Contre La sansure

Mali: procès en appel du journaliste Youssouf Sissoko

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Par : David Baché

Au Mali, la cour d’appel de Bamako doit examiner ce lundi 5 octobre 2026 le cas du journaliste Youssouf Sissoko. Le directeur de L’Alternance a été condamné en mars à deux ans de prison ferme et un million de FCFA d’amende, pour avoir publié un article mettant en doute des déclarations du président nigérien Abdourahamane Tiani. Les militaires putschistes qui se maintiennent au pouvoir sans élections au Mali, au Niger et au Burkina sont alliés au sein de l’AES. La justice malienne avait jugé le journaliste coupable d’« atteinte au crédit de l’État », « offense à un chef d’État étranger » et de « diffusion de fausses informations ».

Le Général Abdourahamane Tiani avait accusé les présidents français, béninois et ivoirien d’être derrière l’attaque de l’aéroport de Niamey, fin janvier. Attaque revendiquée par l’État islamique au Sahel. Youssouf Sissoko avait alors reproduit dans son journal un article de l’analyste politique Sambou Sissoko qui affirmait : « soit ses services de renseignement sont d’une incompétence abyssale, soit il ment délibérément. »

La liste s’allonge

Depuis, l’aéroport de Niamey a subi une nouvelle attaque jihadiste, en juin, cette fois menée par le Jnim, lié à al-Qaïda. Une mutinerie de soldats a également éclaté fin août dans la capitale nigérienne. Ce qui a donné lieu à de nouvelles accusations de complot international, Tiani ajoutant la Mauritanie, l’Europe et l’Ukraine, et un capitaine nigérien le Tchad et la Cédéao à la liste.

Depuis, également, au Mali, le journaliste Chahana Takiou a cité publiquement la condamnation de Youssouf Sissoko comme exemple du contournement du droit de la presse par le pôle judiciaire anticybercriminalité. Chahana Takiou a été emprisonné et condamné à son tour. Tout comme Abdrahamane Keita, autre confrère ayant quant à lui déploré la situation à Kidal, où l’armée et l’administration maliennes ont été chassées par les jihadistes du Jnim et les indépendantistes du FLA.

Avant son procès en appel, « Youssouf Sissoko est confiant et serein », assure pourtant un proche. Le journaliste, qui a déjà passé huit mois en prison, a encore près d’un an et demi à purger.

« Tendance à la répression » des autorités de l’AES

Lors du procès en première instance, les avocats de Youssouf Sissoko avaient plaidé l’absence d’infraction, estimant que le journaliste avait fait son travail en nourrissant le débat sur un sujet d’actualité, que le texte incriminé relevait de l’« intérêt général » et qu’il n’aurait, sous d’autres cieux, posé aucun problème.

L’Association malienne des éditeurs de presse privée (Assep) avait estimé que la condamnation de Youssouf Sissoko constituait « une menace pour l’équilibre démocratique et l’État de droit. » Reporters sans frontières avait dénoncé « une violation grave de la liberté de la presse », illustrant une nouvelle fois « la tendance préoccupante à la répression des voix critiques des autorités de l’Alliance des États du Sahel. »

Source: https://www.rfi.fr/fr/afrique/20261005

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