MINISTÈRE DES MIRACLES ET DES PRIÈRES À GÉOMÉTRIE VARIABLE. Quand Dieu reçoit enfin une circulaire de la République
Il aura donc fallu attendre juillet 2026 pour que le Secrétariat général des Affaires religieuses découvre que Dieu peut être saisi par voie administrative. Une circulaire, un cachet et une signature. Et voilà le Tout-Puissant officiellement invité à intervenir dans les affaires de la République.
Le gouvernement demande aux mosquées et aux églises de prier pour que le Président de la République « recouvre sa santé ». Je relis cette formule. Je la relis encore. Puis une troisième fois. Non, ce n’est ni un faux grossier ni une publication Facebook. C’est une circulaire officielle.
Pour une fois, l’État ne demande pas aux Guinéens de ne pas croire ce qu’ils voient. Il leur demande de prier. Mieux encore, il leur indique le menu : une boîte de lait Gloria, dix miches de pain, un kilogramme de riz, le Fankadama… Même le Ciel reçoit désormais son ordre de mission.
Pendant ce temps, une autre question me hante. Où était donc cette même administration lorsque Foniké Menguè, Billo Bah et Habib Marouane Camara disparaissaient ? Où était-elle lorsque le père de Babila Keïta, lui-même imam, disparaissait sans laisser de trace ? A-t-on vu une seule circulaire nationale ? Une seule journée de prières ? Un seul sacrifice demandé aux fidèles pour implorer Dieu de protéger ces citoyens, d’éclairer les enquêteurs ou de permettre leur retour auprès de leurs familles ?
Rien. Sauf le silence administratif, religieux et républicain. Mais lorsqu’il s’agit du Chef de l’État, toute la machine se met soudainement en mouvement. Les gouverneurs sont saisis, les préfets mobilisés, les sous-préfets alertés, les maires sollicités. Les imams et les pasteurs reçoivent leurs instructions et Dieu est prié de bien vouloir inscrire ce dossier en urgence.
Quelle admirable hiérarchie des priorités ! On cherchait des citoyens disparus. Le gouvernement, lui, cherche désormais… la santé du Président.
Et c’est là qu’entre en scène notre invité surprise : le Dr Karamo Kaba. Le voilà qui sermonne les Guinéens. Il explique qu’on ne diagnostique pas une maladie à partir d’une photo. Personne ne lui donnera tort. Mais une question demeure. Qui a parlé de diagnostic ?
Les Guinéens ont simplement constaté qu’au fil des apparitions publiques, le robuste officier qui s’était imposé le 5 septembre 2021 n’avait plus tout à fait la même silhouette. Observer une évolution physique n’est pas établir un diagnostic médical.
Puis survient cette circulaire. Et soudain, ce ne sont plus les internautes qui évoquent la santé du Président. C’est l’État lui-même qui demande officiellement des prières pour son « recouvrement ».
Karamo Kaba voulait convaincre les Guinéens qu’il n’y avait rien à commenter. Le gouvernement publie un document qui donne à ce débat une dimension nationale. Il voulait fermer une porte. Le Secrétariat général des Affaires religieuses l’a ouverte à deux battants.
Finalement, la meilleure réponse aux longues démonstrations médico-philosophiques du Dr Karamo Kaba ne vient ni d’un opposant, ni d’un journaliste, ni d’un médecin. Elle vient d’un papier à en-tête de la République.
Merci, Monsieur le Secrétaire général. Grâce à vous, les Guinéens savent désormais qu’il existe des situations pour lesquelles l’État convoque toutes les mosquées et toutes les églises du pays. Ils savent aussi qu’il en existe d’autres, comme les disparitions de Foniké Menguè, Billo Bah, Habib Marouane Camara, Mabory, Néné Oussou Diallo, du père de Babila Keïta et de tant d’autres, qui ne méritent même pas une simple invitation à réciter une Fatiha.
Le communiqué ne nous apprend donc pas seulement qu’il faut prier. Il nous révèle surtout pour qui l’État estime qu’il faut prier… et pour qui il accepte de se taire. Voilà peut-être le véritable miracle de cette circulaire. En quelques paragraphes, elle a dit davantage sur l’échelle des valeurs du pouvoir que tous les discours officiels de ces dernières années.
Alpha Issagha Diallo
Docteur en théologie administrative,
Spécialiste des autopsies politiques pratiquées sur des cadavres encore debout.
