Focus Sahel : les répercussions économiques des coups d’Etat
Coups d’État au Sahel: croissance en recul, investissements en chute, inflation… Analyse des conséquences économiques au Mali, Niger et Burkina Faso.
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Une croissance durablement affaiblie
Les coups d’État militaires ont un impact économique immédiat et durable. Selon une étude publiée en juin 2026 par deux chercheurs associés au Fonds monétaire international, un putsch fait chuter la croissance du PIB d’environ 2,3 points dès la première année.
Sur une période de cinq ans, la perte cumulée atteint près de 5 points de PIB. Même lorsque l’économie redémarre partiellement, le niveau de richesse reste durablement inférieur à celui d’avant la prise de pouvoir militaire.
Le PIB – produit intérieur brut – correspond à l’ensemble des richesses produites par un pays en un an. Sa baisse se traduit rapidement par une dégradation des conditions de vie.
Investissements en baisse, incertitude généralisée
Après un coup d’État, plusieurs mécanismes économiques se déclenchent : une chute des investissements, une baisse de la consommation des ménages, un ralentissement des embauches, la contraction du commerce.
L’incertitude politique freine l’activité économique. Les entreprises suspendent leurs projets et les États disposent de moins de ressources pour financer les services publics.
L’économiste camerounaise Thérèse Elomo Zogo, professeure à l’Université Yaoundé 2, résume : « À court terme, […] fuite massive des capitaux, paralysie de l’activité économique […] et incertitude qui paralyse le commerce, les marchés et les entreprises. »
À cela s’ajoute souvent la suspension de l’aide internationale, privant les États de ressources financières essentielles.

Des effets aggravés par les sanctions et l’isolement
Dans l’AES, les conséquences économiques varient selon les contextes nationaux.
Le Niger a subi un choc brutal après les sanctions. Après le coup d’État de juillet 2023, les sanctions de la Cédéao ont fortement affecté l’économie avec la fermeture des frontières, la suspension des transactions financières et le gel d’avoirs.
Le pays, très dépendant de l’aide extérieure (environ 40 % du budget), a subi un choc immédiat. Le blocage de l’oléoduc Niger-Bénin a également privé l’État de revenus pétroliers.
Résultat : une aggravation de la pauvreté et une inflation alimentaire supérieure à 15 %.
Au Mali, l’inflation et les coûts sécuritaires sont élevés. L’embargo imposé en 2022 a ralenti la croissance et provoqué une hausse des prix. Le coût des partenariats sécuritaires, notamment avec le groupe Wagner, pèse lourdement sur les finances publiques.
« Le coût du contrat avec Wagner […] est estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars par mois […] sans amélioration visible de la sécurité », constate Thérèse E. Zogo.
L’exploitation de l’or, principale ressource du pays, a été perturbée par l’insécurité et le départ de partenaires étrangers.
Seul le Burkina Faso fait preuve d’une résilience relative. Le Burkina Faso a mieux limité l’impact économique grâce au maintien de certains partenariats internationaux, à l’absence d’embargo strict et à une croissance soutenue par l’or et l’agriculture.

« Plusieurs organisations internationales ont maintenu leurs opérations […], soutenant une partie de l’économie locale », explique Thérèse E. Zogo.
Autre facteur : une certaine continuité dans les politiques économiques, malgré le changement de régime.
Un frein structurel au développement
À long terme, les coups d’État fragilisent profondément les économies. Les chercheurs constatent une baisse des investissements étrangers, une inflation et un endettement accrus, la fuite des entreprises étrangères et une dépendance renforcée aux matières premières.
Selon Thérèse Elomo Zogo, un cercle vicieux s’installe entre pauvreté et instabilité : « Les coups d’État militaires représentent souvent un changement de façade plutôt qu’une rupture économique réelle. »
Dans les pays du Sahel concernés, les autorités militaires peinent à améliorer concrètement les conditions de vie : accès à l’éducation, à la santé ou à l’électricité.

Prévention et gouvernance : les clés
Face à ces constats, le principal enjeu reste la prévention des crises politiques. Cela passe par des institutions plus transparentes et une meilleure répartition des richesses mais aussi le renforcement de la participation citoyenne.
L’économiste Thérèse E. Zogo souligne également le rôle déterminant des femmes dans la prévention des conflits car, dit-elle, « lorsque les femmes participent aux négociations de paix, la qualité et la durée de la paix s’en trouvent renforcées. »
Des exemples comme le Liberia ou le Rwanda montrent que leur implication contribue à la stabilité politique et au développement économique.
