Contre La sansure

La France candidate à l’AES des canicules?

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Une température en journée à 42 degrés, des nuits à 28 degrés, des infrastructures qui plient et le bitume qui fond. La France coche désormais toutes les cases pour adhérer à l’AES des canicules.

Regardons les faits, froidement, pendant qu’il fait chaud. Depuis 1850, l’humanité a émis 2 500 milliards de tonnes de CO2. 66% de ces émissions sont le fait de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Lesquels ont été rejoints depuis par la Chine. L’Afrique subsaharienne, elle, n’en représente qu’à peine 4%.

Conséquence physique : au nord, le réchauffement crée des « pics ». Des vagues. Un plateau qui monte par à-coups. Au Sahel, pas de plateau. Pas de saison fraîche compensatoire. Juste une dérive continue. Même phénomène, deux régimes d’attention. Le double standard est aussi dans le climat.

Si 4% des émissions produisent 100% de l’urgence médiatique, à quel seuil la souffrance devient-elle visible ? Au Nord, la canicule, un accident ? On en doute à présent. Elle continue de choquer, mais elle repart avec l’hiver. Au sud, c’est une installation. Nuits à 32°C, murs qui crachent la chaleur à 3 h du matin, des enfants sur les nattes dehors. On parle de « dérèglement », pour les Sahéliens, ça ressemble plus à un « règlement de compte ». Ceux qui ont le moins pollué sont les premiers à brûler. Ceux qui ont le moins de moyens sont les premiers à payer. Il n’y a pas de seuil pour la souffrance. Il y a les résilients et les exigeants. Le vrai scandale climatique n’est pas les degrés. C’est l’injustice.

La dictature des opinions pousse à des réponses réflexes. Le débat est complexe. Mais dans l’urgence, les réponses réflexes prennent le dessus. Ce qui est souvent cité, c’est le modèle singapourien de Lee Kuan Yew : la climatisation de masse. Le confort immédiat.

Sauf que la physique est têtue. Une clim rejette deux chaleurs : celle de la pièce, dehors, plus les fameux hydrofluorocarbures, les HFC. Le gaz qui fait le froid mais qui réchauffe outrageusement le climat. Un kilogramme de ce gaz réchauffe la planète 2 000 fois plus qu’un kilogramme de CO₂. Ce qui revient à remplacer un trou dans l’ozone par un four dans l’atmosphère.

La clim, c’est soigner la fièvre en mettant le feu à la maison, avec la facture qui explose. Il existerait pourtant une clim climato-compatible, avec l’utilisation du gaz R290, un gaz naturel : le propane. Il existe dans l’air et, même en cas de fuite, il se dégrade en 12 jours. Alors que ce terrible HFC reste 15 à 20 ans et réchauffe 2 000 fois plus. Il n’y a donc pas photo. Le R290 a un autre avantage, et pas des moindres : il est très sobre en consommation d’électricité, avec 15% de moins de consommation électrique. Malgré tout, l’utilisation du gaz R290 dans une passoire thermique mal isolée, fonctionnant à l’électricité produite 24 heures sur 24 au charbon, ne nous sort pas du problème. La vraie climato-compatibilité, c’est le trio : gaz propre, bâtiment intelligent et électricité propre.

En attendant, l’Afrique reste au HFC. Pour le continent, il y a encore du chemin. Le R290 n’intéresse pas les géants du marché de la climatisation, qui ont déjà breveté un nouveau gaz, l’hydrofluorooléfine (HFO). Ensuite, l’Afrique, pour l’instant, produit l’essentiel de son électricité en brûlant du fioul. Dans les perspectives immédiates, l’Europe ayant banni les HFC et l’Inde adoptant le R290 dans ses climatiseurs, il reste l’Afrique, dépotoir qui continue d’importer 80% des clim d’occasion – les « au revoir l’Europe ».

La température s’est démocratisée. Que les solutions le soient aussi. Nous sommes les passagers de la même planète. Peu importe la classe dans laquelle nous voyageons. Un « Titanic climatique » n’épargnera pas les passagers de la première.

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