Contre La sansure

Le Niger préfère miser sur la Russie que sur les Etats-Unis

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Il y a 8 heures

Les militaires au pouvoir à Niamey dénoncent la coopération militaire avec les Etats-Unis. Washington craint un rapprochement du Niger avec la Russie.

Après les militaires français fin 2023, puis les missions européennes, les militaires au pouvoir au Niger veulent désormais que les soldats américains quittent le pays. Ils viennent de dénoncer les accords de coopération militaire avec les Etats-Unis.

La junte reproche à Washington sa « condescendance » et de vouloir influer sur les autres partenariats extérieurs du Niger. Un millier de militaires américains devraient donc quitter le pays et la base américaine de drones, située à Agadez, sans doute passer aux mains de l’armée nigérienne.

Une délégation qui n’a pas porté ses fruits

La semaine dernière, de hauts responsables américains étaient en visite à Niamey. Une délégation conduite par Molly Phee, la secrétaire d’Etat adjointe aux Affaires africaines, et le général Langley, le chef du commandement américain pour l’Afrique.

Celle-ci n’a pas été reçue par Abdourahamane Tiani – le chef de la transition militaire – durant son séjour car les autorités nigériennes n’auraient pas apprécié la façon dont la date de la visite et la composition de la délégation leur ont été annoncées « de façon unilatérale » et en-dehors du protocole diplomatique habituel. En revanche, la délégation a pu s’entretenir notamment avec le Premier ministre, Ali Mahaman Lamime Zeine.

Au lendemain de leur visite, les militaires au pouvoir au Niger dénonçaient « avec effet immédiat » l’accord de 2012 concernant le « statut du personnel militaire des Etats-Unis et des employés civils du département américain de la Défense sur le territoire nigérien ».

L’annonce a été lue à la télévision nationale par Amadou Abdramane, le porte-parole du gouvernement. « Sur le choix des partenaires diplomatiques, stratégiques et militaires, le gouvernement du Niger regrette la volonté de la délégation américaine de dénier au peuple nigérien souverain le droit de choisir ses partenaires et le type de partenariats à même de l’aider à lutter véritablement contre le terrorisme, alors même que les Etats-Unis d’Amérique ont décidé unilatéralement de suspendre toute coopération entre nos deux pays », a-t-il dit.

Abdramane Amadou, porte-parole du CNSP au Niger, photographié en gros plan et en tenue militaire
Abdramane Amadou, porte-parole du CNSP au Niger, a annoncé la fin de la coopération militaire avec les Etats-Unis Image : AFP via Getty Images

Une autre stratégie que la France

Les Etats-Unis ont en effet supprimé près d’un demi-milliard de dollars d’aide économique au Niger à la suite du coup d’Etat du 26 juillet dernier et la qualification de « coup d’Etat » par Washington n’avait pas plu à la junte de Niamey.

Pourtant, les Etats-Unis ont opté pour une stratégie plus ouverte au dialogue que la France.

Nina Wilen, directrice du programme Afrique à l’Institut royal Egmont à Bruxelles et professeure en sciences politiques, explique que « les Etats-Unis ont essayé de négocier avec la junte dès sa prise de pouvoir, plutôt que de soutenir une intervention militaire de la part de la Cédéao, pour montrer qu’ils étaient intéressés à continuer à collaborer avec le Niger. La raison, c’est qu’ils ont une des plus grandes bases de drones dans le nord du Niger, à Agadez, qu’ils voudraient continuer à utiliser pour des vols de renseignement et continuer leur lutte contre le djihadisme. Pas seulement au Niger, mais dans la région dans son entier. »

Plusieurs estimations du coût de construction de la base 201 de drones d’Agadez ont été avancées, mais la plus basse est de 110 millions de dollars.

Celle-ci revêt une importance particulière pour les survols de l’armée américaine, avec ou sans pilote, du fait de sa situation à équidistance de plusieurs pays sahéliens.

Au sol, les opérations conjointes avec l’armée nigérienne ont été réduites depuis que des soldats américains ont été tués lors d’une opération antiterroriste sur le terrain, en 2017. Mais environ 1.100 soldats américains sont présents sur la base aérienne d’Agadez.

Des soldats nigériens en rang (photo du 22 décembre 2023)
L’armée nigérienne a repris la base laissée par l’armée française en décembre 2023 Image : Balima Boureima/Anadolu/picture alliance

Ce mardi, 19 mars, encore, depuis un déplacement aux Philippines, Antony Blinken, le chef de la diplomatie américaine, a souligné que le contact n’était pas rompu avec Niamey.« Nous avons clairement indiqué au Niger, y compris très récemment, que nous avions un certain nombre de préoccupations très réelles dans plusieurs domaines et que nous étions troublés par la voie sur laquelle le Niger s’était engagé, a déclaré le Secrétaire d’Etat américain. « Nous restons en contact avec le CNSP (Conseil national pour la sauvegarde de la patrie, le nom de la junte au pouvoir, ndlr) et nous discutons avec lui de la voie à suivre. »

Pression contre la Russie

Ce qui a déplu à Niamey, c’est vraisemblablement que les Etats-Unis ont tenté d’inciter les dirigeants nigériens à renouer avec les Occidentaux, plutôt que de miser sur un partenariat avec l’Iran ou, surtout, la Russie – comme l’ont fait le Mali ou le Burkina Faso ces derniers mois.

Lire la suite … https://www.dw.com/fr/niger-usa-cooperation-militaire-russie-agadez/a-68617669

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