Monsieur Robert Bourgi, jusqu’où irez-vous pour blanchir l’indéfendable en Guinée ?
Depuis plusieurs mois, vous multipliez les déclarations publiques, interviews et prises de position visant à présenter le Général Mamadi Doumbouya comme un homme providentiel, un réformateur visionnaire et un garant de stabilité pour la Guinée.
À vous entendre, le régime Guinéen serait devenu un modèle de refondation politique et institutionnelle, porté par un président responsable et soucieux du destin national.
Mais de quelle Guinée parlez-vous exactement ?
Parlez-vous de la Guinée où des opposants disparaissent sans laisser de traces ? De celle où des journalistes sont enlevés ? De celle où des militants sont arrachés à leurs domiciles ? De celle où des détenus meurent dans l’opacité ? De celle où des enfants tombent sous les balles ? Ou encore de celle où la peur est progressivement instaurée en méthode de gouvernement ?
Monsieur Robert Bourgi,
Vous nous obligez à cesser désormais les euphémismes et les prudences diplomatiques. Ce qui se passe en Guinée, il faut le dire clairement, est une mécanique organisée de terreur politique.
Le 5 septembre 2021, Mamadi Doumbouya avait pourtant promis tout le contraire. Il jurait devant les Guinéens et devant le monde qu’il venait restaurer la démocratie, mettre fin à l’arbitraire, protéger les libertés et empêcher toute confiscation du pouvoir pour sauver la République.
Il dénonçait la personnalisation du pouvoir et promettait que plus jamais la Guinée ne serait confisquée par un homme ou par un clan. Près de 5 ans plus tard, cette promesse apparaît comme l’une des plus grandes impostures politiques de l’histoire contemporaine de la Guinée.
Monsieur Robert Bourgi,
Vous nous obligez à cesser désormais les euphémismes et les prudences diplomatiques. Ce qui se passe en Guinée, il faut le dire clairement, est une mécanique organisée de terreur politique.
Le 5 septembre 2021, Mamadi Doumbouya avait pourtant promis tout le contraire. Il jurait devant les Guinéens et devant le monde qu’il venait restaurer la démocratie, mettre fin à l’arbitraire, protéger les libertés et empêcher toute confiscation du pouvoir pour sauver la République.
Il dénonçait la personnalisation du pouvoir et promettait que plus jamais la Guinée ne serait confisquée par un homme ou par un clan. Près de 5 ans plus tard, cette promesse apparaît comme l’une des plus grandes impostures politiques de l’histoire contemporaine de la Guinée.
Celui qui dénonçait l’oppression, a fini par ériger la peur en mode de gouvernance. Celui qui parlait de démocratie, présente désormais cette même démocratie comme une menace. Celui qui prétendait rendre le pouvoir au peuple, a finalement organisé sa confiscation.
Et pourtant, malgré cette réalité devenue visible jusque dans les rapports d’organisations internationales et les témoignages des victimes, vous, Monsieur Bourgi, continuez à offrir à ce régime une forme de caution morale et politique.
Pourquoi ?
Par conviction ? Par intérêt ? Par proximité avec certains réseaux d’influence ? Ou simplement parce que certaines tragédies africaines deviennent acceptables lorsqu’elles protègent des intérêts géopolitiques, économiques ou personnels ?
Votre parole n’est pas neutre, Monsieur Bourgi. Elle participe à la banalisation d’un système répressif qui s’installe progressivement en Guinée.

Pourtant, pendant des décennies, vous aviez fait partie de ceux qui ont méprisé, instrumentalisé, dépouillé, humilié, ridiculisé et réduit l’Afrique à un simple espace d’influence et de prédation, vous tentez aujourd’hui de vous réinventer en défenseur d’une Afrique libre, souveraine, démocratique et pleinement maîtresse de son destin, dans le respect de ses valeurs culturelles, historiques et traditionnelles.
Mais derrière ce discours opportunément panafricaniste, vous continuez à apporter votre soutien à un pouvoir qui piétine précisément tout ce que vous prétendez désormais défendre : les libertés, la dignité humaine, le droit des peuples à choisir librement leur avenir et le respect de la vie humaine. Pendant que vous célébrez un président, des citoyens disparaissent, des opposants sont traqués, des journalistes sont enlevés et des familles entières vivent dans la peur et le silence imposé.
Monsieur Robert Bourgi,
Sachez qu’en Guinée, le pouvoir n’a pas simplement durci la répression. Il l’a institutionnalisé en méthode. Cette méthode a trois visages : enlever ; faire taire ; terroriser. Et lorsqu’un État commence à faire disparaître ses propres citoyens, nous ne sommes plus face à un simple abus de pouvoir, mais face à une pathologie du pouvoir.
Comment pouvez-vous continuer à faire l’éloge d’un régime sous lequel disparaissent des activistes comme Oumar Sylla, Mamadou Billo Bah et Yamoussa Youla ; des journalistes comme Habib Marouane Camara et Sanassy Keïta ; des militants et responsables politiques tels que Saadou Nimaga, Ousmane Gnelloy Diallo, Djéliman Kouyaté, Dame Nènè Oussou Diallo et Mamadou Bory Barry ; des parents et enfants d’opposants ou de voix critiques comme Elhadj Adama Keïta 75 ans, Faoulan Kamano, Robert Kamano, Saa Fomba Kamano, Antoine Sandouno Mohamed Damaro Camara, et Ela Cissé ; ainsi que plusieurs autres citoyens, parmi lesquels Mofa Sory Dounoh, Moussa Cheick Soumah, Moussa Condé, Sidiki Mara, Kaba la Puissance, Karamo Dabo, Alpha Amadou Baldé, Sekou Kaba, Alpha Camara, Koïkoï Pivi et Moïse Guilavogui ?
Comment pouvez-vous parler de stabilité quand Abdoul Sacko, activiste et Mohamed Traoré, avocat, sont enlevés puis torturés ; quand Hadja Asmaou Diallo 84 ans et Hadja Binta Kamara 60 ans, sont elles aussi enlevées puis relâchées ; quand Sekou Camara est kidnappé parce qu’il est fils d’opposant ; ou encore quand Karinkan Doumbouya disparaît dans le silence total ?

Comment pouvez-vous continuer à construire un récit flatteur autour d’un régime alors que quatre corps ligotés ont été retrouvés près du camp du groupement des forces spéciales qui ont porté Mamadi Doumbouya au pouvoir ?
Comment pouvez-vous parler d’ordre public lorsqu’un pouvoir tire sur des enfants dont l’âge varie entre 9 et 15 ans ? Car parmi les victimes figurent : Thierno Bella Diallo ; Thierno Ousmane Diallo ; Boubacar Diallo ; Alpha Saliou Bah ; Ibrahima Sadio Diallo ; Ahmadou Bah ; Souleymane Diallo ; Mamadou Tanou Diallo ; Ismaël Diallo ; Mamadou Moustapha Cissé ; Abdoulaye Djibril Diallo ; Mamadou Moustapha Barry.
Ce ne sont pas des “dommages collatéraux”, mais plutôt des enfants qui avaient le droit de vivre, des citoyens Guinéens, des vies fauchées par la violence d’État.
Que dire des zones d’ombre entourant la mort du Général Sadiba Koulibaly ; du Colonel Célestin Bilivogui ; du médecin Mohamed Dioubaté ; du Colonel Claude Pivi ; du Commandant Aboubacar Sidiki Diakité ?
Toujours le même schéma : extraction, silence, rumeurs, version officielle, mort et communiqué. Comme si un communiqué pouvait blanchir un cadavre.
Il y a aussi ces détenus morts lors de l’extraction de Toumba Diakité à la Maison centrale de Conakry : Sekou Mara ; Moussa Touré ; Amadou Sow ; Mamoudou Bah ; auxquels s’ajoutent deux corps non identifiés dont les familles sont encore recherchées.
Monsieur Bourgi,
Lorsqu’un pouvoir fait disparaître ses citoyens ; lorsqu’il exécute des manifestants ; lorsqu’il transforme les prisons en zones opaques ; lorsqu’aucune responsabilité n’est engagée ; alors nous ne sommes plus dans une simple transition politique ; lorsque nous ne sommes plus dans un Etat de droit, nous sommes face à un système d’impunité institutionnalisée. Et dans ce contexte, tenter de tourner le regard relève tout simplement du cynisme.
Quant à vous, Monsieur Bourgi, votre parole engage davantage qu’une simple opinion. Lorsqu’un homme disposant de vos réseaux, de votre influence et de votre proximité avec certains cercles de pouvoir, choisit de faire l’éloge d’un régime qui s’illustre dans les enlèvements, des disparitions forcées et d’exécutions, cela devient une participation à la normalisation de l’inacceptable.
Déjà, nous savons que l’histoire africaine est remplie d’intermédiaires, de communicants et de relais d’influence qui ont servi de caution morale à des régimes répressifs avant d’être rattrapés par les faits. Car les disparus reviennent toujours. Ils reviennent dans les témoignages, dans les archives, dans les rapports internationaux, dans les tribunaux et dans la mémoire collective.
Malheureusement, aucune campagne de communication, aucun projet minier, aucune Constitution sur mesure, aucune propagande internationale ne pourra effacer durablement les crimes politiques lorsque les familles continuent d’attendre justice.
La Guinée n’a pas besoin d’éloges opportunistes. Elle a besoin de vérité ; de justice ; de liberté et du respect de la vie humaine.
Alors une question demeure : qu’essayez-vous exactement de défendre aujourd’hui en Guinée ? La stabilité ? Ou la peur ?
