RDC : Le sit-in de l’opposition dégénère à Kinshasa
À Kinshasa, en République démocratique du Congo, l’opposition avait appelé à un sit-in, ce vendredi, devant le Palais du peuple.
Dès les premières heures de la matinée, le périmètre était déjà quadrillé par un important dispositif policier. Une mobilisation prévue aux alentours de 10 heures, heure locale, pour dénoncer un projet de changement de la Constitution.
Mais sur place, la tension est rapidement montée. La manifestation a dégénéré en violentes altercations entre les forces de l’ordre et des militants de l’opposition. Le bilan provisoire fait état de deux morts et de plusieurs blessés, parmi lesquels des figures politiques comme Martin Fayulu, Delly Sesanga ou encore Ados Ndombasi. Notre correspondante était sur place.
Un début dans le calme
Ce matin, à Kinshasa, rien ne laissait présager les tensions à venir. La ville vivait au rythme habituel des premières heures, animée et bruyante, comme à son habitude. Seule particularité : la présence inhabituelle de camions de police, positionnés aux abords du Palais du peuple.
Mais à mesure que l’on s’est éloigné de cette zone, l’atmosphère est devenue électrique. À quelques avenues de là, la tension était perceptible, notamment devant certains sièges de partis d’opposition, comme celui du Fonus. Sur place, des éclats de verre jonchaient encore le sol, traces visibles des affrontements survenus un peu plus tôt.
Parmi les militants, la colère était alors palpable.

Les premiers heurts
Masqué, casque vissé sur la tête, Kandolo Kadjemba Trésor exprime son indignation. Il rappelle qu’il y a quelques années à peine, Félix Tshisekedi, aujourd’hui président, faisait lui-même partie de l’opposition. Un renversement de situation qu’il dit avoir du mal à comprendre.
« Nous tenions une matinée politique à notre siège lorsque nous avons constaté l’arrivée de membres de la Force du Progrès ainsi que de militaires, raconte Trésor Kandolo Kadjemba. Ils sont venus nous agresser alors que nous n’avions entrepris aucune action violente. Notre seul tort est de dire non au changement de la Constitution. »
À quelques centaines de mètres de là, sur l’avenue de l’Enseignement, devant le siège du parti Ecidé de l’opposant Martin Fayulu, l’ambiance était encore détendue aux alentours de 11 heures. Une atmosphère bon enfant, typique des rassemblements politiques pacifiques, où rien ne laissait présager les tensions qui allaient surgir quelques heures plus tard.
Parmi les militants, Ndeko Kante. Arrivé avec ses camarades depuis le camp Luka, il est drapé dans les couleurs de son mouvement, l’Union des hommes brûlants du camp Luka. Il affirme leur détermination : avec les siens, ils disent vouloir barrer la route au président Félix Tshisekedi.
« Peu importe le dispositif qui sera mis en place, affirme Ndeko Kante, nous serons toujours là. Nous estimons d’ailleurs qu’il est arrivé au pouvoir à la suite d’une fraude électorale en 2018 et qu’il cherche à reproduire cela aujourd’hui. Nous ne voulons pas du changement de la Constitution : pas de référendum, pas de révision, pas de modification. »

En mémoire des victimes passées
Jacques Issongo du mouvement citoyen La Lucha, était également présent sur place. Il rappelle le sacrifice de ses camarades de lutte, morts en contestant l’ancien président Joseph Kabila, il y a quelques années.
« Si Félix Tshisekedi parvenait à changer la Constitution, les sacrifices de Luc Nkulula, Rossy Mukendi, Thérèse Kapangala et de nombreux autres militants auraient été vains, déclare Jacques I Songi. Pour cette raison, nous estimons que la Constitution doit être maintenue dans son état actuel. À la limite, certaines modifications techniques pourraient être envisagées, mais sans toucher aux dispositions verrouillées par l’article 220. »

Au moins deux morts
En fin de journée, le bilan dressé par l’opposition fait état de deux morts et de plusieurs blessés pour un sit-in qui se voulait initialement pacifique. Porte-parole de la coalition Lamuka, Prince Epenge déplore une situation qui a rapidement dégénéré :
« La police a tiré sur les Congolais qui protestaient et demandaient seulement le respect de la Constitution, comme ils l’ont fait au temps de Kabila. Aujourd’hui, c’était un carnage… Nous sommes tous touchés d’une manière ou d’une autre. Il y en a qui sont touchés par des balles, il y en a qui sont touchés par les machettes de la Force du progrès qui agit en collaboration avec la police politique de Tshisekedi. »
La coalition C64, à l’origine de ce rassemblement, est contre un projet de révision de la Constitution. Elle dénonce une menace pour la stabilité du pays. De son côté, l’ex-président Joseph Kabila s’est exprimé par voie de communiqué, ce 11 juin, et appelle à s’opposer à toute modification constitutionnelle.
Dans un communiqué publié ce soir, l’ONG La Voix des sans voix « dénonce et condamne la répression musclée, sanglante et disproportionnée de la manifestation de la C64 ».
