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Guinée : Silence, Satan est-il de retour ?

Après les crises politiques et institutionnelles nées de la violation de la Constitution de 2010 et le coup d’Etat du 5 septembre qui s’en est suivi, la Guinée a connu un temps d’accalmie. Dix mois se sont écoulés dans une atmosphère de paix, de stabilité et de quiétude.

Les discours qui ont ponctué la prise du pouvoir par le CNRD et les actes posés par le chef de la Junte, le Colonel Mamady Doumbouya étaient de nature à encourager les plus sceptiques. Tous les signaux tendaient au vert jusqu’en juillet 2022.

Aujourd’hui, la manière de conduire la transition par le CNRD est décriée par une partie importante des forces sociales du pays et des acteurs majeurs de la vie politique. De son côté, le CNRD semble avoir emprunté la voie de la confrontation si chère à son prédécesseur Alpha Condé dont les 11 ans de règne n’étaient pas du tout repos.

Les faits sur le terrain et les discours de certains proches de la junte rappellent curieusement les dernières heures du RPG au pouvoir, de nature à donner raison à ceux qui avaient très tôt qualifié le CNRD de RPG sans Alpha Condé. L’accalmie cède progressivement la place aux violences d’antan, la psychose à la sérénité, l’incertitude à la lueur d’espoir, le chaos à la paix et la stabilité.
La dissolution du FNDC suite aux manifestations des 28 et 29 juillet a vraisemblablement fait l’effet contraire puisque les forces sociales n’ont pas capitulé comme on pouvait s’y attendre. Les manifestations de rues, les protestations spontanées et leurs lots de morts, de blessés et d’arrestations ont repris de belle. Satan semble avoir repris une place de choix dans les esprits et les cœurs de certains guinéens. L’assassinat de deux jeunes garçons à la fleur de l’âge vient jeter un questionnement légitime sur les motifs de la visite du Colonel Mamady Doumbouya au cimetière de Bambeto, épicentre de la contestation, il y a seulement quelques mois et les discours qui avaient suivi. La mort prématurée de ces jeunes nous rappelle le passé sombre et nous amène à nous poser encore de véritables questions sur notre volonté de promouvoir la paix, la stabilité et le vivre ensemble.
Les communications qui entourent la médiation de la CEDEAO sèment un doute dans les esprits et remettent en question les intentions de la junte à instaurer un climat de confiance nécessaire au dialogue que tous les acteurs de la vie socio politique du pays appellent de tous leurs vœux. Les mises en garde de la junte sur l’impact des manifestations sur le chronogramme de la transition semblent être des signes prémonitoires d’un enlisement qui risque de compromettre les efforts de conciliation des positions et rendre la mission de l’organisation sous régionale assez difficile.

La volonté du Colonel risque de souffrir de doute dans l’opinion publique, mais que la situation est encore gérable s’il parvenait, comme le disent certains leaders d’opinion, à contenir la partie toxique de son entourage qui, ayant pris goût aux délices du pouvoir, préfère faire la sourde oreille et pousser l’homme du 05 septembre à commettre les erreurs du passé qu’il avait pourtant dénoncées dès les premières heures de la prise du pouvoir.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Il est grand temps de casser ce bicéphalisme qui prend forme dans le paysage politique guinéen à travers une adresse à la nation du chef de l’Etat appelant à l’unité des guinéens suivi de l’ouverture d’un dialogue ouvert, inclusif et franc, remettant ainsi la transition sur les rails pendant que la volonté est encore palpable chez les principaux acteurs. La confrontation et les attitudes bellicistes ne sont pas de nature à favoriser une solution à la crise qui s’enracine.
Tout n’est pas perdu puisque les guinéens sont encore résolus à privilégier le dialogue dans la résolution de la crise mais surtout si le Colonel veut, comme la majorité de ses compatriotes le souhaitent, sortir la Guinée du trou et lui-même par la grande porte de l’histoire.

Boubacar DIENG

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