Contre La sansure

La Guinée, L’ABSURDISTAN ouest-africain

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La Guinée vit de paradoxes. L’avenir de notre pays semble relever d’un mélange de vents contraires sans ligne directrice. De toute évidence, le sens du vent constitue de nos jours le seul horizon qui s’offre à mes compatriotes. Le hasard s’est d’ores et déjà mu en principale stratégie pour son équipe dirigeante. Une navigation à vue permanente apparait comme l’unique destin réservé à plus de 13 millions d’âmes.
La conduite actuelle des destinées de notre patrie apparaît à ce point émaillée d’absurdités,
qu’on se croirait dans un État dénommé l’ABSURDISTAN. Bienvenue donc chez moi, L’ABSURDISTAN ouest-africain.
Et si la providence nous avait jeté un sort ? Telle est la question qui s’impose indubitablement
à nous en entreprenant toute réflexion sérieuse sur la situation politique de notre pays.
Pour preuve :
I. En ABSURDISTAN, la médiocrité est récompensée.
La Guinée apparaît étrangement comme l’un des rares pays au monde où le premier parvenu
peut réaliser l’impossible sans le moindre effort en recourant simplement à des manœuvres
dilatoires. Les imposteurs trustent des postes de responsabilité les plus éminents. Et oui, ici,
n’importe lequel de nos concitoyens peut se prévaloir d’assumer des fonctions théoriquement
inaccessibles aux médiocres et se retrouver du jour au lendemain à la magistrature suprême. Et cela, sans même avoir besoin de demander l’avis des Guinéens s’ils acceptent qu’un inconnu, aux compétences aussi méconnues que douteuses, préside à leurs destinées.

Le Légionnaire Mamadi Doumbouya

 

Dans ce pays, les compétences importent peu, elles constituent même souvent un boulet pour les personnes qui en sont dotées. Si ailleurs, la guerre est déclarée à la médiocrité, ici, on l’embrasse avec entrain et passion. Si ailleurs, l’heure est à la culture de l’excellence, ici, l’on végète encore dans la fumisterie.
Sinon, comment est-ce possible qu’un capitaine virulent, émotif et incohérent puisse se faire
acclamer à la tête de l’État guinéen ? Comment est-ce possible d’envisager durablement ce
même capitaine instable et philosophe égaré à la Présidence de notre pays ? Pour mémoire, les « Dadis-show » ont pu représenter des moments d’humiliation pour les Guinéens vivant à
l’étranger vis-à-vis des ressortissants d’autres pays africains qui s’en délectaient ainsi : « En
Guinée, tout le monde peut devenir président » (une flopée de rires s’en suivait aussitôt).

On pourrait même dire, en Guinée, la médiocrité paie et continue de payer.
Plusieurs années plus tard, bis repetita. Sinon, comment fait-on de nouveau pour faire passer, en l’intervalle de quelques maigres années, un caporal de la Légion étrangère française au grade de lieutenant-colonel en Guinée ?
Comment ce même caporal licencié pour indiscipline et comportement indigne en France peut-il se retrouver à la tête d’une unité d’élite de l’armée guinéenne ? Et comment ce caporal passé par magie colonel peut-il se faire applaudir à la tête du pays par nos concitoyens moyennant quelques promesses pompeuses ? La seule réponse qui vaille, c’est :
Bienvenue en ABSURDISTAN, le pays où l’absurde constitue la normalité.
Bienvenue au RIDICULISTAN, le pays où ce qui paraitrait ridicule ailleurs, trouve de fervents
défenseurs ici, parfois même sous un vocable dédié : « esprit CNRD », « Dadis ou la mort ».
Bienvenue en Guinée donc, l’ABSURDISTAN ouest-africain.
II. En ABSURDISTAN, une transition équivaut à une gouvernance par l’absurde.
Cette transition que traverse notre cher pays présente la grande particularité d’être un tremplin pour les médiocres de tous genres. Les médiocres nous gouvernent et multiplient des absurdités sous notre regard passif. Notre regard complice devrais-je dire ?
Bienvenue en ABSURDISTAN, merveille des rivières du sud. Ici, il est possible de faire partie du bras armé d’un ancien régime violent et barbare, être une figure de proue de l’équipe en charge des répressions sanglantes de ce régime et oser promettre, lors d’un discours le 5 septembre, de mettre fin à la souffrance de ceux qu’on a autrefois tourmentés et violentés. Ici, il est tout aussi possible de promettre de faire de la justice la boussole et de mettre fin à l’instrumentalisation de la justice et continuer tout de même de harceler judiciairement les principaux responsables politiques du pays par l’institution notamment d’une juridiction spécialisée dans l’instrumentalisation de la justice. Bonjour la CRIEF.

En ABSURDISTAN, il est possible de trouver une Constitution – celle de 2010 – qui fait l’objet
d’un large consensus, pour la défense de laquelle des centaines de Guinéens sont allés à la mort, mais par une désinvolture sans précédent, venir raconter au peuple que l’on souhaite embarquer le pays dans l’écriture d’une nouvelle Constitution qui « résisterait semble-t-il au temps et à la tentation des hommes ». Dans cette perspective, embarquer les Guinéens dans une forme de « téléréalité constitutionnelle » où un évènement chasse l’autre, un orateur succède à l’autre, mais toujours dans un brouhaha indicible et une intelligibilité qui frise le néant. Kabako ! Mais bienvenue tout de même en ABSURDISTAN, château d’eau d’Afrique occidentale.
Qu’a-t-on fait au bon Dieu ? Pourquoi le sort s’acharne-t-il sur notre peuple au point de nous
doter de dirigeants à ce point ridicules ?

Les membres de la CRIEF

Tiens ! En ABSURDISTAN, il est possible de prendre le pays tout entier en otage en réclamant une rançon de 600 millions de dollars pour enclencher le retour à l’ordre constitutionnel. Et oser s’exprimer publiquement tel un gangster, pour paraphraser le porte-parole du Gouvernement, « pas d’argent, pas d’élection ». Ici, il est possible d’ignorer l’appel de la CEDEAO invitant les autorités de la transition à organiser un dialogue véritablement inclusif tout en garantissant la sécurité des participants à ce dialogue, refuser de recevoir les émissaires de cette organisation sous régionale pour faire un point sur l’avancement du chronogramme de 2 ans convenu de commun accord, mais oser tout de même lui rejeter la faute en affirmant que « la CEDEAO doit respecter ses engagements » en incitant les partenaires techniques et financiers à payer la rançon pour libérer l’otage « Guinée ».
De ce côté-ci du globe, il est possible de mener une transition, par nature politique, tout en
cherchant à isoler les principaux partis politiques de la conduite de la transition voire même se fixer pour objectif d’anéantir les responsables politiques les plus représentatifs du pays. Il est possible en ABSURDISTAN de dénommer « dialogue inclusif » un simple atelier de validation des décisions du CNRD. Il est surtout possible de recourir au terme inclusif là où une simple minorité se retrouve pour s’accorder que ses membres étaient déjà d’accord avant même de se réunir.
Et comme un signe du destin, ici, on n’est pas à une incohérence près. Plus c’est gros, plus on
avale des couleuvres.
Tout cela paraitrait drôle s’il ne s’agissait pas en réalité de la gestion des destinées de 13
millions d’âmes.
En ABSURDISTAN, le ridicule est la norme.
Quand est-ce qu’on comprendra dans ce pays que « la médiocrité est notre ennemi » ?
Quand notre pays va-t-il cesser d’osciller entre l’ABSURDISTAN et le RIDICULISTAN ?

LeJour LaNuit

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