Contre La sansure

«Le Sénégal peut jouer l’intermédiaire entre les pays de l’AES et la Cédéao» (Mamadou Lamine Sarr)

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Après la Mauritanie et la Gambie, la Guinée-Bissau reçoit ce mardi le nouveau président sénégalais. Du temps de Macky Sall, les liens entre Dakar et Bissau étaient forts. Avec Bassirou Diomaye Faye, va-t-on vers le changement ou la continuité ? Et le chef de l’État sénégalais envisage-t-il de rencontrer aussi les officiers putschistes qui dirigent les trois pays voisins du Sahel : le Burkina, le Mali et le Niger ?

Mamadou Lamine Sarr enseigne les sciences politiques à l’université Cheikh Hamidou Kane de Dakar. En ligne de la capitale sénégalaise, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Du temps de Macky Sall, les relations entre Dakar et Bissau étaient fortes, témoins les quelque 120 soldats sénégalais qui sont déployés à Bissau dans le cadre de la force de stabilisation de la Cédéao. Est-ce que tout cela pourrait changer avec le président Diomaye Faye ? 

Mamadou Lamine Sarr : Je pense que ce sera plutôt l’inverse, ce sera une consolidation, à mon avis, de cette dynamique-là, parce qu’il y a quand même des intérêts économiques et, surtout, de sécurité au niveau de la frontière. La Guinée-Bissau est confrontée à de grands problèmes au niveau du narcotrafic. Le Sénégal a des difficultés encore au niveau de sa frontière, des difficultés héritées notamment du conflit avec le MFDC [Mouvement des forces démocratiques de Casamance, NDLR], donc le conflit casamançais. Il y a des intérêts communs mutuels pour que ces deux pays-là, à mon avis, consolident leurs relations.

Avec le contingent sénégalais, le président Macky Sall a pu consolider son alliance avec le président Sissoco contre les rebelles casamançais du MFDC. Et vous pensez qu’avec le président Diomaye Faye, c’est la même politique qui va être poursuivie ? 

Tout à fait, je pense qu’il y aura une forme de continuité sur le conflit casamançais.

Avant la Guinée-Bissau, le président Diomaye Faye s’est rendu en Mauritanie. Dans le domaine énergétique, Bassirou Diomaye Faye veut renégocier le contrat du Sénégal avec British Petroleum en vue de l’exploitation à venir du gaz et du pétrole offshore. Mais c’est un gisement que le Sénégal partage avec la Mauritanie. Ne faut-il pas que les présidents sénégalais et mauritanien se mettent d’accord avant toute renégociation ?

Oui, je pense que c’est une condition. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles le président Diomaye Faye, entre autres, s’est rendu en Mauritanie. Il est important de discuter de cela. Mais au-delà même de la possibilité, et peut-être de la nécessité, de s’accorder avec la Mauritanie… Avec ses spécialistes, le président Diomaye Faye a très certainement réévalué l’accord qui a été signé et s’est rendu compte, peut-être, à son avis, que les intérêts du Sénégal n’étaient pas assez défendus.

Le président Diomaye Faye a réservé sa première visite officielle à la Mauritanie.

Maintenant, est-ce que ce contrat-là, il y a une partie qui a été signée avec la Mauritanie ? Très certainement. Est-ce qu’il y a une partie qui oblige seulement le Sénégal ? Très certainement également. Et donc, c’est sur ces deux leviers que le Sénégal peut jouer à travers sa nouvelle diplomatie et, ce qui est certain, c’est que les Sénégalais, l’opinion publique sénégalaise en général, accordent une grande importance à l’exploitation du gaz et du pétrole, que ce soit par le Sénégal lui-même et avec ses voisins.

Mais, pour l’instant, la compagnie pétrolière British Petroleum n’a pas l’air très favorable à une renégociation de ce contrat. Quelles sont les chances de réussite du nouveau gouvernement sénégalais ? 

Oui, cette entreprise-là, cette grande compagnie pétrolière, a certainement des raisons pour ne pas renégocier le contrat. Mais si un État dit cela, c’est qu’il a également des raisons pour le faire et ce n’est pas une première dans l’histoire du monde. Beaucoup d’États, je pense notamment à des pays en Amérique latine, ont renégocié des contrats avec de grandes entreprises et on a su trouver un équilibre. D’autres ont été un peu plus loin, en allant jusqu’à nationaliser carrément la production ou l’exploitation de certaines ressources. Donc tout ça, ce sont des possibilités qui ont eu lieu. Mais ce qui est certain, c’est que le Sénégal, en tant qu’État souverain, est lié effectivement par des contrats qu’il a signés. Mais il a également, comme tout État, la possibilité de revoir ces accords en coopération avec les autres signataires et il y aura plusieurs leviers sur lesquels le président du Sénégal pourra jouer.

À l’investiture du président Diomaye Faye, il y avait des représentants de plusieurs régimes putschistes d’Afrique de l’Ouest. Et sur le réseau X, le numéro un burkinabé, le capitaine Traoré, s’est dit prêt à œuvrer avec le Sénégal à la rénovation de la coopération sous-régionale. Est-ce que le nouveau président sénégalais pourrait convaincre les trois pays de l’Alliance des États du Sahel [AES] à ne pas rompre définitivement avec la Cédéao ? 

Je pense qu’à l’heure actuelle où on parle, s’il y a quelqu’un qui peut essayer de jouer l’intermédiaire ou essayer de rapprocher nos frères du Burkina, du Mali et du Niger, c’est bien le président Diomaye Faye, parce qu’avec les autres puissances que sont la Côte d’Ivoire et le Nigeria, il semble que les discussions, que les postures soient très extrêmes, soient difficiles. Donc le Sénégal, avec l’alternance politique, a cette chance de pouvoir jouer un rôle là-dessus. D’autant plus qu’il y a des sujets sur lesquels, quand même, ce président est en accord avec ces juntes au pouvoir. Je pense notamment à la question du franc CFA, sur laquelle les positions sont très claires et, à mon avis, cette question peut être un levier justement pour faire retourner les pays qui avaient officiellement quitté la Cédéao, ces trois pays donc de l’AES. Je pense que le Sénégal a un rôle à jouer là-dessus.

Donc on peut s’attendre à une rencontre, peut-être, entre le président Diomaye Faye et certains de ses voisins sahéliens ? 

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