Contre La sansure

Guinée : la crise sociopolitique s’amplifie

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Il y a quelques jours, Kankan, la grande métropole de la Haute Guinée, connaissait différentes manifestations pour réclamer la desserte du courant électrique. Labé s’apprêtait à le faire. Ce matin, c’est Yembeya, un quartier populeux de la Commune de Ratoma que des populations ont manifesté leur colère pour cette denrée de plus en plus rare.

« Des milliards de dollars US d’investissements ont été faits sous le régime de l’ex président Alpha Condé pour améliorer la fourniture du courant électrique. Au moins deux barrages hydroélectriques (Kaléta et Souapity) ont ainsi été réalisés sur le bassin du Konkouré. Amaria, toujours dans cette zone, est en phase de construction. Les problèmes sont nombreux car, même si tous ces barrages produisaient normalement, l’autre jour, vous avez entendu le DG de la société d’électricité dire que les abonnés sont des mauvais payeurs. Un des gros abonnés, c’est l’État, qui est un mauvais payeur depuis toujours…« , explique un cadre du ministère de l’Énergie.

Pour ce fonctionnaire, « ce problème d’électricité, n’a pas commencé avec le CNRD ou les anciens régime d’Alpha Condé, du CNDD ou de Lansana Conté. C’est depuis Sékou Touré que cela a commencé. Il avait refusé un prêt intéressant de 500 millions de dollars, nécessaires pour réaliser les barrages sur le Konkouré. Il a trouvé que c’était cher. Aujourd’hui, c’est dix (10) fois plus qu’il en faut. Il faut investir vu que les possibilités de revendre dans l’espace de la Cedeao existe. Cela prend des visionnaires pour construire une cité, un pays, ce n’est pas avec ces gens gens là que nos problèmes seront réglés, mais ils ne veulent pas le comprendre ».

Grèves et menaces de manifestations

La situation dans le pays commence à être explosive. A moins de deux (2) mois des examens scolaires, un mouvement chez les enseignants contractuels pourrait entraîner une crise dans le secteur, empêchant la tenue desdits examens. « Le gouvernement trouve les moyens d’organiser ses campagnes de propagande et de recrutements de forces militaires et paramilitaires au lieu de le faire pour nous les enseignants, personnel soignant etc. C’est nous qui sommes utiles pour le développement du pays et non ces troupes répressives. Il faut arrêter de militariser l’administration. Il faut valoriser les secteurs de l’Éducation, de la Santé, de l’Environnement, etc. comme on l’a fait pour celui des magistrats« .

De l’avis d’un observateur politique, « les grèves et menaces de manifestations ne sont pas bonnes pour un régime. Colonel Doumbouya doit le savoir et agir pour régler les problèmes. Leur mandat, c’est d’organiser des élections et céder le pouvoir aux élus du peuple. Leur affaire de refondation ne marche pas et ne marchera pas. Ils sont là depuis bientôt deux (2) années. La corruption et les détournements, les marchés gré à gré sont plus nombreux aujourd’hui que sous le régime d’Alpha Condé. Ils devraient se limiter à mettre en place des institutions fortes et s’assurer qu’aucun pouvoir ne viendra changer cette donne. La CRIEf, c’est une bonne chose, mais il faudrait qu’elle soit professionnelle, non téléguidable pour mener des chasses aux sorcières ».

Décentralisation

Poursuivant, cet observateur estime qu’il faudrait « souhaiter que la médiation entamée par les religieux aboutisse à des accords permettant de trouver un terrain d’entente entre le CNRD et les forces vives. Cela aidera à gérer cette crise car, les politiciens et les acteurs de la société civile sont mieux écoutés que les gouvernants mal élus ou issus de coups d »État. Il faudrait mettre à jour le chronogramme des 24 mois et rectifier les pistes qui n’ont pas fonctionné. En Guinée comme au Burkina au Mali et au Tchad, les revendications sont là…« .

Mais pour un commentateur, « ce qu’il faut, c’est décentraliser le pouvoir en renforçant les rôles des régions et communes. Ainsi, pour électrifier Kankan, N’Zérékoré, Labé, etc., cela reviendrait aux élus régionaux et communaux de voir trouver les financements avec l’appui du pouvoir central. Chacune des régions a des richesses… Voyez avec l’or de Siguiri, de Dinguiraye ou de Kouroussa, les sociétés minières qui sont là devraient être mises à contribution pour garantir les fonds nécessaires pour la réalisation des barrages ».

Mamadou Alpha BAH

collaboration B. O. MAHMOUD

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