Contre La sansure

LIBÉRATION D’ALIOU BAH : ENTRE SOULAGEMENT ET REFUS DE LA MASCARADE POLITIQUE

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Aliou Bah retrouve enfin la liberté. Al-hamdulillah ! Après de longs mois d’une détention profondément injuste, son retour auprès des siens, de sa famille et de ses camarades du MoDeL est un immense soulagement. Qu’Allah soit loué pour avoir mis fin à cette douloureuse épreuve. Mais ne nous y trompons pas : si la joie de le savoir libre est réelle, l’indignation face au cynisme du pouvoir guinéen reste intacte. Aliou Bah mérite infiniment mieux qu’une grâce présidentielle ; il mérite la justice.

Rappelons les faits. Le 26 décembre 2024, le président du Mouvement démocratique libéral (MoDeL), l’une des dernières voix majeures de l’opposition restées sur le territoire national, est arrêté à la frontière sierra-léonaise. Son seul tort ? Avoir exercé sa liberté d’expression en qualifiant le CNRD d’《incompétent》et en appelant les chefs religieux à rompre le silence face aux disparitions forcées d’opposants. Le 7 janvier 2025, il est condamné arbitrairement à deux ans de prison ferme pour《offense et diffamation》envers le général Mamadi Doumbouya bien que sa défense ait constamment rappelé qu’il n’avait jamais prononcé le nom du chef de l’État, et qu’Amnesty International ait immédiatement dénoncé une grave atteinte aux libertés fondamentales. Il aura ainsi été privé de sa liberté pendant près de deux ans, à l’écart de la scène politique, pendant que se préparait la présidentielle de décembre 2025 dont son parti a été délibérément écarté.

Aujourd’hui, à un mois seulement de l’expiration totale de sa peine, le pouvoir nous vend la 《lémence》d’une grâce présidentielle. C’est une insulte à l’intelligence des citoyens et au droit. On ne peut pas gracier quelqu’un qui n’aurait jamais dû être condamné ! Mamadi Doumbouya ne peut être à la fois l’auteur de l’injustice et celui qui vient ensuite s’attribuer le mérite d’y mettre fin. La grâce ne fait disparaître ni l’injustice initiale, ni les préjudices subis, ni les mois de vie volés. Plus grave encore : en dispensant de la peine sans effacer la condamnation, cette mesure conserve le casier judiciaire de l’opposant, visant sournoisement à l’invalider pour de futures candidatures et à lui retirer ses droits civiques. C’est la méthode trouvée par le régime pour neutraliser un homme politique sans jamais reconnaître ses propres méfaits.

Pourtant, le 25 juin précédent, la Cour de justice de la CEDEAO, saisie du dossier, avait déjà ordonné la mise en liberté immédiate et sans condition d’Aliou Bah, avant de relancer l’État guinéen le 25 septembre pour exiger l’exécution de son arrêt. Si le pouvoir était réellement animé par des considérations humanitaires ou légales,il aurait tout simplement appliqué cette décision internationale contraignante. Aliou Bah ne doit rien à une quelconque mansuétude du chef de l’État : cette libération est le fruit de sa propre résilience, de son courage inébranlable et du droit international.

À travers cet épisode, la gouvernance de la transition dévoile son vrai visage : celui d’un pouvoir personnel absolu où la justice, l’économie et les institutions sont réduites à de simples instruments de domination. En prétendant régenter unilatéralement le destin de chaque citoyen, le régime cherche à transformer les Guinéens de citoyens libres en simples sujets soumis.

Ce que mérite Aliou Bah, c’est une relaxe pure et simple qui le rétablisse pleinement et inconditionnellement dans l’ensemble de ses droits. Il est innocent et n’a pas à servir de caution à des manœuvres politiques.

Puisse Allah accorder à Aliou Bah la santé, la patience et la force, protéger sa famille, raffermir ses pas et faire éclater définitivement la vérité. Refusons ensemble que l’arbitraire devienne notre quotidien et que le fait du Prince continue de planer comme une épée de Damoclès sur le destin de la Guinée. Aamiine.

Abdoul Karim Diallo


《On ne libère pas un innocent par clémence, on le rétablit dans ses droits par justice : la liberté n’est pas un don du pouvoir, c’est un droit inaliénable du citoyen.》

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