La Banque Centrale devrait-elle imprimer des billets de 50 000 ou 100 000 GNF ? Les implications économiques brièvement expliquées
Moi-même, quand je voyage des États-Unis d’Amérique, où je vis, pour la Guinée, je ne voyage pas avec mon porte-monnaie. Parce qu’aux États-Unis d’Amérique, je peux librement porter et me promener avec mille dollars (1 000), l’équivalent de près de neuf millions de francs guinéens (9 000 000).
Cependant, en Guinée, je ne peux pas porter 9 000 000 francs dans mon porte-monnaie. Sous les présentes contraintes de la monnaie locale guinéenne, le billet de 20 000 francs Guinéens (GNF) étant le billet le plus grand.
Donc, il serait une très bonne nouvelle pour moi de pouvoir porter et transporter sur moi 9 000 000 GNF si la Banque Centrale de la République de Guinée imprimait des billets de 50 000 ou 100 000 GNF ?
À cet égard, le gouverneur de la Banque Centrale a déjà ouvert une délibération dans ce sens en disant que : « Le billet de 20 000 dates de 2015, lorsque la Guinée avait un Produit Intérieur Brut (PIB) d’environ 8 milliards de dollars et une population d’environ 8 millions d’habitants. 10 ans plus tard, le rebasage montre un PIB autour de 36 000 à 40 000 milliards de GNF et la population a atteint 16 millions. Cette évolution laisse penser que des billets de 50 000, voire 100 000 auraient déjà dû exister. »
Excellence, M. le Gouverneur de la Banque Centrale Guinéenne, l’impression des billets de banque de 50 000 ou 100 000 GNF n’ira pas sans corollaire pour l’économie guinéenne. Car il n’existe aucune corrélation entre le PIB d’un pays et les coupures larges de la monnaie.
La solution résiderait plutôt dans la prolifération des cartes bancaires magnétiques en Guinée, avec des points de vente et d’achat magnétiques. Cela pourrait facilement résoudre la problématique du port et du transport du franc guinéen.
La prolifération des cartes bancaires magnétiques en Guinée créera d’ailleurs plus d’emplois dans les banques et leurs subsidiaires en Guinée.
Avec la croissance démographique guinéenne, quelle est la vitesse de circulation de la monnaie guinéenne ? Comment calculer la vitesse de circulation de la monnaie guinéenne en économie ?
La théorie quantitative de la monnaie établit cette connexion de la vitesse de circulation d’un billet de la monnaie guinéenne avec la formule MV = PY, où :
-
- M = la masse monétaire,
- V = la vitesse de circulation (combien de fois un billet change de mains en Guinée),
- P = niveau des prix, par exemple le prix d’un sac de riz,
- Y = revenu national (T = nombre de transactions), pour simplification, cet article utilise le PIB actuel de la Guinée pour cette variable.
En supposant que V et Y sont constants à court terme, l’augmentation de la masse monétaire (ou l’impression des billets de 50 000 et 100 000) entraînera une augmentation du niveau des prix. C’est-à-dire ?
Pour l’année 2024, le PIB nominal de la Guinée, selon la Banque mondiale, est :
Y = 25,5 milliards de dollars, donc j’assume que la constante V = 1, ce qui aboutit à :
M = P x 25,5 (milliards de dollars), ou M = 25,5 x P, comme le PIB est maintenu constant au cours de l’année (2024), il résulte que :
M = P (1)
L’expression (1) prouve que les prix de tous les biens et services augmenteront en Guinée avec une augmentation de la masse monétaire. De plus, l’expression (1) prouve qu’il y a une relation biunivoque entre la vitesse de circulation de l’argent (V) et la production, le PIB, et qu’il n’y a pas de corrélation claire entre la masse monétaire (M) et la démographie, comme mentionné par le gouverneur.
En conséquence, la masse monétaire ne devrait pas augmenter avec la démographie.
L’impression des billets de banque de 50 000 ou de 100 000 est-elle, en effet, une bonne idée pour l’économie guinéenne ? Le père fondateur de la politique monétaire universelle, l’économiste américain Milton Friedman, a déjà prouvé et exprimé des inquiétudes sur la corrélation entre l’impression d’une grande quantité de monnaie et l’inflation, en disant que : « L’inflation est causée par une quantité excessive de monnaie en circulation pour une quantité insuffisante de biens. »
En économie, pour comprendre et expliquer l’effet de la corrélation de l’émission des billets de 50 000 ou 100 000 GNF et l’inflation en Guinée, je prends un exemple :
Je suppose que l’économie guinéenne produise 1 000 unités de production de tout bien ou service donné.
Je suppose que la masse monétaire (nombre de billets et de pièces) = 100 000 GNF.
Cela signifie que le prix moyen de la production sera (100 000/1000) = 100 GNF.
Je suppose en plus que le gouvernement imprime des billets de 50 000 GNF supplémentaires, créant une masse monétaire totale de 150 000 GNF (100 000 + 50 000) ; mais la production de l’économie reste à 1 000 unités.
En effet, les Guinéens auront plus d’argent liquide, mais le nombre de marchandises est le même. Parce que les Guinéens auront plus d’argent, ils sont prêts à dépenser plus pour acheter des biens et des services dans l’économie guinéenne. Cela conduit à trop de GNF poursuivant les mêmes biens et services (constants), entraînant l’inflation.
En maintenant constantes toutes les variables, le prix des 1 000 unités augmentera de 150 GNF (150 000/1000). Le prix a augmenté, mais la quantité de production en Guinée reste la même.
Les Guinéens ne seront pas mieux lotis, et la valeur du franc guinéen diminuera. Alors, un billet de 100 000 GNF achètera moins de marchandises qu’auparavant.
Par conséquent, si la masse monétaire est augmentée en Guinée (imprimer les billets de 50 000 ou 100 000 GNF), mais que la production reste la même, tout deviendra simplement plus cher en Guinée. L’augmentation du revenu national (PIB) sera purement monétaire (nominale).
Si la production augmente de 5 % et la masse monétaire guinéenne augmente de 7 %, alors l’inflation sera d’environ 2 %.
En outre, si la Banque Centrale Guinéenne émet des billets de banque de 50 000 et 100 000 GNF, cela créera une ruée sans fin de tous les Guinéens vers ses billets de 50 000 et 100 000 francs guinéens.
Négligeant alors les autres coupures (telles que les billets de 5 000 ou 20 000) du franc guinéen.
Cette négligence des autres billets du franc guinéen s’appelle en économie la loi de Gresham ou l’effet de redénomination d’une monnaie. Une loi selon laquelle « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». Ou à son inverse, et à l’effet de dénomination, un biais comportemental selon lequel les gens dépensent moins facilement (surtout en période de forte inflation) les billets de grande valeur que ceux de faible valeur.
Cependant, la préférence pour les billets de valeur plus élevée est souvent une réponse pratique à l’érosion du pouvoir d’achat des billets de faible valeur par l’inflation, ce qui conduit parfois à des appels à la redénomination.
La loi de Gresham tire son nom de Sir Thomas Gresham, financier et marchand anglais du XVIe siècle. Cette loi, plus largement expliquée et appliquée à la Guinée, stipule que : « Lorsque deux formes de monnaie, l’une « bonne » et l’autre « mauvaise », circulent à valeur officielle identique, les gens thésaurisent la bonne monnaie et dépensent la mauvaise, ce qui entraîne la disparition de la bonne monnaie. »
Par conséquent, si la Banque Centrale Guinéenne imprimait un jour les billets de 50 000 ou de 100 000 GNF, les Guinéens accumuleraient les « bons francs » (c’est-à-dire les billets de 50 000 ou 100 000 GNF), provoquant ainsi une pénurie de ces billets dans les transactions financières, et les Guinéens dépenseraient les « mauvais francs » (comme les billets de 20 000 ou 10 000 GNF), ce qui dévaluerait ces billets.
En Guinée, un autre exemple met en lumière qu’en ce moment, un billet de 100 GNF n’est pas accepté dans certaines transactions financières. Pourquoi la Banque Centrale Guinéenne imprimerait-elle alors les billets de 50 000 ou de 100 000 GNF ?
En revanche, imprimer les billets de 50 000 ou de 100 000 GNF va créer une série de problèmes pour l’économie guinéenne, tels que :
.- L’inflation
.- Le stockage de monnaie, l’accumulation d’argent uniquement en billets de 50 000 ou de 100 000 GNF, créant une pénurie de ces billets et asphyxiant l’économie guinéenne puisque seuls ces billets seront acceptés sur le marché et dans les transactions financières.
.- Les contrefaçons (la fabrication), la prolifération et la circulation des faux billets de 50 000 et de 100 000 en Guinée. Rendant ainsi la surveillance des faux billets plus difficile et coûteuse.
.- La dépréciation du franc guinéen, conduisant à une diminution nette du pouvoir d’achat des Guinéens. C’est-à-dire qu’il faudra un sac à dos plein d’argent d’un milliard de GNF pour s’offrir un sac de riz, comme cela a été constaté dans les économies comme au Zimbabwe.
.- L’hyperinflation (comme au Zimbabwe ou au Soudan du Sud), certains billets comme ceux de 100 ou 1000 GNF ne seront plus acceptés dans certaines transactions financières en Guinée. De surcroît, les prix des biens et services seront déterminés dans les devises étrangères comme le Franc CFA, le dollar et l’Euro, rendant le franc guinéen inopérant. La confiance des Guinéens dans le franc guinéen diminuera fortement.
.- Rendre les grandes transactions illicites (drogues, évasion fiscale, terrorisme) plus faciles en Guinée en raison de la portabilité du franc guinéen, et réduire la confiance du public dans le franc guinéen, ce qui entravera même l’emprunt gouvernemental (pour la poursuite des projets de développement) et la stabilité économique en Guinée.
Toutes ces séries de problèmes qu’engendrerait l’impression des billets de 50 000 ou 100 000 dans l’économie guinéenne peuvent être exprimées par le polynôme mathématique approximé suivant :
f(x) ≈ c₀ + c₁(x − a) + c₂(x − a)² + c₃(x − a)³ + c₄(x − a)⁴ +… (2)
J’utilise ensuite le développement en série de Taylor pour différencier (calculer) les risques auxquels l’économie guinéenne serait confrontée dans ce cas d’impression des billets de 50 000 ou de 100 000 GNF. Après l’évaluation des constantes (C₀, C₁, C₂, C₃, C₄ … a)
Cependant, l’objectif de cet article n’est pas d’écrire un article économique scientifique, ni de calculer mathématiquement les risques auxquels l’économie guinéenne sera exposée dans ce cas d’impression des billets de 50 000 ou de 100 000 GNF.
L’objectif de cet article reste uniquement dans le cadre d’EXPLICATIONS BRIÈVES DES IMPLICATIONS ÉCONOMIQUES liées à l’impression des billets de 50 000 et 100 000 GNF.
Cet article tente finalement de clarifier la prise de conscience des Guinéens sur les conséquences de l’existence des billets de 50 000 ou de 100 000 GNF dans leur économie et défendre ma position, tout en conseillant à la Banque Centrale de ne pas imprimer les billets de 50 000 ou de 100 000 GNF.
Ibrahima Tamba Yaradouno
Économiste Doctorant, Professeur Adjoint d’Économie à Wayne State University Detroit, Michigan USA
Tamba_y@yahoo.com
Source: https://www.visionguinee.info/
