Emmanuel Macron acte la fin du « pré carré » français en Afrique.
Le président français revendique une rupture avec les anciennes logiques d’influence héritées de la Françafrique. Depuis Ouagadougou en 2017, Emmanuel Macron affirme vouloir bâtir une relation « d’égal à égal » avec l’Afrique, fondée sur la souveraineté, la fin des privilèges économiques et le refus de l’ingérence politique.
Lors d’un discours récent à Nairobi, Kenia, au sommet Afrique-France du 11 au 12 mai 2026, Emmanuel Macron a clarifié sa vision des relations entre la France et l’Afrique. Loin de l’image d’un « pré carré » réservé, le président français revendique un changement de paradigme engagé dès 2017, avec le discours fondateur de Ouagadougou.
1. « L’Afrique est un tout » : la rupture avec le prisme francophone
« Je n’ai jamais pris l’Afrique francophone comme étant justement un pré carré. » D’emblée, Emmanuel Macron rejette l’idée d’une zone d’influence exclusive. Il rappelle que dès novembre 2017, à Ouagadougou, il affirmait déjà cette volonté : « L’Afrique est un tout. »
Pour le chef de l’État, il s’agit d’adopter une approche continentale. « Nous sommes les vrais panafricanistes », lance-t-il. « Nous croyons que l’Afrique est un continent. » Un continent qu’il décrit comme porteur d’opportunités majeures : « C’est le plus jeune au monde, il a donc un dividende démographique extraordinaire. C’est celui qui a la plus grosse croissance au monde. Il a fait l’année dernière une croissance légèrement supérieure à celle de l’Asie du Sud-Est. »
Conséquence directe : « Il faut le regarder totalement différemment. » La France ne peut plus aborder l’Afrique avec les grilles de lecture du passé.
2. « C’est fini » : la fin des contrats garantis et de l’ingérence
Cette nouvelle vision implique une rupture nette avec certaines pratiques. Macron désigne clairement ce qu’il refuse : que la France considère l’Afrique « comme étant un pré carré où les dirigeants d’entreprises auraient en quelque sorte tous les droits ou tous les contrats qui leur seraient garantis parce que c’était l’Afrique francophone ».
Il vise aussi l’idée d’une « assurance garantie » politique : que « la France donnait une forme d’assurance garantie, quoi qu’il advienne, en étant là à faire ou défaire les gouvernements. » Sa conclusion est sans appel : « C’est fini. Depuis 2017, c’est terminé cette époque. »
3. Le cas malien : illustration de la nouvelle posture
Cette doctrine s’est matérialisée sur le terrain, notamment au Mali. Évoquant le coup d’État et la demande de retrait des forces françaises, Macron assume : « Vous ne voulez plus de la France parce que vous ne voulez plus vous battre contre le terrorisme ? On s’en va. Comme on dit en bon français : no fans. »
Il souligne néanmoins les conséquences : « Malheureusement l’actualité montre que ça n’était sans doute pas la meilleure décision que les putschistes maliens avaient pris pour leur pays. »
Un nouveau contrat basé sur la souveraineté
À travers ces deux prises de parole, Emmanuel Macron dessine les contours d’une relation post-coloniale. Exit le « pré carré », les contrats captifs et l’ingérence politique. Place à une approche qui reconnaît l’Afrique comme un ensemble souverain, jeune et dynamique, avec lequel la France veut bâtir un partenariat « d’égal à égal », sans passe-droit ni tutelle.
Le message est clair : la page est tournée. Reste à écrire la suivante, avec les Africains.
