CPI: l’aubaine de Trump profite à ceux qui n’ont pas la conscience tranquille en Afrique?
Une porte qui claque, celle de la Cour pénale internationale. Quatre pays africains qui quittent la CPI en un an, dont le Tchad il y a quelques jours. Est-ce la fin de la justice internationale ?
Il faut, avant tout, remettre les chiffres à l’endroit, parce qu’on entend tout. Quelque 125 pays ont ratifié le Statut de Rome, adopté en 1998, qui a donné naissance, quatre ans plus tard, à la CPI en 2002. Trente-trois sont africains. C’est le premier groupe continental. L’Afrique a le plus cru à cette idée de 1998 : juger un génocidaire, même s’il est président. Combien ont vraiment quitté la CPI ? Un seul en Afrique : le Burundi, en 2017, parce que la CPI a voulu enquêter sur Pierre Nkurunziza, alors qu’il était encore président. Et, dans le reste du monde, les Philippines en 2019. C’est tout.
Ça craque ?
Sauf que depuis dix mois, ça craque. Ou c’est l’impression que ça donne. 22 septembre 2025 : le Burkina, le Mali et le Niger annoncent qu’ils quittent la CPI, « avec effet immédiat » la traitant de néo-coloniale. Mais ils n’ont notifié l’ONU que le 24 juin dernier. Donc départ effectif : 24 juin 2027.
Le 27 juillet 2026, il y a trois semaines, le Tchad fait pareil. Communiqué officiel, notification le jour même à l’ONU. Départ effectif : 27 juillet 2027. On ne peut pas dire à ce jour que ça craque.
D’un mot cependant, le Tchad. Pourquoi c’est important ? Parce qu’il n’est pas sous enquête (ou ne l’est pas jusque-là). C’était même l’un des pays les plus coopératifs de la CPI, il accueillait les enquêteurs pour le Darfour. Et selon Le Monde du 28 juillet, ce retrait intervient quatre jours après un appel avec le sous-secrétaire d’État américain Frank Garcia Jr, qui aurait demandé à Ndjamena de « réexaminer son adhésion » à la CPI.
On comprend tout. L’administration Trump mène depuis février 2025 une campagne assumée de démantèlement de la CPI, pour la punir d’avoir émis en novembre 2024 des mandats d’arrêt contre Netanyahu.
Effet d’aubaine et effet de loupe ?
Effet d’aubaine ? Surtout. Ces annonces tombent au moment exact où Donald Trump sanctionne la Cour, gèle les avoirs de 11 juges et annule leurs visas. Effet de loupe ? Oui. Pendant 20 ans, la CPI a jugé majoritairement des Africains. L’argument officiel du Tchad : sur treize situations enquêtées, neuf sont africaines, six détenus sur sept sont africains. Mais il n’y a pas pour l’instant, un départ massif des Africains.
Et plus sérieusement, cet effet d’aubaine est exploité par ceux qui, en ce moment, n’ont pas la conscience tranquille. Le Tchad est épinglé par des ONG pour son soutien – présumé – aux Forces de soutien rapide (FSR), les milices accusées de massacres au Soudan. Les juntes de l’AES, sont épinglées dans les rapports de l’ONU et des ONG depuis 2023 pour des crimes, présumés, contre les civils.
Quand Washington dit : « La CPI est illégitime si elle touche Israël ». À Bamako, à Ndjamena, à Ouaga et à Niamey on rétorque : pourquoi pas nous ?
Alors un requiem pour la CPI ?
La CPI pourrait ne pas mourir. Le rêve de 1998 ne s’effondre pas, il se fragmente. Chacun va créer sa justice. L’Europe, des tribunaux adhoc pour l’Ukraine. En Afrique, on ressort le vieux projet de la Cour africaine, avec impunité pour les chefs d’État, prévue dans le protocole de Malabo. Et dans le vide qui reste, ce sont les victimes qui paient. Comme à Solenzo au Burkina, où plus de 100 civils auraient été exécutés en mars 2025, comme à Moura au Mali, en 2022 où des civils attendent toujours un juge.
Ahmed Newton Barry

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