Guinée : des dirigeants sans parole ni morale
En Guinée, les discours des dirigeants ne valent plus que le temps d’un micro tendu. Les engagements public sont devenus des accessoires jetables, sacrifiés dès que les opportunités menant aux intérêts personnels et malhonnêtes se présentent. Ceux qui juraient hier de défendre une transition démocratique, neutre et désintéressée, sont les mêmes qui ont transformé cette période exceptionnelle en tremplin politique.
Mamadi Doumbouya a donné l’exemple. Hier, il parlait au nom des principes démocratiques. Aujourd’hui, il condamne la démocratie elle-même, comme si la liberté et la dignité du peuple étaient devenues un obstacle à son règne. Cette mutation idéologique n’est pas accidentelle. Elle suit une trajectoire classique : celle des putschistes cupides sans vergogne qui arrivent au pouvoir sous le masque du salut public avant de révéler leur véritable obsession dans la démesure, conserver le pouvoir coûte que coûte.
Le cas de Dansa Kourouma aussi, illustre tristement cette faillite morale qui est devenue le plus grand fléau de la société guinéenne toute entière. Malgré les déclarations solennelles sur la neutralité des organes de transition, malgré les promesses faites au peuple, malgré les prestations de serment sur le Coran et la Bible, il a battu campagne pour Mamadi Doumbouya, avant de préparer désormais sa propre succession au parlement dit du peuple.
Dans un pays où la parole donnée par ceux qui sont censés incarner les vertus et la morale dans l’exemplarité ne tient plus, la crise n’est plus seulement politique : elle est profondément morale et cancérigène.
Lorsqu’un responsable public peut dire une chose le matin devant le peuple qu’il dirige et faire le contraire le soir sans honte ni conséquence, alors l’autorité cesse d’être respectable et perd son honneur et même sa dignité et devient une simple machine d’ambition personnelle qui met en péril la vie de la nation.
Car une nation ne se détruit pas seulement par les armes ou la corruption et le détournement. Elle se détruit aussi et surtout quand ceux qui incarnent l’État, banalisent le mensonge, piétinent leur propre parole et enseignent au peuple que l’honneur et la dignité ne sont plus une vertu, mais une faiblesse. Quel peuple on fabrique et avenir peut-on esperer pour une telle nation ?
