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Guinée : Pour que le changement soit réel…

Après six décennies d’indépendance la Guinée continue de trainer dans la pauvreté et le sous-développement. Cet état de fait n’est dû à rien d’autre qu’à la mauvaise gestion qui a caractérisé les régimes qui se sont succédé à la tête du pays depuis 1958.

Ce n’est pas un manque de ressources qui est à l’origine de la situation actuelle du pays. La Guinée regorge de ressources assez suffisantes pour assurer son décollage économique et son développement durable. Quoi qu’on dise, ce sont des guinéens qui ont mis en place un système de pillage des ressources et qui l’ont perpétué pour sauvegarder leurs intérêts personnels et ceux de leurs proches contre la nation toute entière et cela depuis toujours.

En 2022, aucun guinéen ne souhaite que ses enfants n’étudient que dans les écoles guinéennes. Tout le monde rêve aller, ne serait-ce qu’au Sénégal ou en Côte d’ivoire voisins pour obtenir un diplôme lui permettant de se faire une place dans le marché de l’emploi. Les guinéens se forment au Maroc, en France, en Russie et ailleurs. Pourquoi, après 60 ans d’indépendance nous n’avons pas d’écoles dignes de nom, capables de former des cadres compétents et patriotes ? Où sont les écoles construites par les anciens ministres qui veulent nous faire croire que la Guinée ne peut aller de l’avant sans eux ?

Pour se soigner, les guinéens vont au Sénégal, au Maroc, en Tunisie, en France et ailleurs. Où sont les hôpitaux construits par ces anciens fonctionnaires qui se font passer aujourd’hui pour des sauveurs ?

Ces marchands d’illusions et leurs familles quittent le pays pour des plaintes sanitaires mineures alors que la majorité de la population pauvre est livrée à un système sanitaire défaillant, un personnel corrompu et inhumain dans des installations indignes. Où est le passé élogieux que nous regrettons aujourd’hui et qui justifierait que nous les reconduisions au pouvoir ? Où est le développement qu’ils nous ont laissé ? Où sont les preuves que ces hauts cadres ont voulu développer la Guinée mais ont été empêchés ?

Les seuls guinéens qui ont un passé glorieux à regretter sont ces mêmes cadres et leurs proches qui ont été les seuls à bénéficier des ressources du pays pendant 60 ans. Les guinéens continuent d’attendre la levée du soleil. Le réseau routier n’est pas seulement délabré, il est pratiquement inexistant sur l’ensemble du territoire, jusqu’aux portes du palais en pleine capitale.
Le seul héritage que ces cadres nous ont laissé est un pays exsangue où les besoins primaires sont inexistants, un pays où tous les jeunes rêvent de partir vivre ailleurs et un tissu social en lambeaux. C’est ce qui d’ailleurs favorise aujourd’hui la survie politique de la plupart des leaders qui n’ont que de discours creux à offrir au peuple. Leur semblant de popularité est le résultat d’un achat de conscience avec l’argent du contribuable et non un patriotisme quelconque ou une réalisation pour lesquelles ils peuvent être reconnus. A cela s’ajoute une infection virale communautariste.

Ceux qui ont érigé ce système mafieux et qui en ont profité et fait profiter les leurs ne pourront jamais se reconvertir en de vertueux serviteurs du peuple qu’ils ont toujours méprisé et manipulé. Ils ne vont pas se reconvertir pour la simple raison qu’ils ont toujours confondu leurs poches et les caisses de l’Etat, le tout dans une totale impunité. Ils ne pourront pas faire autrement. L’expérience nous prouve que les humains sont le résultat de leur environnement et surtout des systèmes dans lesquels ils ont évolué.

Les ministres et autres hauts cadres qui ont toujours considéré leur démission des postes à responsabilité comme des sanctions ne reviendront pas pour s’occuper d’autres choses que de se venger de ce qu’ils considèrent être des affronts contre eux. Ils ne sont allés par la suite dans aucune école, aucune institution, aucun autre système pour apprendre autre chose leur permettant de changer d’attitude et de comportement vis-à-vis de la gestion de la chose publique.

Guinéens, voulons nous revivre les réalités de 2000 à 2009, ou bien celles de 2010 à 2020 ?

Cette transition doit être mise à profit pour repenser notre pays, la gestion de nos biens communs, le pacte social qui doit régir nos relations et surtout la manière dont nous voulons désormais que ce pays soit géré. Le moment est venu de faire le bilan de 60 années d’indépendance et de gestion calamiteuse, de violences de tous genres, d’humiliation et de mépris. Les guinéens doivent éviter de retomber dans les pratiques du passé et cela ne passera que par un choix judicieux de celles et ceux qui devront désormais conduire les destinées du pays. L’occasion est opportune.
Les institutions internationales dont la Guinée est membre s’intéressent à ce qui se passe aujourd’hui en Guinée. La transition en cours attire l’attention de la communauté internationale qui n’a pas forcément intérêt à ce que la Guinée continue de patauger dans la misère et la précarité. Les guinéens doivent saisir cette rare opportunité pour repenser la manière de gérer les choses et surtout à la catégorie de citoyens à qui confier désormais notre commune destinée. C’est le moment où jamais de repartir sur des nouvelles bases et éviter de perpétuer le système et ses artisans qui nous ont maintenu dans cette situation honteuse et inacceptable.

Le choix cornélien à faire est celui du renouveau ou la perpétuation d’un système qui a précipité ce beau pays dans le gouffre où il se trouve aujourd’hui. C’est le choix entre les artisans de ce système et des guinéens capables, patriotes et amoureux de la Guinée et des guinéens. Oui, il faut choisir entre revivre le cauchemar du passé et un changement radical qui replace la Guinée sur le chemin de l’unité nationale et du progrès économique et social.

Ce changement passera par une information et une sensibilisation à tous les niveaux permettant aux citoyens guinéens de tirer les leçons du passé et s’engager résolument vers un avenir de transformation qualitative et quantitative de notre pays à travers la mise en place d’une nouvelle équipe dirigeante composée de cadres compétents, patriotes et engagés. Les citoyens qui sont les électeurs sont les seuls capables d’opérer ce changement mais pour y arriver il faut que ce débat soit ouvert et qu’enfin on fasse la différence entre ceux qui se sont toujours servi de la Guinée et des guinéens et ceux qui veulent servir ce peuple qui ne peut plus attendre dans un contexte de crises mondiales multidimensionnelles.

Boubacar DIENG

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