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Guinée: «La junte joue la montre pour rester au pouvoir le plus longtemps possible»

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De nombreuses voix s’élèvent après la répression des dernières manifestations en Guinée. Les organisations de la société civile et les partis politiques ont fait part de leur réprobation. Mais ils suspendent toute marche pendant deux semaines, pour laisser une chance à la médiation ouest-africaine. Que demandent ces organisations ? Dans quel état d’esprit sont-elles ? Entretien avec Étienne Soropogui, l’un des responsables des « Forces vives de la nation ».

RFI : Les Forces vives de la nation réclament l’ouverture d’un dialogue constructif avec la junte, le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD). Quels sont les points dont vous souhaitez discuter avec le colonel Doumbouya et avec son entourage ?

Etienne Soropogui Il est important qu’un cadre de discussion soit mis en place et que nous puissions examiner un certain nombre de questions pour permettre un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Il s’agit notamment de la question du délai de la transition, que ce délai puisse être examiné de manière concertée par l’ensemble des forces politiques et sociales de la Guinée, naturellement avec la junte militaire au pouvoir. Dès l’instant que tout le monde est d’accord pour dire que la transition a aussi pour vocation de retourner à l’ordre constitutionnel, il est important qu’un compromis puisse être trouvé sur la nature des organes qui doivent permettre d’opérer ce retour, notamment les organes électoraux.

Parce que vous l’instant, vous avez le sentiment que ce cadre de dialogue n’existe pas avec la junte ?

Ce qui a été mis en place ne paraît pas assez sincère. Nous avons l’impression que la junte essaie de jouer la montre pour rester au pouvoir le plus longtemps possible. Elle ne fait pas l’effort de s’ouvrir pour qu’ensemble, main dans la main, nous puissions prendre les décisions qu’il faut pour sortir rapidement de cette transition. 

Vous aviez fait partie des opposants détenus sous Alpha Condé. En voyant Foniké Mengué remis en détention, avec le secrétaire général de l’Union des forces républicaines Saïkou Yaya Barry, est-ce que vous avez l’impression que les nouveaux dirigeants guinéens sont en train de reproduire des erreurs du régime qu’ils ont renversé ?

Effectivement, je faisais partie de ceux qui ont été libérés au lendemain du 5 septembre (date du coup d’État ayant provoqué la chute d’Alpha Condé, NDLR) de la prison de Coronthie.  Mais malheureusement, on a comme l’impression que nous faisons face à un remake de tout ce qui a été fait sous le président Alpha Condé, qui a justifié la prise illégale du pouvoir. Aujourd’hui l’essentiel des libertés sont comprimées, aujourd’hui les leaders de la société civile, les leaders politiques ont des difficultés à sortir du territoire national parce que les passeports sont confisqués, les militaires sont revenus au niveau des principales artères de Conakry. Moi qui vous parle actuellement, je n’ai aucune garantie que demain matin, une dizaine de pick-up ne débarquent pas chez moi, devant mes enfants, pour me trimballer dans un endroit que je ne connais pas.

Je crois qu’aujourd’hui, tout est en train d’être fait pour que les vis de la répression soient resserrées, qu’un certain nombre de compatriotes qui sont en opposition vis-à-vis de ce qui est en train d’être fait soient intimidés et cessent de lutter. Mais, naturellement, les gens doivent comprendre que ce n’est pas parce qu’on a peur de mourir ou qu’on a peur d’aller en prison qu’on va laisser l’idéal démocratique pour lequel nous nous battons depuis un certain temps être piétiné par des militaires qui viennent de prendre le pouvoir en Guinée.

Les manifestations sont suspendues jusqu’au 15 août 2022 pour laisser une chance à la médiation de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Qu’est-ce que vous attendez de cette médiation ?

Nous osons espérer que cette période va permettre aux uns et aux autres de ramener leurs intentions à de meilleures proportions pour que nous puissions nous remettre à la table [des discussions]. Malheureusement, sur la base du délai qui a été donné, si nous n’obtenons rien, nous serons obligés, comme nous l’avons dit dans notre déclaration, de relancer les manifestations parce que nous n’avons que ça pour exiger les légitimes revendications que nous avons.

Est-ce que vous savez si une démarche ou une visite du médiateur de la Cédéao en Guinée, le Béninois Thomas Boni Yayi, est prévue ou est en cours ?

Il a souhaité, au regard de la tension palpable qu’on a actuellement à Conakry, venir rapidement pour que nous mettions les choses à leur juste proportion. Mais selon les informations que nous avons reçues, les autorités actuelles n’ont pas souhaité répondre à ses appels.

 

Par :Laurent Correau

(*) In. https://www.rfi.fr/fr/podcasts/invit%C3%A9-afrique/20220802-guin%C3%A9e-la-junte-joue-la-montre-pour-rester-au-pouvoir-le-plus-longtemps-possible

 

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