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Mon Colonel, « arrêtez de tuer ou de laisser tuer. Ça n’en vaut pas la peine… » (Lettre au Col Doumbouya)

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Mon cher Colonel,

Par devoir républicain, je vous interpelle en tant que frère d’armes autour de l’unique chose qui nous unit tous, la Guinée. Je viens de faire presque le tour de la Guinée. J’étais en voiture et/ou sur moto. J’ai beaucoup redécouvert notre Guinée. Celle dont vous avez pris les commandes le 05 septembre 2021 de la manière la plus martiale possible dans l’histoire de notre pays.

Vous avez osé parachever un combat que le peuple menait alors que vous étiez la digue qui empêchait l’écoulement du système. Nous connaissons tous l’histoire. Elle est encore fraîche. Toute fraîche même.
Malgré tout, vous étiez beau dans votre tenue et votre posture. Vous étiez admirable et même aimable justement à cause de la libération tant rêvée et que l’on pensait s’offrir à nous partout sur le territoire guinéen.

Je me souviens encore de vous ce jour avec le beau discours et la voix sereine qui vous caractérisait. Pas de panique à bord. La situation fut tranquillement maîtrisée après quelques manœuvres qui ont abouti à une maîtrise de toutes les positions. Je parle ainsi, car je me sens autant civil que militaire. On naît civil et on ne sait pas comment on finit sa vie. Donc l’armée peut-être une parenthèse. Demandez à Dadis ou Sékouba.

Passons maintenant.

Mon Colonel, la situation de la Guinée est loin d’être votre bilan à vous. C’est le bilan de vos aînés, TOUS CONFONDUS à des degrés différents. Cependant, vous y avez votre part si minime qu’elle soit. Et vous avez encore le premier rôle à jouer dans ce pays.

Mon constat est que :

1. La Guinée ne ressemble qu’à la Birmanie. Les militaires sont partout. Les armes plus visibles que les baguettes de pain. Les enfants côtoient les hommes armés de Kalachnikov matin-midi-soir. Tout le monde veut se montrer militaire, c’est-à-dire dépositaire de la force publique ; synonyme en Guinée de droit de vie et de mort sur tout le peuple désarmé. L’arme est banalisée. On n’en a pas besoin, mon colonel.
2. Les policiers sont engloutis dans les embouteillages qui ne finiront en Guinée que le jour où ceux qui en ont la responsabilité accepteront de faire du sérieux dans le travail et que les citoyens comprendront ce qu’est le civisme dans la circulation. Ce qui constitue un très long chemin.

3. Sur le terrain, des hommes en tenue tirent sur le populo comme dans un rêve. Dans ce pays, On n’est pas dans une République où il y a des lois et du droit. Pas seulement avec vous, ou votre cortège. Mais le pire, c’est que ça continue avec vous sans une réponse à cette situation insoutenable et impardonnable.

Une situation indigne du discours du 05 septembre 2021. Je ne parlerai d’ailleurs pas de votre charte que nous connaissons. Nos jeunes veulent vivre mon colonel dans le respect, le travail et l’équité. Je ne parle pas des jeunes qui vous trompent et trompent le peuple en refusant d’exécuter les missions, à eux, confiées. Les faux cadres que vous avez nommés à des responsabilités étatiques et qui refusent de faire correctement leur travail sont indignes de votre confiance et de celle du peuple. Chassez les !!!

4. Mon Colonel, les routes de mon pays qui ne sont pas votre faute, constituent une source d’enfer. C’est d’ailleurs une malédiction nationale. Partout. Je dis bien partout c’est des cratères. C’est incroyable. Elles ne sont de nos jours bonnes que pour détruire les véhicules, rendre malade la population au moindre déplacement, faire perdre tout notre précieux temps et aussi rendre les parents ou amis invisitables. Trop de maux de tête.

Ceci dit, chassez nous tous ces cadres véreux qui ne se bougent pas pour faire avancer ce pays dans le bon sens. Des sommes d’argent sortent tous les jours. Mais le peuple végète comme s’il n’avait droit qu’à la misère sous toutes ses formes.

Bref, tout est à FONDER et NON À REFONDER. Ce pays a un mal de société trop profond. Le comportement des gens dans la rue est à une insupportable allure. Surtout de la part des jeunes dont il faudrait également chercher à comprendre les causes.

Pour rapidement conclure, je voudrais vous dire qu’au vu de l’état dans lequel ce pays se trouve sous toutes ses formes, IL NE SERT À RIEN DE TUER OU LAISSER TUER UN SEUL GUINÉEN pour dit-on sauvegarder un quelconque pouvoir. Fût-il aussi celui du 05 Septembre 2021 qui avait commencé en beauté et qu’on ne souhaite pas du tout finir dans la CRUAUTÉ.

Que personne ne tombe pour cet amas de terre rouge et de saleté sans oublier ces cratères de route insupportables et/ou sans également négliger que les pauvres prestations humaines en matière de service sont encore du précambrien. TOUT EST À FONDER. Je le répète. Donc arrêtez de tuer ou de laisser tuer. Ça n’en vaut pas la peine. Une seule âme vaut mieux que toute la bauxite de Boké, l’or de Kounsitel et les diamants de Banankoro réunis. Aimons-nous vivants.
Vos soldats que nous devons savoir commander doivent le savoir.

Donc, faisons l’essentiel de notre transition et rentrons dans l’histoire par la grande porte qui nous était d’ailleurs largement ouverte.
À vos ordres, mon Colonel pourvu que la République ne soit pas souillée et bonne fête du 05 septembre.

 

Ahmed KABA

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