Guinée : sans institutions solides, Simandou ne suffira pas
La Guinée vit un moment historique. Avec l’entrée en production de Simandou et la croissance continue des exportations de bauxite, le pays dispose enfin des leviers économiques capables de transformer durablement son avenir. Les investisseurs affluent, les partenaires financiers s’intéressent de nouveau au pays et les perspectives de croissance n’ont rarement été aussi favorables.
Pourtant, une question demeure : la Guinée possède-t-elle les institutions capables de transformer cette richesse en prospérité durable ?
Car l’histoire est remplie de nations riches en ressources naturelles mais pauvres en gouvernance. Les minerais financent le développement ; ils ne le garantissent pas. Entre l’abondance et la prospérité se trouvent toujours les institutions.
Le retour à l’ordre constitutionnel a permis l’installation de nouvelles institutions et l’ouverture d’un nouveau cycle politique. Mais les séquelles de la transition demeurent visibles. L’absence des principales formations politiques lors du processus électoral, après plusieurs années de suspensions puis de dissolutions, continue d’alimenter la défiance d’une partie de la société. Or aucune nation ne peut avancer durablement lorsque la confiance entre les citoyens et les institutions s’érode.
Le paradoxe guinéen apparaît aujourd’hui avec une clarté saisissante. Le pays attire les investisseurs, mobilise les financements et bénéficie d’une crédibilité économique croissante. La notation souveraine B+ obtenue auprès de Standard & Poor’s en constitue une illustration. Mais dans le même temps, les fragilités de gouvernance demeurent identifiées comme l’un des principaux obstacles à la pleine valorisation du potentiel national.
Autrement dit, la Guinée est suffisamment crédible pour attirer les capitaux internationaux, mais pas encore suffisamment solide sur le plan institutionnel pour dissiper toutes les interrogations sur la gouvernance de cette future richesse.
C’est là que se jouera la réussite ou l’échec de la prochaine décennie.
Les défis sont connus. Renforcer l’indépendance de la justice. Consolider les organes de contrôle. Garantir l’autonomie des institutions républicaines. Favoriser un climat politique apaisé à travers le dialogue et des mesures de décrispation. Confier les responsabilités publiques aux femmes et aux hommes les plus compétents, quelles que soient leurs sensibilités politiques ou leurs appartenances sociales.
La véritable question n’est plus de savoir si la Guinée sera riche. Son potentiel minier répond déjà à cette interrogation.
La question est de savoir si cette richesse deviendra un facteur de cohésion nationale ou une nouvelle source de fragilité.
Simandou représente une opportunité exceptionnelle. Mais aucun gisement, aussi vaste soit-il, ne remplacera la confiance des citoyens dans leurs institutions. Aucun investissement ne compensera durablement la faiblesse de l’État de droit. Aucune croissance ne pourra produire tous ses effets sans gouvernance crédible.
Le fer de Simandou peut transformer l’économie guinéenne. Seules des institutions fortes pourront transformer durablement la nation.
Elhadj Aziz Bah

Note de l’auteur : Tribune publiée dans le cadre du débat citoyen sur la gouvernance et le développement de la Guinée. Acceptons la pluralité d’idées. Pas d’injures, rien que des arguments.
