« Le peuple est en souffrance » : Aïssata Tall Sall alerte sur le dialogue social et interpelle le gouvernement sur la hausse du carburant à l’assemblée
Par Dakaractu

Prenant la parole à l’Assemblée nationale lors de l’examen des projets de Code du travail et de Code de la sécurité sociale, Me Aïssata Tall Sall a relayé les préoccupations des syndicats sur le manque de concertation, les modifications apportées à certains accords et la méthode suivie par le gouvernement. La députée a également élargi son intervention aux difficultés économiques des Sénégalais, notamment après la hausse annoncée des prix du carburant.
À l’Assemblée nationale, Me Aïssata Tall Sall a profité de l’examen des textes relatifs au travail et à la protection sociale pour adresser plusieurs interpellations au gouvernement. La députée a d’abord insisté sur l’importance des travailleurs dans l’équilibre économique et social du pays, avant de revenir sur les préoccupations exprimées par les organisations syndicales qu’elle dit avoir rencontrées.
Pour l’ancienne ministre, les travailleurs constituent une force essentielle de la société sénégalaise. Ils participent, selon elle, à la stabilité des ménages, mais également au financement de la solidarité nationale à travers leurs cotisations à l’IPRES et aux différents régimes de retraite, notamment le Fonds national de retraite.
Me Aïssata Tall Sall a rappelé que le Sénégal dispose d’une longue tradition de législation sociale et de protection des travailleurs. Elle a notamment évoqué les différentes étapes ayant marqué l’évolution du droit du travail, en remontant jusqu’à 1956, avant l’indépendance, puis aux réformes successives intervenues en 1960, 1979 et 1997.
Selon elle, ces différentes avancées n’ont pas été obtenues facilement. Elles sont le fruit de longues négociations, de luttes syndicales et, parfois, de mouvements de grève. Malgré les tensions qui ont pu exister sous les différents régimes, estime-t-elle, les travailleurs ont généralement réussi à faire entendre leurs revendications auprès des autorités.
La députée a ensuite exposé trois griefs qu’elle dit avoir recueillis auprès des syndicats et des travailleurs rencontrés par son groupe parlementaire.
Le premier concerne le manque de concertation et de dialogue dans l’élaboration des nouveaux textes. Selon elle, les syndicats considèrent qu’ils n’ont pas été suffisamment associés au processus. « Si vous les avez écoutés, vous ne les avez pas entendus. Si vous les avez entendus, vous n’avez tiré aucune conséquence de ce qu’ils vous ont dit », a-t-elle lancé à l’endroit du ministre chargé du Travail.
Me Aïssata Tall Sall a rappelé que le dialogue social ne devait pas être considéré comme une simple option politique. Elle a invoqué les conventions de l’Organisation internationale du travail ainsi que les engagements internationaux du Sénégal, qui encouragent la négociation et la concertation entre les différentes parties afin de préserver la stabilité du climat social.
Le deuxième point soulevé porte sur ce que les syndicats considèrent comme des modifications unilatérales apportées à certains compromis obtenus durant les discussions.
La parlementaire a cité, entre autres, le contrat à durée déterminée, le fonctionnement des instances exécutives et délibérantes des organismes de protection sociale, notamment l’IPRES et la Caisse de sécurité sociale, ainsi que les dispositions concernant le travail journalier et occasionnel.
D’après les syndicats rencontrés, a-t-elle expliqué, des accords auraient été trouvés sur plusieurs de ces questions, mais les textes finalement présentés devant les députés ne correspondraient pas entièrement aux compromis issus des négociations.
La troisième critique porte sur la méthode utilisée pour finaliser les projets de texte. Me Aïssata Tall Sall a rapporté les accusations de syndicats dénonçant une démarche « unilatérale, presque clandestine » qui aurait abouti, selon eux, à remplacer certains accords par des dispositions qui ne reflètent plus les compromis initialement obtenus.
La députée a toutefois pris soin de préciser qu’elle ne considérait pas nécessairement toutes ces accusations comme établies. Elle a demandé au ministre de répondre précisément aux préoccupations exprimées et surtout de poursuivre le dialogue avec les partenaires sociaux, y compris après l’adoption des textes.
Pour illustrer son appel au dialogue, Me Aïssata Tall Sall a lancé une formule qui a marqué son intervention : « Il vaut mieux faire blabla que boum boum. »
Par cette expression, la députée a voulu mettre en garde contre le risque de tensions sociales et de grèves si le dialogue venait à être rompu. Selon elle, les négociations doivent continuer afin d’éviter que les divergences autour des nouveaux textes ne débouchent sur des mouvements sociaux.
Mais l’intervention de Me Aïssata Tall Sall ne s’est pas limitée aux projets de Code du travail et de Code de la sécurité sociale. La parlementaire a également interpellé l’Assemblée nationale sur les difficultés quotidiennes des Sénégalais.
Elle a notamment fait référence aux débats politiques autour de la déclaration de patrimoine du président de la République, du président de l’Assemblée nationale et du Premier ministre.
« Depuis hier, nous débattons, nous discutons, parfois même nous nous chamaillons sur la déclaration de patrimoine du président de la République, du président de l’Assemblée nationale, du Premier ministre », a-t-elle relevé.
Mais pour elle, les députés doivent également se pencher sur ce qu’elle appelle les « déclarations de difficultés » des populations. Elle estime que les préoccupations relatives au coût de la vie, au pouvoir d’achat et aux conditions de vie doivent occuper une place centrale dans les discussions parlementaires.
La députée s’est également prononcée sur le débat autour des fonds politiques, estimant qu’il était légitime d’en discuter et éventuellement d’enquêter sur leur utilisation. Elle a toutefois invité les parlementaires à accorder la même attention aux difficultés économiques vécues par les citoyens.
« On veut enquêter sur des fonds politiques. Peut-être demain le débat aura lieu. D’accord, débattons sur les fonds politiques. Mais est-ce que nous ne devons pas mener des enquêtes sur les difficultés, les vraies difficultés des Sénégalais ? », a-t-elle interrogé.
Me Aïssata Tall Sall a enfin évoqué la hausse annoncée des prix du carburant, dont elle redoute les répercussions sur l’ensemble de l’économie et particulièrement sur les prix des produits de consommation.
Selon elle, une augmentation du carburant est susceptible d’entraîner des effets en cascade sur les coûts du transport, de la production et, à terme, sur les denrées consommées par les ménages.
Face à cette situation, la députée a directement interpellé le gouvernement sur sa communication auprès des populations.
« Pendant ce temps, où est le gouvernement ? Il est absent ? Il est en vacances ? Il est évanescent ? », a-t-elle demandé, avant d’appeler l’exécutif à s’adresser aux Sénégalais pour expliquer les décisions prises et répondre aux inquiétudes liées à la situation économique.
Me Aïssata Tall Sall a conclu son intervention par une formule particulièrement sévère sur le climat social et économique : « Le peuple est en souffrance. »
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