Contre La sansure

Au Sénégal, un duel annoncé Faye-Sonko « qui se réglera dans les urnes »

0

Lors du congrès du Pastef, sa formation politique, Ousmane Sonko a évoqué dimanche les élections locales de 2027, exhortant ses troupes à se préparer activement pour cette échéance. Un scrutin perçu comme un premier test pour jauger le rapport de force entre président Bassirou Diomaye Faye et son ex-Premier ministre.   

Avec ce divorce, l’Assemblée nationale pourrait être tentée de bloquer les réformes du président. Ousmane Sonko réfute toute volonté de chaos et affirme qu’il n’y a pas de crise institutionnelle au Sénégal. Comment interprétez-vous ses propos ?

Le peuple a porté le Pastef au pouvoir puis lui a donné une large majorité pour lui permettre de transformer la société et régler les difficultés économiques et sociales du pays. Cette majorité ne peut pas être aujourd’hui utilisée pour bloquer le pays car le coût politique d’une telle manœuvre serait beaucoup trop lourd. La présidentielle avait suscité un énorme espoir et, aujourd’hui, aucun des deux anciens alliés n’a intérêt à assumer la responsabilité de cette séparation, perçue comme un conflit politique mais aussi comme une querelle d’ego. C’est la raison pour laquelle Ousmane Sonko a affirmé haut et fort qu’il avait refusé la séparation à l’amiable que lui aurait proposé Bassirou Diomaye Faye.

Pour la même raison, Bassirou Diomaye Faye se retrouve lui aussi dans une position délicate. En cas de blocage des institutions, il pourrait recourir à l’article 52 de la Constitution sénégalaise, qui lui octroieraient des « pouvoirs exceptionnels ». Mais là encore, cette mesure serait très dangereuse politiquement car elle est réservée à des situations d’extrême gravité et le président pourrait être accusé de précipiter le pays dans une crise.

La voie la plus probable pour les départager, est donc celle des urnes, avec les élections locales de 2027 qui devraient se tenir en janvier, avant la présidentielle de 2029. Le président pourrait également déclencher des élections législatives anticipées en décembre, dans le cas où il déciderait de dissoudre l’Assemblée nationale.

Dans l’optique de cet affrontement dans les urnes, quelles sont les forces et les faiblesses d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye ?

Ousmane Sonko est un leader charismatique qui conserve une grande capacité de mobilisation autour de sa personne car il est perçu comme le défenseur de l’orthodoxie du projet. Dans l’imaginaire sénégalais, il a adopté une posture seigneuriale en s’effaçant devant Bassirou Diomaye Faye pour le laisser concourir à la présidence. Il a ensuite été limogé par celui dont il a été en quelque sorte le bienfaiteur, ce qui lui offre, du point de vue de la culture sénégalaise, une rente victimaire qui peut prospérer au sein de l’électorat.

Le Pastef – qui, à quelques exceptions près, reste fidèle à Ousmane Sonko – lui confère un avantage face au président et à sa coalition « Diomaye président » encore en construction. Mais du fait de sa posture plus souple, Bassirou Diomaye Faye pourrait parvenir à rassembler de manière plus large. Car s’il revendique sa part d’héritage du Pastef, qu’il a contribué à créer et dont il est toujours membre, il ne ferme pas la porte aux autres forces politiques et pourrait capter une partie de leurs soutiens, même si ces partis sont aujourd’hui marginalisés sur la scène politique sénégalaise.

"Il n'y a pas de crise au Sénégal" assure Ousmane Sonko
 « Il n’y a pas de crise au Sénégal » assure Ousmane Sonko © AFP

 

 

Ousmane Sonko a déclaré être « prêt » pour les élections locales prévues début 2027 et alerté le président qu’il n’accepterait pas un report du scrutin. Le rapport de force est-il en sa faveur ?

Si l’on se base sur les résultats des dernières législatives où le Pastef a remporté 130 des 165 sièges, il est effectivement en position de force. Mais les élections territoriales ont une logique différente car elles répondent à des enjeux locaux. De plus, une majorité de collectivités territoriales sont contrôlées par des opposants de la coalition de l’ancien président Macky Sall. Certains pourraient être tentés de rejoindre le camp présidentiel, donc rien n’est joué. On peut aussi s’interroger sur le vote des déçus du Pastef. Car certaines actions du gouvernement ont créé des désillusions au sein de la base des soutiens, comme la gestion de la crise étudiante, de celle du BTP, ou encore la politique de déguerpissement, (opérations de libération de l’espace public, donnant lieu à l’éviction de petits commerçants et de familles vivant de l’économie informelle, NDLR)

Si Ousmane Sonko se positionne aujourd’hui dans l’opposition, il était la cheville ouvrière de cette politique en tant que Premier ministre. Reste à savoir si une partie de son électorat lui en tiendra rigueur.

Par : David RICH

https://www.france24.com/fr/afrique/20260611

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

× Comment puis-je vous aider ?