Contre La sansure

Celui qui tue son chien méchant ouvre sa cour aux chiens du voisin (Par Dantouman Souleymane TRAORÉ)

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L’État guinéen s’est promis de créer ses propres champions locaux. S’il s’est promis d’en créer en tas, il ne doit pas déterrer ceux qui existent déjà.

Guinée Construction et Prestations (GUICOPRES), créée en 1998, est passée d’une entreprise ordinaire à un groupe multisectoriel. En l’espace de 28 ans, elle a connu une ascension fulgurante dans la sous-région. De plus, au-delà d’être une entreprise multisectorielle, elle possède l’une des meilleures équipes du championnat guinéen, Hafia Football Club. Elle exporte aujourd’hui son expertise en Sierra Leone, Côte d’Ivoire, Ghana et au Sénégal. Selon l’Agence de promotion des investissements privés, elle crée plus de 1 500 emplois directs et indirects.

Pas plus tard qu’hier, la chute de Mamadou Antonio Souaré, président fondateur du Groupe Business Marketing (GBM), une entreprise multisectorielle présente dans plusieurs domaines, a été tragique et orpheline et, jusqu’à présent, il n’arrive pas à se relever. À un moment donné, Guinée Games était présente dans plusieurs pays africains et Horoya Football Club était l’une des meilleures équipes de la sous-région. Qu’en est-il de l’emploi ? En 2017, GBM créait plus de 1 700 emplois directs et indirects. Qu’en est-il, le bonhomme Antonio Souaré, aujourd’hui ?

Comparativement à d’autres pays où l’État accompagne les entrepreneurs nationaux, prenons l’exemple de la Chine. En septembre 2017, la Guinée et la Chine ont signé un accord-cadre de 20 milliards de dollars sur la période 2017-2036 en contrepartie de l’accès des entreprises chinoises à des projets miniers. Cet accord prévoyait le financement de projets d’extension du port de Conakry, la réhabilitation de la route Coyah-Mamou-Dabola, la voirie urbaine de Conakry et la ligne électrique d’interconnexion 225 kV Linsan-Fomi.

Au-delà, en 2022, le gouvernement néerlandais a fait un investissement de 65,99 millions d’euros pour le projet de 5 ponts à Conakry et sa périphérie, dont Kakimbo, Démoudoula, Kiroty, Kissosso et Kassonya. Le projet a été exécuté par l’entreprise néerlandaise Ballast Nedam International Projects. De plus, lors de la 1ère plénière de la 10e législature, les députés ont examiné et ratifié l’accord portant sur la facilité de financement de la route nationale Dabola-Faranah, couverte par la CESCE, l’organisme espagnol d’assurance crédit à l’exportation, pour 229,72 millions d’euros. Les travaux sont confiés à l’entreprise espagnole Propav Infraestructuras S.L., avec une obligation de recours à des fournisseurs européens de 95 %.

Ces exemples prouvent qu’un État qui veut créer des champions nationaux doit construire un environnement qui les fera grandir, plutôt que de laisser disparaître ceux qui existent déjà.

Personnellement, les entrepreneurs guinéens sont très vulnérables et manquent de soutien. Pourtant, une entreprise vit de ses actions entreprises et de ses marchés. Elle peut se plier aux exigences du marché lorsque l’attribution devient un terrain de négociation informelle. À la place du Président de la République, j’appellerais ces entrepreneurs pour comprendre les conditions de passation des marchés, leurs difficultés et les obstacles qu’ils rencontrent dans l’accès aux marchés publics, puisqu’il ne suffit pas de leur demander d’être compétitives, il faut plutôt leur donner les moyens de le devenir.

Pour aider les entreprises guinéennes à devenir compétitives sur le marché international, l’État doit encourager la concentration des entreprises guinéennes et celles internationales à l’exécution de ses projets, cela permettrait aux entreprises guinéennes de bénéficier de l’expertise des grandes entreprises internationales. Dans ce cas, l’objectif ne serait ni d’exclure les entreprises étrangères ni nationales. Plutôt faire bénéficier les entreprises nationales de l’expertise internationale.

Nos entreprises ne méritent pas le sort qu’on leur réserve. Certes, nous pouvons leur demander de rendre des comptes et de respecter les règles. Mais si nous voulons réellement créer des champions nationaux, nous devons aussi leur donner les moyens de grandir.

Dantouman Souleymane TRAORE (DOCTRINAIRE)
Analyste socio-politique
Dantoumantraore629@gmail.com

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