Guerre au Moyen-Orient: il faut désormais parler de «victoire à la Trump !»
Cette fois pourrait être la bonne. Un accord en vue entre Américains et Iraniens, non démenti, pour une fois par les seconds. Le spectre de la guerre s’éloigne. Mais on en cherche toujours le bien-fondé.
C’est vrai, plus les perspectives d’une fin de ce conflit sont tangibles, plus on en cherche les raisons. On en vient à craindre un gâchis. Une guerre pour rien, si d’aventure, comme les prémices du « protocole d’accord » ou « mémorandum d’entente », le laissent entrevoir, l’on devrait aboutir à quelque chose de moins ambitieux que l’accord de 2015 avec Barack Obama. Trump l’avait dénoncé, à son premier mandat et à toutes les occasions il ne manque pas de le dénigrer. Ce serait une ironie du sort, qu’après une guerre avec autant de démonstrations de forces, qu’il se contente d’un moins bon accord que celui de 2015.
Un « bon accord » en perspective selon Trump
Si les déclarations à l’emporte-pièce faisaient un accord, la gibecière de Trump en aurait surement débordé. Nos confrères de CNN se sont amusés à faire le décompte. Le résultat est sans appel. En 79 jours, Trump a annoncé 38 fois qu’un accord était sur le point d’être conclu ou que l’Iran le suppliait d’en conclure un. Ce que les Iraniens ne tardaient jamais à démentir, évidemment.
Le 39ᵉ qui est annoncé semble être néanmoins probable. C’est un protocole d’accord qui devrait permettre dans 30 jours, à l’issue de la trêve prolongée, d’entamer de vraies négociations pour un accord définitif.
Focus sur le contenu de ce protocole d’accord
Le mémorandum d’entente serait constitué de 14 points, dont deux constituent les clés pour la suite des discussions. D’abord un cessez-le-feu, sur tous les fronts, incluant le Liban, quitte à tordre le bras à Netanyahu. Ensuite, la levée du blocus du détroit d’Ormuz, même si les Iraniens insinuent que ce serait à leurs conditions. Tandis que sur l’uranium enrichi et le déblocage de la moitié des 24 milliards de dollars, constituant une partie des avoirs iraniens bloqués, la polémique continue.
L’ambiguïté des mollahs est encore plus grande en ce qui concerne le programme nucléaire. Ce qui ravive les inquiétudes de Tel Aviv, conduisant Netanyahu à faire une promesse – électorale, surement – qui, dans l’absolu, devrait plutôt ravir les mollahs : « Tant que je serai premier ministre d’Israël, dit-il, l’Iran n’aura pas l’arme nucléaire. » Les chances qu’il le reste après 2026 étant minces, les retords ayatollahs vont installer un sablier plutôt que de s’épuiser dans de vaines discussions pour une issue qui pourrait dépendre d’un sort individuel.
Le bilan de cette guerre est plutôt mitigé
On connaissait la victoire à la Pyrrhus. Désormais il faudra parler de la victoire à la Trump. Des annonces enthousiastes chaque fois démenties. C’est pourquoi il faut se garder de conclusions hâtives. On peut juste faire le constat de l’embarras des Israéliens et du désappointement des monarchies du Moyen-Orient. L’Iran sorti de cette guerre fait encore plus peur à ses voisins.
Quid des démocrates iraniens ? Ils ont vainement attendu les promesses de Trump. Ils vont devoir compter que sur eux-mêmes. Il ne faut jamais dormir sur la natte d’autrui, prévient un adage africain. Rien n’est vraiment réglé. Les mollahs, à ce stade, ont toutes les raisons de se réjouir. Ils ont sauvé leur régime et se sont acheté une tranquillité pour plusieurs années. Il ne reste plus qu’à ce que Mojtaba Khamenei daigne prendre la main tendue de Trump.

