Contre La sansure

Niger: la tête dans le sable

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Dans les relations internationales, l’estime et le respect sortent plus souvent gagnants, au jeu de la franchise, que l’hypocrisie ou la tête dans le sable.

Molly Phee et le général Michael Langley sont donc repartis de Niamey, sans rencontrer le général Tiani, de la junte. La mission de la sous-secrétaire d’État aux Affaires africaines et du commandant en chef du Commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom), sans doute la plus importante d’un tel niveau jamais dépêchée au Niger par le Département d’État et le Pentagone, est un échec. Est-ce pour autant, comme le suggèrent certains, à Niamey, une victoire sur la grande Amérique, voire comme une humiliation ?

Si c’est une victoire, alors, les Nigériens devraient s’interroger sur ce qu’elle leur rapporte. Quant à l’idée que ce puisse constituer une humiliation dont ils pourraient s’enorgueillir, comme ce serait pathétique, pour ce peuple, d’en être à jauger son bonheur à l’aune des bravades à l’égard d’une puissance qui, même si elle affiche parfois la suffisance de ceux qui ont vu Dieu de près, n’a jamais été prise en flagrant délit de mépris pour le Niger et les Nigériens.

Les émissaires de Washington devaient persuader la junte de ne pas nouer d’alliance avec les mercenaires russes. Mais, plutôt que de donner l’impression de ne pas oser les affronter, le chef de la junte aurait probablement conquis le respect de ses interlocuteurs américains, s’il les avait reçus, pour leur signifier, droit dans les yeux, pourquoi il n’entendait pas céder.

Il n’est pas aisé de s’opposer ainsi à une grande puissance…

Des dirigeants africains ont, par le passé, forcé le respect des États-Unis, en osant, justement ! En mars 1998, Bill Clinton, en visite en Afrique du Sud, suggérait à Nelson Mandela de prendre ses distances avec le colonel Kadhafi et Fidel Castro. Mandela lui avait répliqué qu’il avait accueilli Fidel Castro en Afrique du Sud parmi les tout premiers chefs d’État, parce que Cuba avait combattu l’apartheid, et soutenu son peuple durant les heures les plus sombres. Et que, pour les mêmes raisons, il s’était rendu, en octobre 1997, chez le colonel Kadhafi, par la route, depuis la Tunisie, à cause de l’embargo aérien frappant alors la Libye.

« Si c’était moi qui interdisais au président Boris Eltsine de visiter l’Albanie, on n’aurait pas manqué de dire que je suis le Noir le plus arrogant de la terre, avait plaisanté Mandela, avant de conseiller à Clinton de s’asseoir avec ses ennemis, pour entamer un dialogue véritable ». Mandela a condamné l’intervention américaine en Irak, soutenu Cuba, la Libye, et l’Iran, et rappelé à Clinton que jamais le peuple sud-africain ne se laisserait dicter quels amis fréquenter.

Sauf que le général Tiani n’est pas Mandela…

Il n’empêche ! Il aurait sans doute forcé le respect, peut-être même l’admiration de Molly Phee et de Michael Langley, s’il les avait reçus, pour leur expliquer qu’il tenait tout autant à l’amitié des Russes qu’à celle des Américains.

Car, de leurs partenaires africains, les Américains savent entendre la franchise, eux qui admettent intervenir au Sahel, si loin de leurs frontières, au nom de leurs intérêts et de leur sécurité nationale. Cette liberté de ton tient aussi à l’absence d’un passé colonial, en Afrique, à part le Liberia, créé en 1822, dont l’indépendance était reconnue par les États-Unis, dès 1847.

On retrouve cette franchise, en juin 2013, à Dakar, lorsque Barack Obama, entraîné par une question de journaliste, s’avisa de plaider pour les droits des homosexuels au Sénégal. Réaction aussi amicale que cinglante de Macky Sall, pour qui le Sénégal ne fait pas de discrimination de traitement sur les droits, mais n’est pas, pour autant, prêt à dépénaliser l’homosexualité. « Cela ne signifie pas que nous sommes homophobes. Mais nous revendiquons le droit de prendre le temps de traiter ces questions, sans pression extérieure ».

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