Comme Cyril Ramaphosa, plusieurs chefs d’État africains en exercice ou bien ayant exercé dans le passé, ainsi que de hauts responsables politiques, ont été, ces dernières années, au cœur d’enquêtes ou de poursuites pour corruption, détournement de fonds publics ou blanchiment d’argent.
En Afrique du Sud, une de ces affaires a conduit à la chute de Jacob Zuma. Accusé d’avoir favorisé le détournement de ressources publiques au profit d’intérêts privés, l’ancien président sud-africain a été contraint de démissionner en 2018.
Il a alors été remplacé par Cyril Ramaphosa, lui-même aujourd’hui confronté à des accusations. Le président sud-africain est critiqué pour avoir dissimulé un cambriolage survenu à son domicile en 2020, au cours duquel environ 580 000 dollars auraient été dérobés. Lundi, le président sud-africain a exclu de démissionner.
Plusieurs dirigeants condamnés en Afrique
D’autres pays du continent sont également concernés par des affaires similaires.
En Mauritanie, l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz a été condamné en appel, en 2025, à 15 ans de prison pour enrichissement illicite, blanchiment d’argent et abus de fonction durant son mandat.
En République démocratique du Congo, l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, a, lui aussi, été condamné, en septembre 2025, à trois ans de travaux forcés, assortis de cinq ans d’inéligibilité, pour détournement de fonds destinés à la construction d’une prison à Kisangani.

Pour Dany Ayida, expert international en gouvernance et administrateur général d’Africa Label Group, ces affaires illustrent une tendance lourde.
« La corruption en Afrique reste un défi. Lorsque cette corruption émane des élites et des dirigeants, elle créé un climat de méfiance et sape la légitimité des institutions. La perception que les ressources publiques sont détournées au profit d’intérêts personnels de quelques-uns, exacerbe les inégalités et cela freine aussi la participation citoyenne. »
La corruption demeure l’un des principaux défis du continent africain. Chaque année, elle engendre des pertes de plusieurs milliards de dollars, tout en affaiblissant la gouvernance, en freinant le développement économique et social et en érodant la confiance des citoyens envers les institutions.
Faiblesses des institutions de lutte
Si la plupart des États africains disposent aujourd’hui d’instances chargées de lutter contre cette corruption et contre les malversations financières, leur efficacité reste limitée. En cause, notamment, un manque d’indépendance et de moyens, selon Dany Ayida.
« Les instruments de prévention et de lutte contre la corruption, tels que les lois sur la transparence, les agences anti-corruption et les initiatives de gouvernance ouverte, existent dans quelques pays. Toutefois, leur efficacité dépend souvent de la volonté politique d’appliquer ces mesures. Dans la plupart des États, ce sont des instruments qu’on crée, qu’on dote de ressources et de personnels, mais leurs capacités d’action sont limitées. »
Les « biens mal acquis » aussi

Par ailleurs, certaines affaires ont pris une dimension internationale, à l’image des dossiers dits des « biens mal acquis ». Ces procédures judiciaires visent des patrimoines jugés suspects, constitués par certains dirigeants africains et placés à l’étranger, en particulier en Europe.
Parmi les personnalités concernées figurent l’ancien président gabonais Omar Bongo et son fils Ali Bongo, le chef de l’État congolais, Denis Sassou Nguesso, ainsi que Teodoro Obiang, président de la Guinée équatoriale, et son fils, Teodorin Obiang.
Ces dirigeants sont soupçonnés d’avoir détourné des fonds publics, d’avoir effectué des transferts illicites d’argent et d’avoir eu recours à des mécanismes de corruption ou de rétrocommissions, leur permettant de constituer des fortunes difficilement compatibles avec leurs revenus officiels.
Par Georges Ibrahim Tounkara

