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Repenser les systèmes politiques africains: du registre des complaintes à celui des propositions (*)

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RFI : la semaine dernière, vous insistiez sur le besoin de repenser les systèmes politiques en Afrique de l’Ouest en ayant en tête les réalités politiques, sécuritaires, économiques et sociales de la région et avec un objectif plus ambitieux que l’organisation d’élections régulières. C’est sur ce sujet crucial, la proposition de modèles politiques alternatifs, que vous avez mené une conversation avec un universitaire béninois installé aux Etats-Unis, promoteur de ce qu’il appelle « consencratie ».

Oui, nous avons inauguré les dialogues virtuels de WATHI fin juillet par une conversation avec Dr Juste Codjo, qui a écrit l’ouvrage Consencratie : un modèle de démocratie consensuelle adapté aux réalités du Bénin en 2016. Nous avons publié sur le site de WATHI un article sur le même sujet, en relation avec les transitions politiques en cours dans plusieurs pays africains. Ancien officier supérieur des forces armées béninoises, Juste Codjo a ensuite rejoint les Etats-Unis pour entamer une carrière de chercheur et d’enseignant avec, comme centres d’intérêt, les relations internationales, la géopolitique et les études stratégiques. 

Son expérience des rébellions armées en Afrique, notamment au Liberia où il a servi comme officier dans sa première vie, a suscité son intérêt pour les questions institutionnelles et politiques. Il considère notamment que beaucoup de conflits armés sur le continent sont une conséquence de la gouvernance des pays, elle-même influencée par le choix de systèmes politiques et administratifs inappropriés. 

Le dialogue que vous avez eu avec lui a permis de préciser le diagnostic sur le fonctionnement politique réel des pays et surtout de faire ce que beaucoup n’osent pas faire, proposer un système politique alternatif reposant sur des piliers clairement identifiés et visant à répondre aux failles des systèmes existants. 

Tout à fait. Il est lassant d’entendre très souvent des voix africaines dénoncer des modèles politiques importés qui nous seraient imposés, des constitutions copier-coller… sans pour autant formuler clairement des propositions de systèmes politiques alternatifs qui seraient plus à même de répondre aux défis auxquels font face nos sociétés. 

Ce qui est très intéressant avec les travaux de Juste Codjo, c’est précisément le fait de décrire les faiblesses et les contradictions des systèmes actuels qu’il désigne comme le « régime des hommes forts », et de proposer un ensemble cohérent de choix institutionnels visant des objectifs explicites. On peut ne pas être convaincu par certaines des propositions, mais l’argumentation est claire et cela permet de sortir du registre des complaintes pour passer à celui de la discussion et de la clarification des changements que nous voulons.

Ce modèle qui voudrait mettre la recherche de consensus au cœur du système politique s’articule autour de cinq piliers. Quels sont-ils ? 

Oui, cinq piliers, mais qu’il faut examiner ensemble parce qu’une des exigences fondamentales d’un système politique, c’est la cohérence entre ses différentes composantes. Le premier pilier est l’adoption, par consensus national, d’un agenda national de priorités en matière de politiques publiques. Le deuxième est l’émergence de partis politiques inclusifs. Le troisième pilier est l’instauration d’un système à parti dominant. Le quatrième consiste en l’adoption d’un régime parlementaire. Et le dernier pilier est l’instauration de ce qu’il appelle un organe suprême de régulation politico-administrative. 

Cet organe, qui fait un peu penser à une Cour constitutionnelle avec des attributions beaucoup plus larges, aurait pour rôle de réglementer les processus administratifs et politiques, de servir d’autorité de médiation ultime lors des crises sociopolitiques, et aussi d’assurer la mise en œuvre effective de l’agenda national consensuel de priorités de gouvernance publique. On voit bien qu’il s’agit d’intégrer dans les systèmes politiques, une ou des institutions qui ne sont pas soumises aux calendriers électoraux et aux agendas partisans et qui assureraient le maintien d’options fondamentales de politiques publiques dans la durée. 

Je renvoie aux publications du Dr Codjo et à notre dialogue en ligne pour les détails. Ce qui nous a vraiment intéressé à WATHI, c’est l’approche qui consiste à penser les systèmes politiques en fonction de ce que nous savons de nos contextes économiques, sociaux, culturels, géopolitiques et de dire, in fine, que nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à reconduire des systèmes politiques et administratifs qui ne peuvent produire que par accident et de temps en temps du leadership et une gouvernance de qualité. 

(*) In https://www.rfi.fr/fr/podcasts/ca-fait-debat-avec-wathi/20220917-repenser-les-systemes-politiques-africains-du-registre-des-complaintes-a-celui-des-propositions

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