Contre La sansure

Guinée : un retour sous haute protection qui interroge plus qu’il ne rassure

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Ce vendredi 14 août 2026, le président Mamadi Doumbouya a regagné Conakry après 11 jours de visite médicale à Paris, masquée sous le slogan de « congé annuel » passé en Grèce. Son retour est annoncé en grande pompe par un communiqué du Cabinet civil de la Présidence. Sur le papier, tout est protocolaire. Mais dans les images qui circulent depuis son arrivée, quelque chose interpelle.

Le président Doumbouya quitte son véhicule de commandement pour monter dans un blindé des Forces spéciales.

Ce que montrent les images

À sa descente, le chef de l’État quitte son véhicule VIP pour rejoindre un blindé militaire. Il y grimpe avec l’aide de plusieurs hommes, dans un mouvement qui n’a rien d’anodin pour un jeune chef d’État en pleine forme physique, de surcroît militaire, qui, dans un passé récent, n’avait besoin d’aucun support humain pour monter sur le toit d’un blindé militaire.

Des Guinéens, bricoleurs d’explications et aux esprits limités par la dimension de leur ventre, trouvent une explication banale à cette scène rarissime, qui a même occasionné un désordre dans le dispositif sécuritaire.

« Le président est descendu de sa voiture pour monter sur le blindé afin de mieux saluer le peuple… » Certains médias, devenus des relais de propagande, se sont aussi illustrés dans ce commérage insensé.

Ils oublient que, à plusieurs reprises, ce même président a été accueilli dans ce même aéroport et, à bord du même véhicule, s’est dressé sur le toit ouvrant pour saluer ses soi-disant soutiens.

Une fois installé sur le blindé militaire, il est entouré d’un dispositif de sécurité particulièrement resserré. Des rangées de militaires en armes, bérets rouges, forment un mur humain autour de lui.

Plus loin dans la séquence, on le voit debout, le bras levé, saluant la foule venue à son accueil. La scène est saisissante et interpelle la conscience nationale. Mais pour un peuple majoritairement analphabète et réduit à la mendicité, l’observation, l’analyse et les commentaires ne sont jamais lucides et pertinents. Tout est fait à dessein pour tromper une opinion désormais orientée vers les questions de survie, quitte à tout sacrifier pour applaudir les bourreaux dans l’espoir de bénéficier des aumônes souillées du sang.

Le contraste de ce vendredi était clair : d’un côté, un président qui semble affaibli, ne tenant que grâce à une aide physique visible et à un encadrement sécuritaire dense ; de l’autre, un homme qui semble suffisamment alerte pour se faire ovationner par un public conditionné, en quête du quotidien.

Un autre détail de la journée interpelle : le commandant de la garde présidentielle qui a l’habitude de planifier les équipes, accueillir le président à sa descente d’avion, était réduit en miniature et décoiffé sous l’escorte d’une dizaine d’hommes armés chargés de scruter tous ses pas en attendant de connaître son sort après plusieurs jours de séquestration.

Aussi, aucun élément de la sécurité présidentielle n’est apparu ce vendredi avec le visage masqué. La raison ? Le commandement voulait-il s’assurer de pouvoir identifier tout le monde, sans aucun risque d’infiltration ? Les esprits malins sauront répondre à ces interrogations.

Ce qui reste clair, dans un pays où les institutions restent fragiles et où la continuité de l’État repose largement sur la personne d’un seul homme, c’est que l’opacité a un coût : elle nourrit l’incertitude, fragilise la confiance dans les institutions.

La vigilance citoyenne n’est pas de la défiance fortuite. C’est le minimum que l’on doit exiger d’un pouvoir qui gouverne en notre nom. Observer, questionner, exiger de la transparence sur le fonctionnement réel de l’État, y compris sur la santé et la disponibilité de celui qui l’incarne dans la terreur : ce n’est pas chercher à déstabiliser un pays. C’est refuser d’être tenu dans l’ignorance de ce qui, un jour, pourrait nous concerner tous directement.

Guinéennes, Guinéens, gardons les yeux ouverts, sans céder ni à la panique, ni à l’indifférence, ni à la manipulation sur fond de propagande politique.

Oumar Sylla, citoyen résident à Kaloum.

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