Contre La sansure

« Le destin des Africains est d’être libres » (Aminata Touré)

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L’ex-ministre sénégalaise Aminata Touré s’engage pour les libertés. Mais elle prévient concernant la défense des minorités, que les lois nationales sont souveraines.

Notre invitée de la semaine est Aminata Touré, encore appelée « Mimi Touré ». L’ancienne Première ministre du Sénégal fait partie des principaux soutiens de l’actuel président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye. Cet entretien porte sur des sujets de préoccupation tels que les coups d’Etats en Afrique, le rôle de la jeunesse et bien sûr, les troubles en milieu universitaire, au Sénégal, de même que le durcissement de la législation pénalisant les relations homosexuelles.

Entretien avec Aminata Traoré : 

DW : Bonjour, Aminata Touré ! Le Sénégal traverse une période de vives émotions depuis la mort d’un étudiant suite à des troubles à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Comment est-ce que vous vous sentez face à cette situation, étant une personnalité politique importante au Sénégal ?

Aminata Touré : D’abord extrêmement désolée par la mort de cet étudiant. Comme vous le savez, le Sénégal est le seul pays peut-être au monde à donner une bourse universelle à tous les étudiants qui entrent à l’université. Et ça, c’est très, très difficile à tenir dans un pays où la population est jeune et où il y a de plus en plus, justement, de ces jeunes-là qui vont à l’université dans des contextes de contraintes financières. Cela n’est pas toujours facile à gérer.

DW : Une population jeune, vous l’avez souligné, un président jeune aussi, Bassirou Diomaye Faye dont l’avènement au pouvoir a bénéficié de la contribution aussi de cette population jeune. Est-ce qu’on assiste à une coupure maintenant entre le président Diomaye Faye et sa base jeune ?

Aminata Touré : La jeunesse n’est pas seulement estudiantine, mais comme je l’ai dit, il va falloir engager des négociations qui, je pense, ont commencé d’ailleurs. Que les enquêtes soient situées et qu’il n’y ait pas d’impunité, mais qu’ensuite des mesures soient prises pour rétablir vraiment une pacification définitive dans nos campus.

DW : Alors, pour ce qui concerne le durcissement de la loi sur l’homosexualité, est-ce que vous, personnellement, vous avez le sentiment que c’est un recul que le Sénégal est en train d’enregistrer ? Le Sénégal qui est souvent perçu comme modèle, comme pays moderne aussi ?

Aminata Touré : Les modifications de la loi, il faut voir ce qu’elles contiennent. Il y est d’ailleurs aussi indiqué que, les dénonciations fallacieuses ou infondées seraient sanctionnées.

Alors, le Sénégal est un pays musulman. 95 % de la population est musulmane. Il est évident que nos lois vont refléter, disons, nos réalités et nos croyances.

DW : Mais le Sénégal a ratifié des traités internationaux …

Aminata Touré : Monsieur, je peux vous dire que pour ce qui concerne les traités internationaux que le Sénégal a ratifiés, il les respecte. Il n’y a aucun traité international – ça, je vous l’apprends, il faudra peut-être approfondir votre connaissance de ce point de vue-là – qui consacre les droits sexuels des minorités.

DW : Il y a une Déclaration universelle des droits de l’homme …

Aminata Touré : La Déclaration universelle des droits de l’homme, elle est le fondement justement de l’avènement des Nations unies. Il n’y a aucune convention internationale sur lesquelles l’Assemblée générale des Nations unies s’est accordée sur la reconnaissance des droits des homosexuels. Ça n’existe pas. Ce sont des législations nationales, que ce soit en Allemagne, aux Etats-Unis ou ailleurs.

Et au Sénégal, les Sénégalais définissent également, disons leurs lois, conformément, comme je l’ai dit, à leur culture et à leur religion. C’est ça également l’acceptation, justement, de la souveraineté des pays.

Sénégal Dakar | Le président Bassirou Diomaye Faye
La victoire de Bassirou Diomaye Faye et du parti Pastef à l’élection présidentielle de 2024, porté au pouvoir par la promesse d’une rupture, a suscité un grand espoir chez une jeunesse fortement engagée dans le combat qui a mené au pouvoir ce parti. Image : Mosa’ab Elshamy/AP/picture alliance

 

DW : Le président du Sénégal, Bassirou Faye, est un des médiateurs, en tout cas un des chefs d’État sur lesquels l’Union africaine ou même la Cédéao veut compter ou compte pour tenter de rapprocher certains Etats qui se sont retirés, le Niger, le Mali, le Burkina Faso, pour créer leur propre confédération. Que conseillez-vous, Madame Touré, à Diomaye Faye pour réussir cette démarche de pacification ?

Aminata Touré :  Evidemment, il faut maintenir, ça c’est ma position, la Cédéao doit maintenir la discussion sur les questions de sécurité, sur les questions économiques, etc.

Je pense que nos peuples ont toujours vécu ensemble et continueront à vivre ensemble.

DW : Au dernier sommet de l’Union africaine, le président angolais Joao Lourenço a dit qu’il ne fallait pas normaliser les gouvernements issus de coup de force militaire. Qu’est-ce que vous pensez de cette intervention du président Lourenço ?

Aminata Touré : Moi, ça ne me regarde pas ce qu’a dit le président Lourenço. Je peux vous donner, moi, mon avis. Ce que je pense, c’est qu’il va toujours falloir continuer à maintenir un dialogue entre les peuples africains.

Gardons le curseur sur le sort de nos populations, mais en le faisant par la discussion et par la négociation. C’est pour ça que nous avons nos instances sous régionales et qu’on a aussi l’Union africaine.

DW : Quel avenir pour la démocratie sur le continent africain ? La démocratie, comme système de gouvernance politique ?

Aminata Touré : Il ne faut jamais dissocier l’Afrique du reste du monde. Il y a une tendance peut-être un peu généralisée au durcissement …

DW : … un système de vases communicants, voulez-vous dire ? Un système dans lequel des mauvais exemples encouragent, d’autres ?

Aminata Touré : Non, c’est parce que les êtres humains sont les mêmes partout, tout simplement. Je considère que la démocratie va continuer à être la norme. Il faut continuer à défendre la liberté d’expression, les valeurs universelles auxquelles nous sommes tous partie prenante.

Vous avez parlé tout à l’heure des conventions, là où on s’entend, les conventions internationales, le droit international. Le destin des hommes et des femmes d’Afrique, c’est d’être libres et de profiter de la liberté. Et je suis sûre qu’elles se battront ces populations, pour cela.

 

Par Fréjus Quenum

Journaliste, présentateur et reporter au programme francophone de la Deutsche Welle

Source: https://www.dw.com/fr

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