Contre La sansure

L’indignation sélective et l’insupportable lâcheté

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Le président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) exerce une indéniable fascination sur nombre de ses compatriotes, tout comme il trouble constamment le sommeil de ses détracteurs. En réalité, il ne laisse personne indifférent. « Dites du bien ou dites du mal, mais surtout, parlez de moi », pourrait rétorquer Cellou Dalein Diallo, empruntant à Edgar Faure cette formule ciselée pour répondre à la fixation quasi pathologique dont il fait l’objet.

Chaque fait divers, chaque soubresaut de l’actualité nationale devient le prétexte idéal pour projeter sur lui ses propres passions, qu’elles relèvent de l’admiration inconditionnelle ou du réquisitoire acerbe. Décidément, l’homme est voué à occuper durablement le devant de la scène et à défrayer la chronique. C’est là la marque des grands fauves politiques : susciter le débat, imposer sa présence dans l’espace public et donner du fil à retordre tant à ses adversaires qu’aux observateurs de la vie publique.

Dommage, en revanche, pour ceux qui, aveuglés par le ressentiment, l’animosité ou la jalousie, s’avèrent incapables de prendre de la hauteur et cèdent à la tentation malsaine de nuire.

Certes, le président de l’UFDG n’est pas infaillible. Il ne prétend ni à la perfection, ni à l’absence d’erreurs, ni même au fait de n’avoir jamais emprunté de mauvaises routes. Il n’en demeure pas moins l’un des rares acteurs politiques à pouvoir revendiquer une sincérité constante dans son discours et une authentique culture de l’ouverture. Refusant la discrimination, l’exclusion ou la stigmatisation systématique, peut-on réellement lui reprocher son humanité ou sa générosité politique, lui qui s’est donné pour noble idéal de « Unir pour servir » ?

En tant qu’homme d’État, Cellou Dalein Diallo refuse les préjugés et refuse de s’enfermer dans de stériles rancœurs. Pour autant, il ne pactise pas avec le diable. Il juge sur pièces et ne saurait se porter garant, encore moins caution, des dérives d’autrui. Dès lors, il est aussi malhonnête que dérisoire d’instrumentaliser son image à des fins nauséabondes et de s’acharner à ternir sa réputation par des raccourcis douteux et des amalgames sordides.

Rafiou Sow n’est pas Cellou Dalein Diallo, pas plus que ce dernier ne peut être assimilé à quiconque. Chacun demeure maître de son destin et pleinement responsable de ses propres actes devant l’Histoire.

D’ailleurs, comment feindre l’indignation face à de simples soupçons tout en observant un silence complice devant des crimes avérés, documentés et perpétrés par des coupables notoirement identifiés ?

Le sort tragique de tant de nos compatriotes fauchés, disparus ou séquestrés, le calvaire d’un peuple spolié de sa liberté, de sa dignité et de sa souveraineté constitueraient-ils des fautes mineures ? Peut-on décemment détourner le regard face à de telles tragédies réelles tout en se montrant implacable sur la foi de simples allégations ?

Si, chaque fois qu’une personne ayant approché de près ou de loin Cellou Dalein Diallo se trouve mise en cause, il fallait incriminer le leader lui-même, alors l’ensemble de la classe politique devrait subir le même traitement infamant. Il suffirait, pour s’en convaincre, d’exhumer les innombrables clichés où figurent, côte à côte, des acteurs de tous horizons, y compris les soutiens les plus zélés du régime en place.

Dans cette même logique absurde, il faudrait associer les visages de ceux qui gravitent dans l’ombre du pouvoir actuel à ceux des dignitaires aujourd’hui aux affaires, alors même que ces derniers sont régulièrement ciblés par des accusations d’une extrême gravité.

Chaque victime devrait alors poser aux côtés de nos gouvernants et de ces censeurs à la morale géométrie variable ; ces mêmes moralisateurs qui ont les yeux grands ouverts sur ce qui se passe à des milliers de kilomètres, mais qui s’aveuglent volontairement face aux drames qui se jouent sous leurs yeux, drames dont ils sont parfois les spectateurs, souvent les complices et parfois même les acteurs.

Tous les crimes, sans distinction, méritent d’être dénoncés avec la même vigueur et la même exigence éthique. Aucun innocent ne doit être jeté en pâture au lynchage médiatique, de même qu’aucun coupable ne doit bénéficier de complaisance ou d’impunité.

Le discernement est le premier pas vers la justice. Il reste le chemin le plus sûr vers la vérité.

Souleymane SOUZA KONATÉ

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