Contre La sansure

Dansa Kourouma: « Le peuple ne nous a pas élus pour être quelqu’un, mais pour faire quelque chose » (Discours)

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L’Assemblée nationale a officiellement ouvert, ce 5 octobre 2026, sa session ordinaire unique 2026-2027, première session de la première législature de la Ve République. Dans un discours solennel prononcé devant les députés, les membres du gouvernement et plusieurs délégations parlementaires africaines, le président de l’institution, Dansa Kourouma, a appelé les élus à faire de cette législature celle des résultats, de la responsabilité et du renforcement de l’État de droit.

Revenant sur les étapes ayant conduit au retour à l’ordre constitutionnel, notamment le référendum, l’élection présidentielle et les législatives de 2026, le président de l’Assemblée nationale a rendu hommage au peuple guinéen pour sa maturité démocratique ainsi qu’au Conseil national de la Transition pour son rôle durant la période transitoire. Il a également salué le leadership du Président de la République, Mamadi Doumbouya, qu’il a crédité de la conduite du processus ayant permis l’installation des nouvelles institutions de la Ve République.

Au-delà du bilan, Dansa Kourouma a surtout fixé les grandes orientations de la 10e législature. Parmi les priorités annoncées figurent l’achèvement du cadre juridique de la nouvelle Constitution, l’amélioration de la qualité des lois, le renforcement du contrôle de l’action gouvernementale, l’évaluation des politiques publiques, la proximité avec les citoyens et le suivi de la mise en œuvre du programme stratégique « Simandou 2040 ».

Dans un contexte marqué par de fortes attentes populaires, le président du Parlement a invité les 147 députés à privilégier le travail, l’assiduité et l’exemplarité.

« L’histoire ne retient pas seulement les dates, elle retient les actes », a-t-il déclaré, estimant que cette législature sera jugée sur sa capacité à améliorer concrètement la vie des Guinéens et à consolider durablement les institutions de la Ve République.

Ci-dessous le discours de Dr Dansa Kourouma :

Au moment où s’ouvre officiellement la session parlementaire 2026-2027, première session ordinaire de la première Législature de la Ve République, il m’est particulièrement cher d’élever mes pensées et mes prières vers Allah, le Tout-Puissant, Maître des destinées humaines et des nations.

Nous Lui demandons de guider nos pas, d’éclairer nos consciences et de nous accorder la sagesse, la lucidité et la hauteur de vue nécessaires à l’exercice du mandat que le peuple de Guinée nous a confié.

Le 31 mai 2026, le peuple de Guinée s’est exprimé dans les urnes. Par son vote, il n’a pas seulement élu des représentants. Il a confié à des hommes et à des femmes une responsabilité constitutionnelle majeure : représenter la Nation, participer à l’élaboration des lois, contrôler l’action du Gouvernement et concourir à l’évaluation des politiques publiques.

Le 17 juillet 2026, cette volonté populaire a trouvé sa traduction institutionnelle avec l’installation de la première Législature de la Ve République. Cette session inaugurale nous a permis d’installer nos organes, d’élire notre Bureau, de constituer nos groupes parlementaires et nos treize commissions permanentes. 

Aujourd’hui, 05 octobre 2026, la Dixième législature entre dans l’histoire non plus par sa naissance, mais par l’œuvre qu’elle est amenée à réaliser dans le temps. Le choix de cette date procède d’une exigence constitutionnelle. 

Ces dates resteront sans doute inscrites dans les annales de notre histoire parlementaire. Mais l’histoire ne retient pas seulement les dates. Elle retient les actes. Elle mesure les institutions à leur capacité à transformer la confiance des citoyens en résultats, les engagements en réalisations tangibles et les ambitions nationales en progrès concrets.

C’est pourquoi cette rentrée parlementaire doit être, pour chacun d’entre nous, moins un moment de célébration qu’un moment de responsabilité devant l’histoire.

Je mesure la gravité de ce moment, et je mesure l’honneur que vous me faites, chers Collègues, en me confiant la charge de prendre la parole en votre nom devant la Nation rassemblée. Car c’est bien la Nation tout entière qui est réunie ce matin dans cette salle.

Ce 2 octobre, la Guinée célébrait le 68ème anniversaire de son indépendance. Le peuple qui, le 28 septembre 1958, fit sienne cette parole restée célèbre : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage », est le même peuple qui, au terme d’une Transition exigeante, a su se rendre aux urnes avec calme et dignité pour se doter d’une nouvelle Constitution, élire le Président de la République et désigner ses représentants. 

Je voudrais, avant toute chose, rendre hommage à ce peuple. À sa patience, à sa maturité, à sa foi inébranlable en la Guinée. C’est de lui que nous tenons notre mandat. C’est devant lui que nous rendrons compte.

Je veux aussi saluer, avec respect et reconnaissance, l’œuvre accomplie par le Conseil national de la Transition. Dans des circonstances singulières, les Conseillers nationaux ont maintenu vivante la flamme parlementaire. Ils ont légiféré, ils ont débattu, ils ont ouvert des chantiers majeurs dont nous héritons aujourd’hui. La continuité de l’État est aussi une continuité institutionnelle.

Mais si nous sommes ici, Mesdames et Messieurs, c’est d’abord parce fort d’une volonté politique un homme a tenu parole. Je veux le dire avec force et en toute conscience : le retour apaisé de la Guinée à l’ordre constitutionnel porte la marque de cet homme, Son Excellence Monsieur Mamadi DOUMBOUYA, Président de la République, Chef de l’État, Commandant en Chef suprême des forces armées avait pris devant le peuple de Guinée et devant le monde l’engagement de conduire le pays vers des institutions légitimes, issues de la volonté populaire. Cet engagement a été honoré, étape après étape, avec constance et détermination. Le référendum constitutionnel, l’élection présidentielle, les élections législatives : chacune de ces étapes a été franchie, et chacune a rapproché la Guinée d’ellemême. Au nom de la Représentation nationale, je lui exprime notre profonde gratitude pour cette œuvre de refondation gravée dans la postérité.

Monsieur le Président de la République, il est des hommes dont le destin, un jour, se confond avec celui de leur Nation. Votre histoire n’est plus seulement celle d’un homme appelé à exercer les plus hautes responsabilités de l’État, au moment des épreuves et des grands choix. Elle appartient désormais à notre histoire nationale, que les générations futures jugeront avec le recul du temps.

À      l’ouverture     de     cette      10ᵉ     législature,   la Représentation nationale salue le Chef de l’État, mais aussi l’homme qui, à un moment décisif de la vie de la Guinée, a accepté d’assumer une mission dépassant les ambitions individuelles et engageant le destin du pays.

Là où vous avez placé votre engagement, le peuple guinéen a placé son espérance. En vous confiant la conduite de l’État, il a reconnu l’une des expressions de son destin collectif. Mais aucune œuvre publique ne se mesure à son commencement. Elle se juge à ce qu’elle laisse derrière elle. Un jour viendra où les passions se seront apaisées, où les hommes d’aujourd’hui seront devenus les souvenirs d’hier, et où notre époque sera regardée avec le recul nécessaire. Alors, notre génération ne sera pas jugée à l’éclat de ses discours ni à la grandeur de ses promesses, mais à la solidité de ses institutions, à la portée de ses actes et à ce qu’elle aura transmis à la jeunesse. C’est ainsi que se construit une République : par des hommes qui servent leur temps, par des institutions qui leur survivent et par une Nation qui demeure.

Konrad Adenauer n’avait pas tort lorsqu’il affirmait que : « Les hommes politiques pensent aux prochaines élections ; les hommes d’État pensent aux prochaines générations. » Le programme « SIMANDOU 2040 » s’inscrit pleinement dans cette ambition. Il traduit une vision de long terme, fondée sur la transformation structurelle de notre économie, la valorisation de nos ressources, le développement des infrastructures, la création d’opportunités pour notre jeunesse et l’amélioration durable des conditions de vie de nos populations.

Du 5 septembre 2021 à nos jours, une exigence s’est progressivement affirmée dans la conduite de l’État : celle de faire de l’action et des résultats les véritables mesures de la responsabilité publique.

Vous nous avez montré à travers cette gouvernance par l’exemplarité, ce que doit être le courage républicain : parler moins, agir plus et laisser les résultats témoigner de l’action publique. Cette culture de l’engagement, de la rigueur et de l’exemplarité doit également inspirer notre action parlementaire.  

Car c’est ici dans cet hémicycle, au cœur même de la représentation nationale, que nous devons désormais traduire cette exigence en actes.

Mesdames et Messieurs,

Cette rentrée a une saveur particulière, car la Guinée n’est pas seule à la célébrer. Nous avons l’immense joie d’accueillir parmi nous des délégations parlementaires venues du Mali, de la Guinée-Bissau, de la Côte d’Ivoire, de la Sierra Leone, du Sénégal, du Togo, du Gabon et du Libéria, ainsi qu’une délégation du Parlement de la CEDEAO et plusieurs Présidents d’Assemblée nous font l’honneur insigne de leur présence personnelle.

Chers frères et sœurs, chers Collègues, en Afrique, celui qui franchit le seuil de la maison n’est jamais un étranger. Il est un parent que la route nous ramène. Soyez donc les bienvenus chez vous, en terre de Guinée. Que la chaleur de Conakry vous dise mieux que mes mots combien votre présence nous honore et nous oblige.

Votre venue n’est pas un simple geste de courtoisie. Elle s’inscrit dans une histoire que nos peuples ont écrite ensemble. La Guinée a toujours pensé son destin à l’échelle du continent. Au lendemain de son indépendance, elle tendit la main au Ghana de Kwame Nkrumah, puis au Mali, pour donner corps au rêve d’une Afrique unie. Elle fut parmi les pères fondateurs de l’Organisation de l’Unité africaine en 1963. Conakry fut la base arrière des combattants de la liberté, et notamment de la lutte de libération de la GuinéeBissau et du Cap-Vert. 

Notre pays fut de ceux qui signèrent, en 1975, l’acte de naissance de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest. Avec la Sierra Leone, le Libéria et la Côte d’Ivoire, nous partageons au sein de l’Union du fleuve Mano bien plus qu’une géographie : une communauté de destin, éprouvée dans les épreuves et consolidée dans la paix.

Les cadres institutionnels peuvent évoluer, les architectures régionales peuvent se recomposer, mais la fraternité entre nos peuples demeure. Elle est plus ancienne que nos traités et plus forte que nos frontières. Le panafricanisme n’est pas pour la Guinée une nostalgie : c’est une boussole. Kwame Nkrumah, compagnon de route de la Guinée, le disait déjà : « Nous ne faisons face ni à l’Est ni à l’Ouest ; nous faisons face à l’avenir. »

Et c’est dans cet esprit que nous avons souhaité que la deuxième journée de cette rentrée soit un espace d’échanges entre parlementaires africains, afin que nos expériences se croisent et que nos institutions grandissent ensemble.

Au nom de la Représentation nationale, au nom du peuple de Guinée, je vous dis merci et je vous souhaite un excellent séjour sur cette terre africaine de dialogue, de mémoire, de diversité et d’hospitalité.

La Guinée est une terre qui a beaucoup à offrir. Elle offre d’abord son peuple : un peuple chaleureux, généreux et profondément attaché aux valeurs d’accueil, de fraternité et de partage. Elle offre ensuite son histoire : une histoire politique, culturelle et humaine riche, intimement liée à celle de l’Afrique et à son cheminement vers la liberté, la dignité et la souveraineté. Elle offre enfin une géographie exceptionnelle.

Nous souhaitons que votre séjour vous permette ainsi de découvrir une Guinée qui se transforme, une Guinée qui s’ouvre au monde, une Guinée qui assume pleinement son histoire et qui regarde résolument vers son avenir.

Une Guinée qui croit que les relations entre les nations ne se construisent pas seulement par les accords que nous signons, mais aussi par les liens que nous tissons, la confiance que nous établissons et le dialogue que nous entretenons.

Mesdames et Messieurs,

Notre joie de ce jour ne saurait nous faire oublier les épreuves que notre peuple a traversées durant l’intersession : l’éboulement survenu à la décharge de Dar-es-Salam, à Conakry, des pluies diluviennes, les accidents mortels, etc. 

À la mémoire de toutes ces victimes, je vous invite à observer une minute de silence.

Je vous remercie ! Face à ces drames, la Nation a su se lever. L’État a pris ses responsabilités en matière de secours et de relogement. Nos partenaires, le secteur privé, les organisations communautaires et d’innombrables anonymes ont tendu la main. L’Assemblée nationale, ses élus en tête, a tenu à se tenir aux côtés des familles éprouvées, car la Représentation nationale n’a de sens que si elle partage les douleurs de ceux qu’elle représente. À toutes les familles endeuillées, je renouvelle la compassion et la solidarité de l’ensemble des députés.

Mais je veux aller plus loin. La compassion est un devoir ; elle ne saurait être une politique. Lorsque les mêmes drames se répètent, la fatalité ne suffit plus à les expliquer. Il appartiendra à notre Assemblée, dans l’exercice de ses fonctions constitutionnelles de prendre la mesure et d’agir en toute responsabilité.

Honorer nos morts, c’est aussi faire en sorte que de telles tragédies ne se reproduisent plus.

Honorables Députés, chers Collègues,

Nous venons de loin. Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître le chemin parcouru, et la lucidité de mesurer celui qui reste à faire.

Le chemin parcouru, c’est celui d’un pays qui a su traverser une période d’exception sans renoncer à ses institutions, et qui s’est donné une nouvelle Loi fondamentale. Mais un peuple qui ne regarde que derrière lui finit par trébucher sur l’avenir. Nous ne devons pas rester prisonniers du passé, ni de ses blessures, ni de ses querelles. La Transition a accompli sa mission. La Cinquième République est désormais notre maison commune, et c’est dans sa nouvelle architecture constitutionnelle que nous devons pleinement entrer, avec ses équilibres, ses exigences et ses promesses.

Cette Assemblée n’est pas la simple continuation de celles qui l’ont précédée. Elle change d’échelle : cent quarante-sept députés siègent désormais dans cet hémicycle, répartis en treize commissions permanentes. Elle change surtout de responsabilité, car le peuple qui l’a élue attend d’elle des résultats, et non des promesses.

Alors, quelle Assemblée voulons-nous être ?

Nous voulons une Assemblée forte. Forte non par l’éclat de sa voix, mais par la qualité de son travail ; forte non contre les autres institutions, mais à leurs côtés, dans le respect scrupuleux de la séparation des pouvoirs. Nous voulons une Assemblée moderne, qui maîtrise les outils de son temps, qui fonde ses décisions sur des données fiables et qui sait s’entourer d’expertise.

Nous voulons une Assemblée ouverte, dont les portes et les travaux sont accessibles aux citoyens, et qui se donne à comprendre autant qu’à voir. Nous voulons une Assemblée responsable, consciente que chacun de ses votes engage la vie quotidienne de millions de Guinéens. Nous voulons enfin une Assemblée efficace, qui produit, qui contrôle et qui évalue. Une Assemblée qui travaille davantage qu’elle ne communique. Car au bout du compte, ce n’est pas le bruit que nous ferons qui nous sera compté, mais le bien que nous aurons fait.

Chers Collègues,

Permettez-moi de m’adresser à vous avec la franchise que nous nous devons entre élus de la Nation. Le mandat que nous avons reçu n’est pas une récompense. Ce n’est ni un titre honorifique, ni une position sociale, ni un privilège. C’est une charge, au sens le plus noble et le plus exigeant du terme. Le peuple ne nous a pas élus pour que nous soyons quelqu’un ; il nous a élus pour que nous fassions quelque chose.

Chacun d’entre nous a été élu dans une circonscription ou sur une liste, mais aucun d’entre nous ne représente une parcelle de la Nation. Le député de Boké est aussi celui de Nzérékoré. Le député de Kankan est aussi celui de Labé. Le député de Kaloum est aussi celui du paysan de Kissidougou et du pêcheur de Boffa. Notre mandat est national, et notre regard doit l’être aussi.

Cette charge appelle des devoirs simples. Le premier d’entre eux est l’assiduité. Un siège vide est une voix perdue pour le peuple. La présence en séance plénière comme en commission n’est pas une option : elle est la première forme de respect que nous devons à nos électeurs. Le deuxième devoir est le travail : lire les textes, les comprendre, les amender, interroger, proposer. Le troisième est la responsabilité : mesurer la portée de chaque mot prononcé à cette tribune et de chaque vote exprimé dans cet hémicycle. Le quatrième, enfin, est l’exemplarité. Le citoyen nous regarde. Il attend de ses représentants une conduite digne, une probité sans faille et un sens élevé de l’intérêt général.

Le Parlement est le lieu où les différences se rencontrent, où les divergences s’expriment et où le dialogue permet de construire le compromis national. Nous devons savoir nous écouter sans nous renier, nous opposer sans nous diviser, débattre sans nous discréditer et défendre nos convictions sans jamais perdre de vue l’exigence du respect de l’autre et la primauté de l’intérêt général.

Mesdames et Messieurs,

La session qui s’ouvre aujourd’hui est la première session ordinaire unique de notre législature. Elle n’est pas seulement un calendrier de séances ; elle doit être une feuille de route. Permettez-moi d’en tracer les grandes lignes, que le Plan stratégique de la législature, viendra traduire en actions précises et mesurables.

Notre première priorité est claire : parachever le cadre juridique des institutions de la République.

Une Constitution, aussi belle soit-elle, demeure une promesse tant que ses lois organiques ne lui ont pas donné vie. Ce sont elles qui précisent l’organisation, la composition, les attributions et le fonctionnement de nos institutions. Sans elles, l’édifice constitutionnel reste inachevé, comme une maison dont on aurait dessiné les plans sans en poser toutes les pierres.

Notre deuxième priorité sera axée sur le renforcement de la qualité de la production législative et de garantir l’effectivité de la Loi.

Le temps n’est plus où l’on mesurait le travail d’une Assemblée au nombre de textes votés. Ce qui compte, c’est la qualité de ces textes et surtout leur effet réel sur la vie des citoyens. Une loi qui n’est pas appliquée est une loi qui affaiblit l’État. Une loi mal écrite est une loi qui divise les juges et égare les citoyens. Une loi sans moyens est une promesse sans lendemain.

Montesquieu nous en avait avertis : « Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. »

Nos débats nous mèneront à l’élaboration de lois claires, applicables et appliquées. Des lois efficaces, c’est-à-dire qui atteignent les objectifs qu’elles se sont fixés. Des lois efficientes, c’est-à-dire qui y parviennent au meilleur coût pour la collectivité.

Pour y parvenir, nous renforcerons l’expertise mise à la disposition des commissions. Nous encouragerons l’audition systématique des acteurs concernés et des spécialistes. Nous veillerons à ce que les textes soumis à notre examen soient accompagnés d’une analyse sérieuse de leur impact. De l’élaboration de la loi à son application, renforcer l’effectivité et l’impact des textes législatifs.

Notre troisième priorité, chers Collègues, est sans doute celle qui touche le plus directement nos concitoyens : la représentation de proximité.

Trop longtemps, le citoyen a eu le sentiment que son député ne le visitait qu’en période électorale. Ce sentiment, nous devons l’éradiquer définitivement. Le député n’est pas un visiteur de sa circonscription ; il en est la voix dans cet hémicycle et le messager de la Nation auprès d’elle.

C’est pourquoi notre Règlement intérieur consacre désormais une innovation majeure : les vacances parlementaires seront consacrées au retour des députés dans leurs circonscriptions. Ce temps n’est pas un temps de repos ; c’est un temps de mandat. Il doit servir à écouter, à expliquer les lois votées, à recueillir les préoccupations des populations et à constater sur le terrain l’état des services publics et des projets de l’État.

Des aménagements particuliers seront faits pour garantir cette proximité entre la Représentation nationale et les citoyens au nom et pour le compte desquels nous siégeons ici. Les tournées seront organisées et accompagnées ; les députés rendront compte de leurs missions selon un canevas commun ; les préoccupations recueillies remonteront vers les commissions compétentes et nourriront nos questions au Gouvernement comme nos initiatives législatives. Ainsi, la voix de Siguiri, de Gaoual, de Macenta ou de Forécariah ne s’arrêtera plus aux portes de cette salle : elle y entrera, elle y sera entendue et elle y sera suivie d’effet.

Notre quatrième priorité est le contrôle de l’action gouvernementale.

Je veux être précis sur l’esprit qui guidera le sens et le fondement de nos actions. Le contrôle parlementaire n’est ni une opposition systématique, ni une complaisance de principe. Il n’est pas dirigé contre le Gouvernement ; il est exercé au service de l’action publique. Contrôler, c’est aider l’État à mieux faire. C’est vérifier que les engagements sont tenus, que les ressources publiques sont bien employées et que les politiques produisent les résultats attendus pour les populations.

Ce contrôle s’inscrit dans un contexte où l’exigence de bonne gouvernance n’a jamais été aussi forte. Elle vient des citoyens, qui veulent voir les fruits de l’effort national. Elle vient aussi, et je tiens à le souligner, du sommet de l’État. Le Président de la République fait preuve d’une exigence croissante quant à la qualité de la gouvernance, à la reddition des comptes et à l’obligation de résultats. Je lui rends hommage pour cette rigueur qui place l’intérêt du peuple au-dessus de toute autre considération. L’Assemblée nationale entend être, dans le cadre de ses prérogatives, un partenaire exigeant de cette ambition.

Nous ferons donc un usage plein et responsable de tous les instruments que la Constitution et notre Règlement intérieur mettent à notre disposition : les questions écrites et orales, les questions d’actualité au

Gouvernement, les auditions des membres du Gouvernement et des responsables d’établissements publics, les missions d’information et, lorsque cela sera nécessaire, les commissions d’enquête. Et le moment venu, l’examen de la loi de finances sera le temps fort de ce contrôle, car c’est dans le budget que se lisent les véritables choix d’une Nation.

Mais nous voulons aller plus loin encore. Nous voulons passer progressivement d’un contrôle de conformité à un contrôle de la performance. Il ne suffit plus de savoir si une dépense a été régulièrement engagée ; il faut savoir ce qu’elle a produit. C’est précisément le sens de la deuxième conférence de demain : du contrôle politique au contrôle de la performance.

Mesdames et Messieurs,

Ce contrôle trouvera un terrain d’application majeur dans le Programme Simandou 2040.

Ce document stratégique, traduit dans la Loi-Plan 2026-2040 et la Loi-Programme 2026-2030, conduira la Guinée durant les quatorze prochaines années. Il porte l’ambition de transformer notre économie, de faire de nos ressources naturelles le levier d’un développement inclusif et durable, et d’offrir à notre jeunesse les perspectives qu’elle mérite. La Représentation nationale l’a validé, ici même dans cet hémicycle, par un vote massif. Nous en assumons aujourd’hui pleinement la continuité.

Mais voter une vision ne suffit pas ; il faut l’accompagner. Et accompagner, pour une Assemblée, signifie contrôler avec rigueur. Accompagner ne veut pas dire applaudir ; contrôler ne veut pas dire entraver. L’Assemblée nationale a le devoir d’assurer un suivi rigoureux de la mise en œuvre de ce programme : le respect des engagements et des calendriers, la transparence dans la gestion des ressources, la réalité du contenu local, la création d’emplois pour les jeunes, la protection de l’environnement et l’équité dans la répartition territoriale des retombées. Nous entendrons régulièrement les responsables de sa mise en œuvre, nous irons sur le terrain constater les réalisations, et nous rendrons compte au peuple de Guinée de l’état d’avancement de ce grand dessein national. 

Car Simandou 2040 n’appartient ni à un gouvernement ni à une législature : il appartient à la Nation et aux générations qui viennent.

Notre cinquième priorité, Honorables Députés, donnera à cette législature sa marque distinctive : l’évaluation parlementaire des politiques publiques.

Je voudrais en préciser la consistance, car le mot est souvent employé et rarement défini.

Contrôler et évaluer ne sont pas la même chose. Le contrôle s’attache à la régularité : il vérifie que l’action publique respecte la loi et que les deniers publics sont employés conformément à leur destination. 

L’évaluation va plus loin : elle s’attache aux résultats et aux effets. Elle pose des questions simples mais redoutables. Cette politique répond-elle à un besoin réel ? Est-elle cohérente avec les autres actions de l’État ? A-t-elle atteint ses objectifs ? À quel coût ? Pour quels bénéficiaires ? Avec quels effets, attendus ou inattendus, sur la vie des populations ? Et faut-il la poursuivre, la corriger ou l’arrêter ?

Pertinence, cohérence, efficacité, efficience, impact et durabilité : tels sont les critères qui guideront notre démarche. Celle-ci reposera sur une méthode. Chaque année, l’Assemblée retiendra un nombre limité de politiques publiques à évaluer, choisies en raison de leur importance pour la vie des citoyens et pour les finances publiques. Ces évaluations s’appuieront sur des données fiables, sur des enquêtes de terrain et sur l’audition des acteurs comme des bénéficiaires. Elles mobiliseront l’assistance de la Cour des comptes, l’expertise des institutions de recherche et des universités, ainsi que l’apport précieux de la société civile. 

C’est pour donner à chaque député les moyens de cette ambition que nous avons consacré la deuxième journée de cette rentrée à des conférences et à des panels de haut niveau. Nous y réfléchirons ensemble à l’effectivité et à l’impact des lois, au passage du contrôle politique au contrôle de la performance, au rôle du Parlement dans l’évaluation des politiques publiques, à ses méthodes, à ses outils et à ses bonnes pratiques, et enfin à la place de la diplomatie parlementaire dans la construction d’une vision régionale forte au sein du nouvel ordre international. Nombre d’entre vous découvrent la fonction parlementaire : ces échanges, enrichis par l’expérience de nos collègues des parlements frères, ont pour ambition de vous outiller dès l’entame de votre mandat.

Honorables Députés,

La modernisation de notre institution ne saurait être complète sans le renforcement des capacités de celles et ceux qui ont reçu de la Nation le mandat de la représenter.

Être député ne signifie pas simplement occuper un siège dans cet hémicycle. Ce n’est ni un privilège, ni un simple statut. Être député, c’est exercer, au nom du peuple, une responsabilité constitutionnelle qui exige compétence, disponibilité, discernement et sens élevé de l’intérêt général.

C’est pourquoi nous engagerons, au cours des prochains mois, un vaste programme de formation et de renforcement des capacités des Honorables Députés, conçu en fonction des exigences concrètes de notre mandat et des nouvelles responsabilités de notre institution.

Toutes nos missions, qu’il s’agisse de légiférer, de représenter, de contrôler ou d’évaluer, doivent être orientées vers les attentes concrètes de nos concitoyens.

La jeunesse et l’emploi d’abord, car un pays dont la majorité de la population a moins de vingt-cinq ans ne peut se permettre de laisser sa jeunesse sans horizon. L’éducation et la formation professionnelle, qui préparent les compétences dont notre économie a besoin. La santé, droit fondamental et condition de toute prospérité. L’agriculture et la souveraineté alimentaire, car une Nation qui ne se nourrit pas ellemême n’est jamais tout à fait libre. Les infrastructures, qui relient nos régions et désenclavent nos territoires. La transformation économique et la diversification, pour que nos richesses naturelles profitent enfin à nos populations. 

La bonne gouvernance, sans laquelle aucune politique ne produit ses fruits. Le développement local et la décentralisation, pour que chaque collectivité devienne actrice de son propre progrès. Et enfin la protection de l’environnement et la transition numérique, qui dessinent le monde dans lequel vivront nos enfants.

Ces priorités ne sont pas seulement celles du Gouvernement ; elles sont celles de la Nation. Elles guideront le choix de nos auditions, de nos missions et de nos évaluations.

Mais ces priorités appellent davantage que des intentions. C’est pourquoi un travail de rédaction du Plan stratégique de la Dixième législature est en cours. Ce document saura mieux détailler nos priorités et les traduire en actions concrètes, ciblées dans le temps et dans l’espace, assorties d’objectifs mesurables et d’indicateurs de suivi. Il dira ce que nous ferons, où nous le ferons, quand nous le ferons, et comment nous en rendrons compte.

Sénèque enseignait qu’« il n’est point de vent favorable pour celui qui ne sait où il va ». Avec son Plan stratégique, la Dixième législature saura où elle va.

Mesdames et Messieurs,

Cet hémicycle est la maison de toutes les sensibilités politiques de la Nation. Je salue la présence, parmi nos invités, des responsables des partis politiques représentés ou non dans cette Assemblée. Leur présence témoigne d’une vérité essentielle : la démocratie n’appartient à personne en particulier ; elle appartient à tous.

La diversité de nos opinions n’est pas une faiblesse ; elle est une richesse. Le débat contradictoire n’est pas une menace ; il est l’oxygène de la démocratie. J’invite donc chacune et chacun d’entre vous, quelle que soit sa sensibilité, à faire entendre sa voix avec conviction. Mais je vous invite aussi à le faire avec courtoisie, avec respect et avec la hauteur qu’exige la dignité de cette institution.

Nous débattrons des idées, jamais des personnes. Nous combattrons des arguments, jamais des adversaires. Et au-dessus de nos divergences, il y aura toujours une ligne rouge que nul ne franchira : l’intérêt supérieur de la Nation et l’unité de la Guinée. Nos électeurs ne nous ont pas envoyés ici pour reproduire les fractures de la société, mais pour les réparer.

En ma qualité de Président de cette Assemblée, je serai le garant de l’expression de chacun, de l’équité dans la conduite de nos débats et du respect de notre Règlement intérieur.

Honorables Députés,

Une grande Assemblée a besoin d’une grande administration. Les ambitions que je viens d’exposer ne pourront se réaliser sans une administration parlementaire à la hauteur de nos exigences.

C’est pourquoi un diagnostic organisationnel approfondi de l’administration parlementaire a été engagé par le Secrétariat général. Service par service, direction par direction, il examine nos structures, nos effectifs, nos méthodes de travail et nos besoins. Ce diagnostic, actuellement en cours, sera sanctionné par un plan de réformes de l’administration parlementaire. Ce plan permettra de réorganiser nos services pour assurer un meilleur accompagnement des députés, des commissions permanentes, des groupes parlementaires et de l’ensemble des organes de l’Assemblée.

Cette modernisation devra nécessairement s’accompagner d’une transformation numérique de l’administration parlementaire et du travail législatif. La digitalisation ne doit pas être considérée comme un simple projet informatique ; elle doit constituer un levier de transformation de nos méthodes de travail, de sécurisation de l’information, d’amélioration de la performance et d’ouverture de l’institution aux citoyens.

Nous accélérerons ainsi la mise en place d’un système intégré de gestion documentaire, la dématérialisation progressive de la procédure législative, l’archivage électronique, les solutions numériques de gestion des séances, le suivi électronique des textes et une plateforme parlementaire interactive permettant un accès plus simple et plus transparent à l’information parlementaire.

Cette transformation concernera également les femmes et les hommes qui font vivre notre institution. Le renforcement des capacités des députés, des cadres et des agents parlementaires dans les domaines des technologies de l’information, de l’analyse des données, de la gestion documentaire, de la communication numérique et des nouveaux outils du travail parlementaire constituera, à cet égard, une priorité permanente.

Mesdames et Messieurs,

La Guinée de la Cinquième République est une Guinée ouverte sur l’Afrique et sur le monde. Dans un ordre international en pleine recomposition, les parlements ont un rôle croissant à jouer.

Notre Assemblée entend prendre toute sa place au sein des organisations parlementaires dont elle est membre, qu’il s’agisse du Parlement de la Communauté, de l’Union interparlementaire, de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie ou de l’Union parlementaire africaine. Elle développera ses relations bilatérales à travers des groupes d’amitié actifs et des partenariats concrets.

Mais la diplomatie parlementaire ne doit pas être une diplomatie de protocole. Elle doit être une diplomatie de résultats : un outil d’échange d’expériences, de mobilisation de l’expertise, de promotion de l’image de notre pays et de défense de ses intérêts, notamment économiques. À l’heure où la Guinée s’engage dans la mise en œuvre de Simandou 2040, chaque député peut et doit devenir un ambassadeur de son pays.

La présence parmi nous de tant de délégations amies montre que cette diplomatie a déjà commencé. Demain, nos échanges sur la construction d’une vision parlementaire régionale forte en seront une nouvelle illustration.

Chers Collègues, nous sommes aujourd’hui 147 représentants de la Nation, issus de parcours, de sensibilités et d’expériences différents, mais réunis par une même responsabilité : servir la République, porter la voix du peuple et œuvrer à la défense de l’intérêt national. 

Ainsi, au moment où nous engageons ensemble cette législature, je voudrais nous inviter à observer trois valeurs : le travail, la discipline et le respect.

Le travail, parce que le peuple ne nous jugera pas sur nos intentions, mais sur nos réalisations. La discipline, parce qu’une institution sans règles est une institution sans autorité. Le respect de notre Règlement intérieur, des horaires, des procédures et des décisions collectives sera la condition de notre crédibilité. Le respect entre nous et celui des autres institutions de la République, et par-dessus tout le respect du peuple qui nous a fait confiance.

Mesdames et Messieurs,

Chaque législature laisse une trace. Certaines laissent des lois, d’autres laissent des souvenirs, quelquesunes laissent une empreinte.

Je souhaiterai que la Dixième législature laisse une empreinte indélébile. Qu’elle lègue aux générations futures une institution encore plus forte. Qu’elle installe dans notre pays une culture parlementaire durable.

Je souhaiterai qu’au terme de cette législature, nos compatriotes puissent dire : « Ils n’ont pas seulement parlé au nom de la Guinée.

Ils ont travaillé pour elle.

Ils n’ont pas seulement voté des lois.

Ils ont contribué à changer des vies.

Ils n’ont pas seulement contrôlé l’action publique.

Ils ont défendu l’intérêt général et préparé l’avenir du pays. »

Voilà la véritable mesure de notre mandat.

Sur ces mots, je déclare ouverte la session ordinaire unique 2026-2027 de l’Assemblée nationale.

Vive l’intégration africaine !

Vive la République !

Je vous remercie.

 

Dr Dansa Kourouma

Président de l’Assemblée Nationale de Guinée

 

Source: https://mosaiqueguinee.com/2026/10/

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