Contre La sansure

Comment se porte dame Guinée ?

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Violée, humiliée, déshumanisée, pillée et maltraitée, dame Guinée fut sauvée le 05 septembre 2021, toute ensanglantée et fragilisée, des mains de ses ravisseurs. Quel est son état 18 mois après?

Sortir de la tourmente n’est toujours pas chose aisée. Guérir prend du temps, de la discipline et surtout de la constance. Dans le cadre de sa réhabilitation, assez d’efforts ont été fournis et des résultats sont visibles, du moins par endroit. Il reste cependant l’essentiel à faire pour que dame Guinée guérisse, se réconcilie avec elle-même et prenne son envol.

Il est tout à fait normal de parer dame Guinée de bijoux, de logos, de la forcer à afficher une confiance en elle-même. C’est un travail louable à tout temps et en toutes circonstances, mais il s’avère que des travaux de fond sont nécessaires pour que cette confiance soit légitime et non pas un semblant d’assurance qui risque de voler aux éclats face à la moindre épreuve.

Dame Guinée s’efforce à se réconcilier avec elle-même. Elle apprend tant bien que mal à corriger ses erreurs, panser ses plaies, refermer les clivages qui l’assommaient avant cette date du 05 Septembre, devenue désormais historique de son existence.

Des velléités subsistent et certaines pratiques prouvent encore que les habitudes ont la peau dure. La poursuite des efforts à tous les niveaux permettrait de refermer le fossé sans cesse grandissant entre l’Etat et les citoyens, renforcer la confiance et obtenir l’adhésion nécessaire à son épanouissement. Cela passera nécessairement par une justice juste, impartiale et plus indépendante.

Le sage chinois Lao Zi nous apprenait qu’une grande nation est comme un grand homme : lorsqu’elle commet une erreur, elle s’en rend compte. Après l’avoir réalisée, elle l’admet. Après l’avoir admise, elle la corrige. Elle considère ceux qui lui signalent ses insuffisances comme ses amis les plus bienveillants.

Les travaux de la construction d’une nation solide, réconciliée avec son passé, et déterminée à affronter son avenir doivent se poursuivre. Une nation ne tiendra longtemps que lorsqu’elle est unie et réconciliée avec elle-même. Cela passera nécessairement par une justice juste et une répartition équitable des ressources entre ses composantes.

Des travaux de réhabilitation des infrastructures routières sont en cours dans plusieurs localités et constituent un véritable ouf de soulagement pour la population mise à dure épreuve par de longues décennies de mauvaise gestion. Les routes étaient défoncées pour le peu qui existe et un manque criard est constaté sur l’ensemble du territoire, rendant tout déplacement difficile, mettant ainsi un frein à tout essor économique. Ces travaux doivent continuer et couvrir le plus grand territoire possible pour faciliter la circulation des personnes et des biens. Cela y va du bien-être économique et social dans l’arrière-pays

Des milliers d’enfants ne vont toujours pas à l’école. Ce droit naturel et inaliénable leur reste toujours refusé pendant cette période de grandes compétitions au niveau planétaire. Les infrastructures scolaires sont inexistantes par endroits, celles construites manquent de personnel d’encadrement suffisant et qualifié. il est alors trop tôt de crier à la victoire. Cela est aussi valable pour le secteur de la santé. Des guinéennes meurent encore en donnant la vie. Des enfants meurent de malnutrition et de paludisme. Des mineurs en âge de scolarité travaillent dans les rues et même dans les dépotoirs d’ordures !

Pour la fourniture des besoins sociaux de base, l’eau et l’électricité notamment, les populations continuent d’attendre l’Etat qui, jusqu’à présent semble totalement absent dans plusieurs villes et villages de l’intérieur du pays. Les potentialités dont dispose dame Guinée et les fruits des reformes sont très loin de se faire sentir dans le quotidien des guinéens.

Le toilettage du fichier de la fonction publique est un acte fort de la refondation en cours et permet d’arrêter la saignée financière des caisses de l’Etat. Ce qui devait aussi faciliter le recrutement et la formation d’une nouvelle génération de fonctionnaires capables de satisfaire les besoins de la population dans le secteur publique très essentiel dans le cadre de ses activités socio-économiques. Tout ne peut être parfait tout de suite. Les reformes sont louables, Il est cependant urgent de penser à toutes ces victimes collatérales de ces réformes qui continuent de subir des injustices de la part de l’Etat.

La récupération des biens publics reste salutaire mais doit, une fois de plus, se faire dans les règles de l’art et conformément aux procédures et normes acceptables en la matière. Des frustrations sont ressenties à plusieurs niveaux et souvent à juste raison. Le besoin de formation et de perfectionnement évoqué récemment par les autorités judiciaires du pays sont perceptibles dans le traitement de certains dossiers.

Dans le domaine de la sécurité, des jeunes continuent de perdre la vie lors des manifestations de rue malgré les annonces phares des autorités en matière de respect des droits humains et des libertés fondamentales. Elle est pourtant l’une des raisons qui ont justifié les changements intervenus dans la gouvernance du pays. Les efforts doivent s’accentuer à ce niveau, surtout au stade de la prévention. Les travaux de correction doivent intervenir seulement lorsque tous les recours possibles pour empêcher que des vies ne tombent soient épuisés.

Le geste des autorités vis-à-vis de nos compatriotes victimes d’exactions au Maghreb a été salué par l’ensemble de la population, les citoyens concernés et leurs familles respectives. C’est du moins ce qu’on peut attendre des représentants de l’Etat. Il faut noter néanmoins que le cas de la Tunisie n’est que la partie émergée de l’iceberg. De nombreux compatriotes continuent de subir à travers le monde et méritent donc une attention particulière de nos autorités.

Les promesses de ne point refaire les erreurs du passé sonnent encore dans l’esprit des guinéens qui espèrent toujours mieux, et légitimement. Le procès des évènements du 28 Septembre retient l’attention des populations qui voient en cet acte une véritable volonté de tourner à jamais la page sombre de l’impunité qui a caractérisé la gouvernance antérieure.

Il reste néanmoins qu’une frange importante des jeunes de Guinée est encore au chômage malgré les immenses potentialités économiques du pays. C’est le domaine dans lequel des efforts doivent être multipliés pour permettre à des milliers de jeunes et leurs familles d’espérer un mieux vivre et ainsi leur éviter la mésaventure dans des pays qui ne peuvent leur offrir une vie meilleure mais au contraire les font subir très souvent des traitements inhumains et dégradants.

En attendant que ce rêve guinéen soit une réalité, des formations qualifiantes peuvent être organisées à tous les niveaux pour préparer nos jeunes à occuper des postes dans l’administration, la construction des infrastructures et dans le secteur minier en pleine expansion.

Enfin, le dialogue politique en cours devrait continuer et permettre de remettre les pendules à l’heure, en faisant en sorte que toutes les composantes socio-politiques du pays puissent prendre part à la gestion de la transition en cours. Les reformes doivent continuer dans tous les secteurs sans perdre de vue que le retour à l’ordre constitutionnel à travers des élections libres, transparentes, justes et inclusives reste le facteur fondamental de la réussite de la mission assignée aux nouvelles autorités du pays.

Boubacar DIENG

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