Contre La sansure

GUINÉE : LES ORPHELINS DE L’AFFICHE

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Il est temps de rendre justice à cette génération de candidats qui aura profondément renouvelé la science politique guinéenne. Pendant que d’autres perdaient leur temps à construire des partis, à recruter des militants, à convaincre des électeurs et à parcourir des villages, eux avaient découvert une méthode infiniment plus moderne : se coller à l’image du chef de la junte et attendre la récolte.

La politique par procuration, la popularité par photocopie, la légitimité par impression couleur. Jamais on n’avait vu autant de candidats persuadés qu’une photographie pouvait remplacer une implantation. Le programme tenait sur une affiche, le projet politique dans un slogan et le principal argument électoral consistait à expliquer aux citoyen : « Regardez bien derrière moi ».

Ils avaient tout misé sur l’équation révolutionnaire Portrait du chef + sourire du candidat = victoire garantie. Les voilà donc partis à l’assaut des suffrages, convaincus que le simple fait d’apparaître à proximité du pouvoir suffisait à transformer automatiquement un inconnu en représentant du peuple.

Hélas, la réalité a parfois un sens de l’humour particulièrement cruel. Car voici que les mêmes candidats découvrent aujourd’hui qu’il existe une différence entre être visible et être choisi, entre être toléré et être soutenu, surtout entre être exhibé et être élu.

Cependant, le plus savoureux est ailleurs car, nous ne parlons même pas ici d’élections unanimement saluées mais d’un scrutin dont les résultats sont contestés, dont la participation fait l’objet d’une véritable guerre des chiffres, où certains perçoivent une élection pendant que d’autres voient une sélection et où le débat principal ne porte même plus sur les vainqueurs mais sur le nombre réel de citoyens qui se sont déplacés.

Et pourtant, même dans ces conditions, même avec toutes les facilités supposées, même avec l’image du chef en bandoulière, les slogans de circonstance, les affiches géantes et les bénédictions autoproclamées, ils ont trouvé le moyen de perdre. Ils ont vraiment du talent, car échouer dans une compétition déjà présentée comme favorable relève presque de l’exploit sportif.

Certains se voyaient déjà députés avant le premier bulletin, d’autres distribuaient des certitudes avec une générosité admirable. Quelques-uns parlaient de leur futur mandat comme s’il avait déjà été validé par l’Histoire. Les urnes, ces objets parfois mal élevés, ont refusé de respecter le scénario. Quelle ingratitude.

Les électeurs absents n’ont pas voté, les électeurs présents n’ont pas toujours compris le message et les candidats de la photocopie politique se retrouvent aujourd’hui face à la découverte bouleversante qu’une image empruntée n’est pas un capital politique.

Le ridicule atteint son sommet lorsqu’on observe le contraste entre les discours d’hier et les résultats d’aujourd’hui. On annonçait la fin des grands partis, on promettait une nouvelle ère, on expliquait que les anciennes forces politiques étaient devenues obsolètes et on jurait que l’avenir appartenait aux nouveaux visages.

Alors les résultats sont arrivés avec la délicatesse d’un marteau et soudain, les prophètes de l’effacement des autres se retrouvent eux-mêmes effacés. Les fossoyeurs autoproclamés de l’ancien monde découvrent qu’ils n’ont même pas réussi à construire le leur.

La vérité est que la popularité n’est pas transmissible par affichage, l’autorité ne se photocopie pas et le charisme ne se distribue pas en tract. Et le peuple, même lorsqu’il boude massivement les urnes, conserve encore l’étrange pouvoir de distinguer l’original de la contrefaçon.

Au fond, ces candidats n’auront pas perdu une élection. Ils ont perdu l’illusion que l’on peut devenir une figure politique simplement en se tenant assez près d’une autre. L’illusion que le zèle est une compétence et que l’affiche est plus forte que le terrain. L’illusion, enfin, que l’ombre d’un arbre suffit à produire des fruits.

La politique est une discipline impitoyable. Elle finit toujours par demander aux figurants de descendre de l’affiche pour rencontrer le public. Et c’est généralement à cet instant précis que commencent les problèmes.

Alpha Issagha Diallo
Observateur des carrières construites sur affiche et démolies par bulletin de vote

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