Gestion des risques environnementaux à Coyah : l’alerte du géologue Elhadj Mamoudou Diawara et ses propositions de solutions
Intégrée au sous-ensemble géodynamique du Grand Conakry, la préfecture de Coyah fait face à des vulnérabilités environnementales majeures.
Dominée par l’imposant mont Kakoulima, qui culmine à 1100 mètres d’altitude et génère un microclimat grâce à sa couverture végétale, cette zone stratégique subit de plein fouet l’impact conjugué des aléas de la natures et de la pression anthropique. D’où le cri d’alarme d’Elhadj Mamoudou Diawara.
Face aux inondations récurrentes, à l’érosion torrentielle et aux risques d’éboulement, l’ingénieur géologue et consultant environnemental a dans un entretien accordé à mosaiqueguinee.com ce week-end, pointé du doigt la déforestation excessive, l’exploitation incontrôlée des carrières de matériaux de construction, l’urbanisation anarchique ainsi que l’altération intense des roches qui déstabilisent progressivement l’écosystème du mont Kakoulima.
En revenant sur les défis majeurs de la zone, il a rappelé que Coyah est le théâtre d’inondations à répétition causant d’importantes pertes humaines, matérielles et financières.
Pourquoi un tel déchaînement des eaux à Coyah ? Le phénomène est-il naturel ou en lien avec la responsabilité humaine ?
Elhadj Mamoudou Diawara, a dressé son diagnostic. Selon lui, l’urbanisation sauvage, marquée par l’occupation des flancs du mont Kakoulima, des plaines inondables et du lit des cours d’eau, porte une lourde responsabilité.
« Ces constructions bloquent, rétrécissent ou encombrent les voies naturelles et artificielles d’évacuation, notamment les ruisseaux et les caniveaux », a-t-il ajouté.
Lors de fortes précipitations, la capacité d’écoulement devient insuffisante, provoquant le débordement des eaux vers les zones habitées, a-t-il indiqué, précisant que les activités humaines apparaissent ainsi comme un facteur principal d’aggravation des crues.
« Les ruisseaux qui prennent leur source sur la montagne empruntent des failles et présentent un caractère torrentiel. Leur forte énergie hydraulique intensifie l’érosion et leur permet d’arracher puis de transporter d’imposants matériaux. La destruction récente de l’ancien pont sur la route nationale illustre parfaitement la vulnérabilité des infrastructures », poursuit-il.
Aujourd’hui, l’intensité de l’érosion s’accroît avec le décollement de blocs rocheux et la présence abondante d’argile et de kaolin. Ces risques de glissement de terrain s’étendent tout autour du massif, touchant Dubréka, Coyah et Kouria. À en croire Elhadj Mamoudou Diawara, les mouvements de terrain peuvent être anticipés grâce aux images satellitaires et aux Modèles Numériques de Terrain (MNT ou DEM en anglais).
« Ces outils permettent d’analyser la topographie et de repérer les zones d’instabilité, même si leur interprétation doit impérativement être complétée par des observations sur le terrain », précise l’ingénieur.
Coyah, dotée également de montagnes, de plaines irriguées et d’une pluviométrie généreuse, possède un fort potentiel agricole et agro-industriel. Les fortes précipitations pourraient être valorisées par la création de bassins de retenue de véritables lacs artificiels.
« Leur implantation au bas des pentes ou à proximité des cours d’eau doit toutefois être validée par des études de faisabilité, de sécurité et d’impact. De tels ouvrages constitueraient des réserves stratégiques face aux périodes de sécheresse liées aux changements climatiques », propose-t-il.
Le relogement des ménages installés en zones à risque et le reboisement des flancs du mont Kakoulima relèvent, selon l’expert, des missions régaliennes de l’État et des collectivités à la base.
« Ces interventions doivent protéger les vies, stabiliser les sols et prévenir les éboulements. Les études de géorisques s’imposent désormais en Guinée pour nous prémunir contre les effondrements, inondations et glissements de terrain », a-t-il signalé.
Une gestion durable de la zone de Coyah exige désormais une action coordonnée notamment le contrôle strict de l’urbanisation, la restauration de la végétation, ainsi que la gestion des déchets et leur drainage efficace.
« La réussite de ces mesures repose sur la formation d’un capital humain qualifié, capable de concevoir et de suivre des solutions adaptées tout en créant des emplois pour la jeunesse », a-t-il souligné.
Enfin, sur le plan de l’assainissement, il a recommande l’aménagement approprié du site de Baritodé à défaut d’un Centre d’Enfouissement Technique (CET), ainsi qu’un équipement adéquat de la commune pour éviter que l’insalubrité ne continue d’obstruer les caniveaux.
« La création d’un centre de formation dédié à la valorisation des minerais, au développement local et au recyclage des déchets permettrait de structurer cette filière, de gérer durablement nos ressources et de générer de nouvelles opportunités d’emploi », conclut Elhadj Mamoudou Diawara.
Alhassane Fofana

