Le Forum urbain mondial adopte l’Appel de Bakou à l’action face à la crise mondiale du logement
Le plus grand Forum urbain mondial jamais organisé – avec plus de 57.000 participants – s’est achevé vendredi à Bakou par un appel urgent à repenser la manière dont le monde loge ses populations. Une nouvelle feuille de route exhorte gouvernements, villes et communautés à agir ensemble face à une crise qui touche des milliards de personnes.
Élaboré à partir des contributions de représentants de 176 pays, l’Appel de Bakou à l’action définit plusieurs priorités communes :
- Penser le logement comme un système global, reliant habitat, foncier, infrastructures, transports, services et opportunités économiques, plutôt que de limiter l’approche à la seule construction.
- Répondre aux pressions qui se cumulent – hausse des coûts, spéculation foncière, déplacements forcés, faiblesse de la gouvernance et chocs climatiques – grâce à des solutions intégrées et centrées sur les populations.
- Reconnaître que justice climatique et droit au logement vont de pair, les communautés les plus vulnérables étant aussi les plus exposées aux inondations, aux chaleurs extrêmes et aux risques environnementaux.
- Accélérer le développement de logements résilients face au climat, notamment grâce à des solutions fondées sur la nature, à la rénovation des bâtiments, à l’amélioration des quartiers informels et au renforcement de la préparation aux catastrophes.
- Passer des engagements aux actes, grâce à une gouvernance renforcée à plusieurs niveaux, à des financements accrus, à de meilleures données et à un soutien plus important aux initiatives locales portées par les communautés.
« Aucun chemin possible » sans les villes et le logement
« Il n’existe aucun chemin vers la réalisation du Programme 2030 sans urbanisation durable et sans logement adéquat. »
C’est en ces termes que la Vice-Secrétaire générale de l’ONU, Amina Mohammed, s’est adressée à la cérémonie de clôture du 13e Forum urbain mondial (WUF13), mettant fin à une semaine de discussions entamée le 17 mai.
Il faut désormais construire des villes inclusives, résilientes et capables d’offrir à tous un logement sûr et des perspectives, « sans laisser personne de côté », a-t-elle souligné.

Participation record et portée mondiale
Organisé par ONU-Habitat avec le gouvernement azerbaïdjanais, ce Forum urbain mondial a réuni plus de 57.000 participants issus de 176 pays, dont plus de 3.000 en ligne.
Bakou a accueilli 11 chefs d’État, 88 ministres et 130 maires. Au total, 579 événements ont été organisés au cours de la semaine, tandis que l’exposition urbaine du Forum – la plus vaste jamais organisée – a enregistré plus de 74.000 visites. Quelque 865 journalistes ont couvert l’événement.
« Le foyer est le point de départ de la dignité »
Pour Amina Mohammed, la crise du logement se trouve au croisement de presque tous les grands défis mondiaux : pauvreté, inégalités, changement climatique, conflits et instabilité.
« Un logement adéquat signifie aussi l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. À l’énergie pour cuisiner, chauffer ou éclairer une pièce. Il s’agit aussi d’accessibilité financière, de sécurité et de stabilité résidentielle », a-t-elle déclaré.
Les villes, a-t-elle ajouté, constituent « l’architecture des priorités », révélant ce que l’humanité choisit de construire, la manière dont elle le fait et pour qui.
« Le foyer est le point de départ de la dignité », a-t-elle insisté.

Un test pour la coopération internationale
La Vice-Secrétaire générale a également averti que le Forum se tenait dans un contexte difficile pour la coopération internationale.
« Les valeurs et les principes de la Charte des Nations Unies sont remis en cause. Les tensions s’accentuent et la confiance s’érode. Les divisions gagnent du terrain », a-t-elle déclaré.
Mais selon elle, la coopération reste le seul moyen de relever des défis d’une telle ampleur, notamment grâce au rôle des autorités locales.
« Ce sont les gouvernements locaux qui répondent lorsque la tempête frappe. Ce sont eux qui assurent l’eau, les transports, le logement et des emplois décents », a-t-elle rappelé.
Un moment décisif pour le logement
La Directrice exécutive d’ONU-Habitat, Anacláudia Rossbach, a estimé que le Forum avait envoyé « un message puissant et uni » sur l’urgence d’agir.
« Nous sommes à un moment décisif pour l’avenir du logement. Nous ne pouvons plus nous permettre le luxe de l’inaction », a-t-elle déclaré.
Selon elle, les systèmes de logement subissent les effets des inégalités, de la spéculation immobilière, de la faiblesse de la gouvernance, de l’urbanisation rapide, des déplacements forcés et de la crise climatique.
« Les marchés du logement ne répondent clairement plus aux besoins des populations. Des milliards de personnes vivent dans des conditions inadéquates, dangereuses et inabordables », a-t-elle averti.
Le Forum a également rappelé, a-t-elle ajouté, que le logement ne pouvait être considéré comme une simple marchandise.
« Le logement n’est pas seulement un bien marchand. Le logement est un droit humain. »
Des engagements à la mise en œuvre
Tout au long du Forum, un large consensus s’est dégagé sur la nécessité de transformer les engagements politiques en solutions concrètes.
Dans un entretien accordé à ONU Info, Francine Pickup, cheffe de la délégation du Programme des Nations Unies pour le développement au WUF13, a souligné que l’accès au financement restait un défi majeur, notamment pour les villes secondaires et de plus petite taille.
« Le financement est véritablement un élément essentiel », a-t-elle déclaré, évoquant un projet mené au Pendjab, au Pakistan, combinant subventions publiques, financements concessionnels et investissements privés afin d’élargir l’accès au logement pour les familles à revenus faibles et intermédiaires.
La gouvernance est tout aussi essentielle, a-t-elle ajouté.
« Les gouvernements doivent disposer des capacités nécessaires pour planifier, puis mettre en œuvre leurs projets. »
Elle a également indiqué que le Programme des Nations Unies pour le développement et l’Union européenne avaient travaillé avec quelque 400 municipalités dans les pays du Partenariat oriental afin d’aider les autorités locales à concevoir des solutions centrées sur les citoyens et à attirer des investissements.
De son côté, Stefan Priesner a mis en avant l’ampleur de la transformation urbaine en Inde.
« La transformation urbaine de l’Inde est l’un des processus de développement les plus vastes et les plus déterminants de notre époque », a-t-il déclaré, évoquant l’appui des Nations Unies dans des domaines allant du logement abordable et de la construction résiliente face au climat aux transports et à la planification urbaine fondée sur les données.

Bakou passe le relais
Pour les autorités azerbaïdjanaises, l’accueil du Forum marque une étape importante.
Le président du Comité d’État pour l’urbanisme et l’architecture de l’Azerbaïdjan, Anar Guliyev, a estimé que le WUF13 resterait dans les mémoires non seulement pour son ampleur, mais aussi pour son impact.
« Le WUF13 restera dans l’histoire non seulement comme le plus grand Forum, mais aussi comme la plateforme qui a replacé le logement au centre de l’agenda politique mondial », a-t-il déclaré.
La prochaine édition, le WUF14, se tiendra au Mexique en 2028.
Le temps presse
Alors que les participants quittaient Bakou, le sentiment d’urgence restait palpable.
À l’approche de l’échéance de 2030 pour atteindre les Objectifs de développement durable, Amina Mohammed a averti que le rythme du changement devait s’accélérer.
« La prochaine décennie du Nouvel Agenda urbain ne peut pas ressembler à la précédente », a-t-elle déclaré.
« Nous avons besoin de davantage d’ambition. De davantage de financements. De davantage d’action climatique et de résilience. Et d’une urgence politique accrue. »
Par Nargiz Shekinskaya, à Bakou

