétiner indéfiniment.

Comme le rappelait si justement Jacques Chirac :

« Le peuple n’est pas un vain mot. »

Il est un ouragan qui finit toujours par se lever, balayer et emporter sur son passage les oppresseurs, les imposteurs et les tricheurs.

Souleymane SOUZA KONATÉ

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